OS n°27

OS n°27


Date : 10 mars 2009
Titre : Immersion.
Note de l'auteur : Rien d'exceptionnel, une idée comme une autre...






-Tom, si tu ne me dis pas tout de suite où tu m'emmènes, je te jure que je saute de la voiture !
Bill semblait sincère mais Tom ne put s'empêcher de sourire.
Il savait à quoi il s'exposait en entraînant son frère de force... Pourtant, il cherchait juste à lui faire plaisir, mais ça, Bill ne le comprendrait qu'une fois l'opération terminée.

C'est ainsi que le blond avait embarqué son jumeau dans sa voiture, sans lui faire part de leur destination, chose que le brun n'appréciait pas, mais alors pas du tout.

-Tom je suis sérieux. Tu es le pire des frères que l'on puisse avoir et...
-Bill, ferme la.

Son ton était sec et son intervention eut l'effet escompté, Bill se tut.
Depuis le départ, il n'avait cessé d'injurier son frère, d'élaborer à voix haute mille et une vengeance, d'inventer toutes sortes de menace pour que Tom daigne juste lui dire où ils se rendaient, à huit heures du matin, seuls.
Hélas pour Bill, Tom était têtu pour ne pas dire borné et il se murait dans son silence, ignorant royalement les injures proférées par son adorable petit frère.

-Crétin. Souffla Bill en croisant les bras sur sa poitrine.
Il détestait ça, ne pas avoir le contrôle.

-Tu vas adorer alors arrête de râler.
-J'arrêterai quand tu m'auras dit où l'on va.
Affirma t-il.
-Bien, alors râle.
Bill maugréa et Tom sourit, c'était tellement rare qu'il puisse mener son frère à la baguette. D'habitude c'était Bill qui décidait, Bill qui le faisait tourner en bourrique, Bill qui le rendait dingue. Et, en cette douce matinée de printemps, les rôles avaient été inversés et Tom jouissait pleinement de ses nouveaux pouvoirs de dominant.
-Je te déteste, tu n'imagines même pas à quel point.
Bill bouda et Tom sourit, son frère ressemblait à un enfant à qui l'on aurait refusé une sucrerie. Et encore, peut-être qu'un enfant se tiendrait mieux dans de telles circonstances...

Le blond crispa ses mains sur le volant, dans quelques secondes Bill reconnaîtrait les lieux, il apercevrait le panneau d'entrée et sûr que les gros mots fuseraient !
Mentalement, il compta le temps ; une seconde, puis deux, puis trois...

-Oh non Tom ! C'est une blague j'espère ?! Tu peux toujours crever pour que je rentre là dedans. T'as intérêt à me ramener à l'hôtel et vite fait ! Cria t-il en apercevant l'immense bâtiment.
-Je sais que tu as envie d'apprendre, c'est l'occasion. Tenta le blond en se garant sur le parking, où, étrangement il n'y avait aucune autre voiture.
-Je ne descendrais pas de cette voiture.
-Oh que si.
-Oh que non.
Se renfrogna le brun en tenant fermement sa ceinture de sécurité contre son corps.
-Bill. Supplia Tom.
Il fit le tour de la voiture et tint la portière du côté passager ouverte. Il tenait également un sac de sport dans sa main, Bill y jeta un rapide coup d'½il et soupira longuement.

-Non Tom, je ne veux pas.
-Tout se passera bien, je suis là.
Le rassura Tom en tirant sur sa ceinture.
-Justement, tu es là.
Tom s'éloigna de quelques pas, il avait l'envie soudaine d'exprimer sa rage. Bill le poussait à bout, il perdait patience mais il ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. En fermant les yeux, il inspira l'air et l'expira bruyamment de sorte à évacuer le surplus de colère qui l'envahissait. Il savait que Bill allait réagir de la sorte, il devait juste résister.
Bill le regarda faire sans rien dire ; bien sûr qu'il avait envie d'y aller mais il avait tellement peur, ça faisait tellement longtemps, il ne s'en sentait vraiment pas capable, même avec Tom à ses côtés. Il ne pourrait pas.

-Bill, quand on veut, on peut. Lança Tom comme pour répondre à ses pensées.
-Je n'ai pas envie que tout le monde me regarde. Proposa Bill, son premier faux argument.
-Il n'y a personne. Juste nous.
-Tu plaisantes ?! Me dis pas que...
-On a du pognon, autant en faire bon usage. Sourit Tom.
-Et...

Il se tut, il n'avait plus d'argument valable à disposition, juste sa peur. Une peur insurmontable, selon lui.
-Et rien, voilà. On y va maintenant.
Le dreadé parvint enfin à défaire la ceinture de son jumeau et il se décala pour le laisser sortir. Bill hésita mais il était visiblement pris au piège ; il posa un pied à terre, puis deux.
-Tu sais Tom...
-Tu me détestes, je sais.
L'interrompit le concerné en rejoignant l'entrée de la bâtisse.
Bill le suivit d'un pas lourd, il s'était fait avoir, il détestait ça.
Il était là, devant cette piscine municipale que Tom avait loué pour la matinée, juste pour eux, juste pour que Bill apprenne enfin à nager et à surmonter sa peur.





-Tu me le paieras.
Bill se tenait au bord du bassin principal, ses mains jointes serraient compulsivement une paire de lunettes que son frère avait emmené. Il portait le même maillot de bain que l'été passé, quand lui et Tom s'étaient éclipsés pour quelques jours aux Maldives.
-Relax. Souffla Tom alors qu'il réajustait son maillot de bain.
-Ouais, tu rigoleras moins quand tu me retrouveras au fond de l'eau. Cracha Bill en observant avec appréhension la surface aqueuse quasi immobile.
Tom tenta une fois de plus de le rassurer en lui assurant sa présence, ils avaient grandi et Tom était à même de sauver son double si un accident venait à se produire.
Bill sembla réfléchir, il toucha l'eau du bout de son pied, elle était bonne, ça pouvait être agréable mais c'était profond. Des images de son enfance lui revinrent en mémoire et il se recula prestement du bord.

Ils avaient à peine six ans lorsqu'il y avait eu ce terrible incident, ils étaient alors en vacances avec leurs parents dans une petite région française.
Ignorant l'océan Pacifique qui ne se trouvait qu'à quelques mètres de là, la petite famille avait décidé de passer leur après-midi à flâner près de la piscine du camping où ils logeaient. Il faisait beau et il n'y avait pas foule. Les jumeaux s'amusaient dans l'un des immenses bassins de la piscine, tous deux adoraient les jeux d'eaux ; ils s'inventaient des rôles parfois farfelus et plongeaient dans les profondeurs à la recherche d'éventuels trésors perdus ou à la rencontre de sirènes enchantées qui leur confieraient multiples missions périlleuses qu'ils se feraient une joie de remplir. Mais ce jour là, Bill s'était éloigné sans que Tom n'y prête attention, ni même ses parents qui bronzaient juste au bord, près des feuillages artificielles.
Ses pieds n'avaient brusquement plus trouvé le sol et il avait justement paniqué, remuant énergiquement des bras et des jambes, sa tête s'enfonçant de temps à autre dans les profondeurs. Les autres vacanciers croyaient à un jeu et oublièrent bien vite le comportement inquiétant du garçonnet. Seul Tom s'affolait, faisant de grands gestes, il tentait d'alerter quiconque le verrait. Cependant, pétrifié, il restait dans l'eau, à regarder son frère se noyer peu à peu.
Un cri de trop alerta tout de même ses parents qui ne mirent que quelques minutes à plonger pour récupérer leur enfant. Ce dernier ne respirait déjà presque plus et la piscine fut rapidement évacuée. Les pompiers arrivèrent juste à temps.

Depuis, Bill ne s'aventurait jamais au-delà de la limite, c'est à dire là où il avait pied, et encore. Il rêvait de savoir nager et de profiter pleinement des vacances qu'il organisait avec son frère mais à chaque fois il reculait l'échéance. Trop d'appréhension et trop peu de courage.
Aujourd'hui, Tom lui offrait la chance de vaincre une de ses peurs, il voulait la saisir mais il avait si peur...



-Ne pense pas au passé. Déclara sincèrement Tom en attrapant le bras nu de son frère.
Bill lui offrit un sourire crispé, le premier de la journée, un encouragement pour Tom qui osa s'approcher du petit escalier qui les conduiraient dans le bassin.
Bill obtempéra, dans cette partie de la piscine, il avait pied.
Il respira calmement et se laissa doucement immerger par l'eau, bien que celle-ci ne couvrait qu'une partie de son torse, le reste restant parfaitement à l'air libre. Tom effectua quelques brasses sous le regard admiratif de son jumeau puis s'approcha un peu de lui.

-Allonge toi.
-Quoi ? Questionna le brun dans l'incompréhension.
-C'est la base pour apprendre à nager.
Bill paniqua, sur ces deux pieds ça pouvait aller, sans c'était une toute autre chose.
-Je suis là, aucun risque. Assura le dreadé en s'allongeant sur le ventre pour donner l'exemple à son double.
-Promets que tu vas rester là.
-Promis.

Bill mouilla ses épaules à l'aide de ses mains et se pencha en avant dans un geste lent, Tom le soutint au niveau du ventre et il resta en équilibre plusieurs secondes.
Il se sentait un peu ridicule, allongé comme une vulgaire planche de bois, le menton légèrement humide, les membres en étoile de mer et le regard perdu sur le rebord du bassin qu'il désirait tant saisir.

-Tu ne vas pas me dire que c'est comme ça qu'on nage ? Ironisa t-il alors qu'il perdait patience.
-Tu dois simplement bouger tes bras comme tu m'as vu le faire, pareil pour les pieds mais en décalé. Justifia Tom comme si ça coulait de source.
-Ouais, facile à dire.
Ca ne faisait que quelques minutes qu'ils étaient dans l'eau et Bill abandonnait déjà la partie. Il se débattit un peu jusqu'à se retrouver debout, il passa une main mouillée sur son visage et soupira.
-J'y arriverai jamais.
-Tu n'as même pas essayé.

-Ok, montre moi. Admit-il finalement.
Tom obéit et fit quelques mouvements, il jugea plus sage d'apprendre à Bill d'abord les gestes se rapportant aux bras, puis, par la suite, ceux se rapportant aux jambes.

Finalement, le brun se prit au jeu et réalisa chacun des mouvements effectués par son frère. Dans un premier temps les bras, dans un second temps, les jambes. Ses mains fermement accrochées au rebord il mimait les arcs de cercles réalisés par son jumeau quelques secondes auparavant. Ne restait plus qu'à combiner les deux.
Comme au départ, Bill s'allongea sur le ventre, soutenu par les bras de son double, clairement concentré sur sa tâche.
Ils répétèrent l'opération à maintes reprises, les minutes défilaient et Bill commençait à se débrouiller, Tom osant même le lâcher de temps à autre.

En deux trois coups de brasses, Tom se retrouva près du rebord du bassin, laissant Bill en plein milieu de celui ci.

-Tom, reviens ici. Cria t-il alors qu'en agitant ses bras et ses jambes agilement, il se retenait de couler.
Il pouvait parfaitement se redresser, il avait pied, mais Tom voulait le tester.

-Viens toi. Dit-il en souriant tendrement.
Bill lui lança un regard noir avant de se concentrer. Un peu brusquement, il anima ses membres comme il l'avait appris et il avança progressivement vers son frère. Ce dernier ne cessa de l'encourager par des paroles, par des sourires, il était fier des efforts fournis, fier de son propre travail.
Lorsque Bill atteint son but, il n'eut d'autre choix que d'agripper fermement ses mains aux épaules de son jumeau pour se redresser. Tom grimaça et, une fois Bill sur ses deux pieds, il lui donna une petite tape sur le torse.

-La prochaine fois qu'on vient à la piscine, coupe toi les ongles !
-La prochaine fois, préviens moi qu'on va à la piscine. Rétorqua le brun non sans sourire, les reproches étant loin derrière lui.


-Fatigué ? Questionna Tom.
-Non.
-Bien, alors viens par là...

Il attrapa son frère par la main qui ne put qu'obtempérer et se mettre à nager jusqu'au milieu du bassin, mais loin, plus loin que là où ils étaient précédemment.
-Euh Tom ?
-N'aies pas peur ok ?

Ce fut la confirmation qu'ils n'avaient plus pied. Bill paniqua.
-Bill.
L'interpellé se mit à remuer énergiquement, s'enfonçant de temps à autre vers le fond mais son visage toujours hors de l'eau. Tom le soutint du mieux qu'il put, lui non plus n'avait plus pied. Il pagaya à l'aide de ses jambes et intima à son frère de faire de même.
-Remue tes jambes, tu ne couleras pas. Ordonna Tom qui avait du mal à tenir hors de l'eau son corps plus celui de son jumeau.
Bill n'écoutait pas, gesticulant dans tous les sens, son c½ur faisait des bonds dans sa poitrine et il se voyait déjà en train d'agoniser dans le fond de la piscine.
A bout de souffle, le dreadé tira le corps de son frère jusqu'au rebord de la piscine où il l'accula de son propre corps. Saisissant son visage en coupe, il tenta de capter son regard. Malgré lui, Bill frissonna.

-Bill, regarde moi. Tout va bien.
Dos au rebord, Bill se tenait fermement au corps de son double qui lui se tenait au bord en ne cessant de remuer des jambes. Bill resserra sa prise, encerclant les cuisses de Tom de ses deux jambes et serrant son torse entre ses deux bras.
Pendant une minute, Tom pensa que ses efforts étaient réduits à néant, puis il comprit que l'expérience ne pouvait pas s'acquérir du jour au lendemain. La peur ne s'effaçait pas d'un coup de baguette magique, il faudrait de l'entraînement et beaucoup de confiance.

-Bill ?
-Je...Je...
-Chut. Tout va bien.
-Merde, merde, merde.
Maugréa t-il alors qu'il reprenait peu à peu son souffle.
-Ca va aller ?
Bill relâcha sa prise et, tournant le dos à son frère, s'agrippa au rebord avant de se glisser jusqu'au petit bassin. Arrivé à bon port, il s'écarta du bord et marcha jusqu'aux marches. Il s'assit sur l'une d'entre elles ; quelques minutes plus tard, Tom était à ses côtés.
-Non ça n'ira pas Tom, et tu sais pourquoi ? Parce que je ne suis qu'un trouillard, j'ai l'air de quoi là franchement ?! Un pauvre abruti. J'ai bientôt vingt piges et je ne sais même pas nager, c'est juste la honte et ça le restera, malheureusement. Maintenant, je crois qu'il serait préférable qu'on s'en aille.
Son ton avait été clair, net, quoique un peu sec. Tom prenait note de chaque phrase, il n'était pas d'accord. Bien sûr qu'il n'était pas à son avantage mais tout le monde en passait par là, peu importe l'âge. Les règles étaient les mêmes pour tous, ce n'est pas inné, il faut apprendre. Essuyer des échecs mais renouveler ses efforts jusqu'à satisfaction. C'est ce que Tom s'efforça de faire comprendre à son jumeau qui avait pourtant bel et bien pris la poudre d'escampette.

Tremblants, ils étaient face à face au bord de la piscine, leurs pieds pataugeant sur le carrelage humide. Tom parlait, Bill écoutait. Tom expliquait, Bill comprenait.
-Une dernière tentative et après, promis, on arrête. Proposa le blond, sincère.
Bill réfléchit, son regard se portant une fois de plus sur le grand bassin, pouvait-il vraiment se sentir bien là où il avait toutes les raisons de se noyer ?
S'il n'essayait pas, jamais il ne saurait. De la ténacité, juste de la ténacité et un peu de courage.

-Ok mais juste une fois.
Tom sourit et lui proposa derechef d'enfiler ses lunettes, ils allaient en avoir besoin.



-Bon, tu fais comme je t'ai dit d'accord ?
-J'ai compris Tom.
Souffla Bill, déjà trois fois que son frère lui répétait les mêmes choses.
Ils avaient finalement laissé tomber le grand bassin mais pour un autre défi, bien plus effrayant, selon Bill.
Mettre la tête sous l'eau pouvait s'avérer amusant, 'super' aux dires des jeunes enfants ; pour Bill c'était juste un cauchemar. Déjà qu'il avait du mal à supporter lorsque l'eau frôlait son menton, il devrait maintenant accepter d'y plonger la tête.
Sa première frayeur était de ne pas savoir contrôler sa respiration, mais Tom lui avait appris et montré. Il avait bien retenu la leçon, enfin il l'espérait.

-Un, deux, trois. Murmura Tom et il s'abaissa sous l'eau, tenant fermement les mains de son frère dans les siennes.
Bill prit une profonde inspiration et se glissa à son tour sous l'eau, tombant nez à nez avec son jumeau. Il se sentait ridicule avec ses lunettes de plongées mais au moins il voyait de quoi il en était, il devinait son frère, il n'était pas seul.
Pourtant, à peine quelques secondes plus tard, il fit une erreur. Paniquant, il voulut respirer et ne sachant comment s'y prendre il but la tasse, s'étouffant par la même. Il ressortit aussitôt la tête de l'eau, toussant à n'en plus finir, grimaçant parfois.
Tom lui tapota le dos, lui retira ses lunettes et dégagea quelques mèches de cheveux de son visage.

Bill reprit enfin son souffle et soupira de déception.
Il voulut abandonner la partie, pensant que jamais il n'y arriverait, mais quelque chose le poussait à repousser ses limites ; il empoigna donc ses lunettes qu'il replaça sur ses yeux. Tenace, il respira longuement, exagérément, et attrapa les deux mains de son frère dans les siennes avant de l'entraîner sous l'eau. Ils se mirent à genoux, ne se lâchant pas du regard.
Tom était surpris, fier, presque admiratif.
Bill résista une poignée de secondes avant de se redresser, savourant l'air sur son visage humide. Puis, il recommença, encore, encore et encore. Se concentrant sur sa respiration et uniquement sur ça.
Il ne restait pas longtemps sous l'eau, il finissait toujours par ressentir le besoin de respirer pleinement et les battements rapides de son c½ur ne faisaient que l'encourager à s'éclipser au plus vite. Tom ne disait rien, l'encourageant par un simple sourire, il restait attentif, juste au cas où.

-5 secondes, record! S'enthousiasma le brun alors qu'il sortait sa tête de l'eau.
C'était peu mais tellement d'effort pour lui, il ne s'arrêterait pas en si bon chemin.

-Ce coup si, c'est 8 ou rien.
Alors qu'il inspirait profondément l'air, Tom le retint.
-8 c'est peut-être trop, 5 c'est déjà pas si mal, on reviendra tu sais.
Bill fronça les sourcils, c'est Tom qui l'avait poussé à vaincre sa peur et maintenant il l'obligeait à s'arrêter.
-Mais Tom... Il s'interrompit, Tom l'avait vexé.
-Sois raisonnable.
-Je voulais juste essayer. Déclara t-il piteusement.
Tom ne répondit pas, cependant il aperçut une lueur de peine dans le regard de son frère et il se mordit la lèvre, peut-être qu'il avait fait une erreur en voulant restreindre les efforts de son double. Oui, sûrement.

-Ok, ok. Tu es sûr que tu ne vas pas paniquer ? Questionna Tom alors qu'il ressentait lui-même une pointe d'angoisse.
-Juste, aide moi.
Le dreadé n'eut pas le temps de rétorquer que Bill l'entraînait déjà sous l'eau.
D'une main, il compta les secondes. Arrivé à six, ses yeux s'élargirent et il voulut se relever derechef, mais il voulait montrer à son jumeau qu'il en était capable. Capable de plus. Il ignora les assauts de son subconscient et resta concentré sur le visage inquiet de son frère. Bill sentit son c½ur s'emballer, il allait craquer.
Pris au dépourvu, il colla sa bouche à celle de son double. Juste comme ça, parce que Tom contrôlait parfaitement sa respiration et qu'ainsi il pouvait peut-être aider Bill à faire de même. Tom ne comprit pas mais ne rompit pas le contact pour autant. Les cheveux de Bill lui chatouillaient le visage et il ne sut comment ses propres mains se retrouvèrent sur les hanches de son jumeau.
Et, cette fois ci, c'est lui qui manqua d'air et qui remonta à la surface, brisant leur échange de ce fait. Bill rougit et ne pipa mot lorsqu'il retira ses lunettes. Tom ne put retenir un sourire lorsqu'il remarqua la marque laissée par les lunettes sur le visage du brun. Il était mignon comme ça...
Tom sursauta, Bill venait de lui donner une tape sur l'épaule.

-Quoi ?
-Je te parle.
S'indigna le brun.
-Désolé, tu disais ?
Bill leva les yeux au ciel et expliqua qu'il était peut-être préférable de rejoindre l'hôtel, il avait eu sa dose d'adrénaline pour la journée.
Tom haussa simplement les épaules, il était un peu à l'Ouest.

-C'est censé vouloir dire oui ça ? Se moqua Bill.
-Hein ?
Bill rigola plus franchement, son frère semblait perturbé, très perturbé. A bien y réfléchir, il connaissait très bien la cause de ce comportement : juste ce fichu baiser. Un baiser innocent, qui ne signifiait absolument rien. Il avait juste été dépourvu de réaction une fois sous l'eau, tout ce qu'il avait trouvé c'était ça. Embrasser son frère, pour s'aider, se rassurer. Lui n'était pas choqué.

Il réfléchit plus longuement ; Tom l'avait forcé à venir ici, à affronter ce qu'il détestait le plus, peut-être pouvait-il lui donner une petite leçon. Rien de bien méchant, quelque chose de...perturbant.
Bill sourit, il allait s'amuser. Un peu.

-En fait, je veux bien le refaire, juste une fois. Proposa Bill, taquin.
-Refaire quoi ? S'empressa de répondre le blond, un brin paniqué.
-Ben, allez sous l'eau. Dit-il innocemment.
-Ah ouais, bien sûr. Répondit-il gêné,
Il se toucha la nuque dans un geste nerveux et commença à s'abaisser sous l'eau alors que Bill l'entraîna plus franchement en le tirant par la main. Le petit plan qu'il avait mis en place lui permettait d'oublier un tant soit peu sa hantise et il ne fit même pas attention à sa respiration...
Leurs regards s'étaient rencontrés pour ne plus se lâcher et le dialogue semblait s'être muettement établi. Seul contact physique entre eux : leurs mains étroitement liées. Bill attendait un signe pour agir et celui-ci ne tarda pas à venir, Tom, encore perturbé par les récents évènements, fixait son frère de manière étrange, comme s'il l'interrogeait. Les lèvres du brun s'étirèrent en un doux sourire...


Il voulait s'amuser. Rien de plus, pourtant c'est avec une douceur infinie que Bill s'approcha du visage de son frère. Celui-ci ne bougeait même pas, seuls ses cheveux ondulaient autour de sa tête, comme s'il eut été une apparition. Dangereusement, l'androgyne recula jusqu'à ce que le dos de Tom rencontre le mur du bassin. Enfin, leurs bouches se connectèrent.
Il y avait quelque chose de gracieux dans leur baiser et en même temps, ils semblaient retenus, comme s'ils subissaient une certaine frustration. Et, pour mettre un terme à cette gène, Bill osa simplement accentuer le baiser en glissant sa langue à la commissure des lèvres de Tom.
Ce dernier, tout comme son cadet, commençait sérieusement à manquer d'air et, doucement, il remonta à la surface de l'eau, sa bouche encore parfaitement positionnée sur celle de son vis à vis. Chacun sentit l'autre reprendre son souffle sans pour autant rompre le contact, c'était étrange mais, certainement, la chose la plus agréable qu'ils aient jamais faite ensemble. Tom avait accepté la requête de son jumeau et, désormais, leurs langues se cherchaient et se vouaient un combat sans merci. Non sans brusquerie, le baiser s'intensifia, c'était à celui qui prendrait le dessus le premier. Les mains de Bill encerclaient le cou de Tom alors que ce dernier rapprochait leurs corps, plus si c'était possible, en appuyant ses paumes contre les omoplates du brun.
C'était surprenant mais très prenant et, finalement, Bill ne s'amusait plus. C'était sérieux et –trop- sincère.
Peut-être qu'il avait joué avec le feu, peut-être qu'il n'aurait pas du, peut-être qu'il regrettait. Un peu. Il s'était brûlé, brûlé à la chaleur humaine. Quelque chose qu'il adorait, défier les conventions et les interdits, dire non alors que le monde entier prône le 'oui'. Il aimait ça et il avait découvert qu'avec Tom, c'était encore mieux. Cependant, il ne pensait pas réaliser aussi vite et aussi brutalement que Tom pouvait partager absolument tout avec lui. Il avait toujours pensé qu'entre eux il y aurait toujours un fossé. En ce moment même, il en doutait beaucoup.

Tom, lui, ne pensait plus vraiment. Emporté dans un monde parallèle, son cerveau n'était plus aux commandes de son corps et il se laissait juste aller à ses désirs. Avec une certaine limite tout de même car lorsqu'il sentit les mains de son frère glissaient le long de son torse, lui provoquant d'agréables frissons, il stoppa brusquement leur échange. Bill fronça les sourcils et Tom se contenta de remuer la tête de droite à gauche, il allait faire une bêtise.
L'androgyne devina sans peine les émotions de son jumeau, il n'était simplement pas comme lui. Tom, lui, craignait les retombées que cela pouvait engendrer. Il avait peur de l'interdit, peur de l'inceste.
Bien sûr que Bill avait quelque doute sur la suite des évènements mais il en avait juste eu envie et il n'était pas du genre à réfléchir pendant des heures avant d'accomplir quelque chose. C'était un fonceur et c'est bien ce qu'on lui reprochait la plupart du temps.

Frustré, Bill jugea bon de ne pas tenir rigueur à Tom de ses craintes, et, sans un mot, il sortit du bassin et enroula son corps dans une épaisse serviette.

Le dreadé resta plusieurs minutes à fixer le vide et, subitement, sauta le rebord du bassin avant de courir après son frère, manquant à plusieurs reprises de s'étaler sur le sol mouillé. Pour une fois, il avait décidé de repousser ses limites. Parce qu'il en avait envie, besoin et parce que, à ses yeux, Bill n'était pas n'importe qui.

Il chercha le brun dans les vestiaires mais Bill n'y était pas. Etait-il possible qu'il se soit changé aussi vite et qu'il soit déjà dehors ? Tom secoua la tête, non, les vêtements de son jumeau traînaient encore sur le banc du vestiaire.
Attiré par un bruit qu'il reconnut sans peine, il poussa une porte et il trouva exactement ce qu'il cherchait. Celui qu'il cherchait...

La tête penchée en arrière, Bill était immobile sous le puissant jet d'eau qui arrosait avec force son torse, l'eau glissant ensuite le long de son ventre puis sur ses jambes nues. Son maillot de bain collait à sa peau et il aurait fallu être aveugle pour ne pas deviner ses formes.
Tom sourit tendrement et s'approcha à pas de loup, ses mains glissèrent sur les hanches saillantes de son homonyme et Bill sursauta.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, Tom l'accula contre le carrelage frais et, la seconde suivante, sa bouche emprisonnait la sienne passionnément.

Ce qui s'en suivit ne fut que promesses et gémissements...

Au final, ça n'était pas étrange, juste eux. Ils accomplissaient ce qui manquait à leur relation, la seule chose qui les empêchaient de parler de 'totale partage'.
Désormais c'était le cas. Ils partageaient tendresse, brusquerie, amour, tentation et passion.
Un mélange d'émotions, en toute immersion.





£µtt!

# Postato venerdì 24 aprile 2009 08:25

OS n°28

OS n°28
Date d'écriture : 4 mai 2009.
Titre : Swap. (Pour les 'non-English' : Echange.)
Note de l'auteur : Besoin de gaieté et de simplicité =) (Surtout de GAY-té xD *BAFFFE*, pour la simplicité on repassera '>>). Bon, j'ai passé des heuuuures sur cet OS, j'voulais à tout prix vous pondre un lemon mais j'me rends compte que c'est vraiment pas mon fort. Ou alors cet OS n'en nécessitait peut-être pas... Quoiqu'il en soit, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture ^^






-POV BILL-




Je sursaute. Putain de réveil de merde.
Il est quoi, genre 6h ? Ouais, 6h. C'est juste l'horreur, j'ai dormi à peine quelques petites heures et je dois me lever à l'aube pour juste me rendre en cours.
Je me demande parfois ce qui m'a prit de m'inscrire en faculté, je m'y ennuie. Les cours sont longs, les élèves inintéressants. Enfin, nuance, les élèves ne s'intéressent pas à moi...
D'après mon adorable frère, je leur fais peur. Soit disant que mon look impressionne. Non mais c'est quoi ces arguments de merde ? J'impressionne personne moi, j'ai plutôt l'habitude d'encaisser les moqueries et autres reproches. Aujourd'hui, on m'évite. S'il pouvait y avoir une juste limite, ça m'arrangerait.
Soit. Je saute du lit avec enthousiasme (eh oui l'humeur change vite chez moi) et file directement dans la salle de bain. Lavage intensif de tout ce qui est susceptible d'être lavé, autrement dit, moi dans toute son intégralité. (Parler pour ne rien dire, un bémol de ma personnalité...). J'avale rapidement un grand café et enfourne une brioche dans ma bouche. La routine quoi... A la différence que, ce matin, je suis de bonne humeur et donc taquin. Pas d'bol pour mon frère, je partage l'appart avec lui...

Un immense sourire aux lèvres je m'approche de la porte de sa chambre et colle mon oreille contre le bois. Il dort. Profondément.
Mon sourire s'élargit lorsque je pénètre dans la chambre sur la pointe des pieds et que je tire violemment sur la couette.

-TOOOOOM !

Je le vois remuer à la recherche d'un peu de chaleur, puis il ouvre doucement les yeux. Il s'assoit dans son pieu, ses paupières clignent à plusieurs reprises et enfin son regard noir se pose sur moi.

-Quoi ?! Crache t-il comme un reproche.
-Rien, j'y vais, c'est tout. A ce soir.

Son corps s'écrase brusquement contre le matelas, signe qu'il se retient de me frapper, et je quitte sa chambre en chantonnant.
Qui aime bien chatit bien, non ?


²²²²


Seul, je rentre dans l'amphi ; seul, je rejoins les bancs supérieurs ; seul, je m'installe à une place quelconque et, seul, je soupire de frustration.
Putain, c'est pas humain d'être aussi seul !

J'observe discrètement un groupe de jeunes rentrer à leur tour et s'installer juste derrière moi. Ils ont l'air cool. J'aime leurs looks décalés et leurs voix graves qui contrastent avec leurs visages fins. Je les écoute discuter d'un prétendu concert de rock qu'ils sont allés voir ce week-end et le prof rentre dans l'amphi mettant un terme à toutes les conversations.

-Bonjour à tous, comme vous le savez les examens approchent et il nous reste une notion principale en philosophie à étudier. Nous allons commencer dès aujourd'hui. Donc, prenez note, notre nouveau sujet s'intitule la solitude.

Je lève les yeux au ciel alors que le sort s'acharne. Parfois je me dis que Tom a de la chance ; il a intégré une école de musique et, ces derniers temps, ses cours se font rares. En clair, il passe son temps à glander dans l'appart.
Bref.
Le cours se poursuit et je décroche au bout d'une demi-heure, chiant est le mot approprié.

Alors que je tente de dessiner quelque chose d'à peu près potable sur ma pochette, un garçon blond m'interrompt.
Je relève la tête, me retourne, et fait face à un visage pâle dont les yeux sont légèrement maquillés, et quoi ? Pourquoi lui n'impressionne pas ? Foutaise...
Je lui offre un sourire, le remerciant d'avance de m'adresser la parole. Enfin un qui daigne enfin s'intéresser à moi, pas que je sois un être passionnant, j'ai quand même le droit de vivre en société non ?!

-Euh, excuse moi, j'ai fait tomber mon stylo sous ta chaise et...

Ok, tout le monde se fout de ma gueule.
Je soupire et ramasse son crayon avant de le lui rendre non sans un sourire forcé. J'allais me retourner afin de m'apitoyer un peu plus sur mon sort alors que sa main se pose doucement sur mon épaule, comme pour me retenir.
Quoi, il y a une gomme aussi ?

-Tu t'appelles Bill c'est ça ?

Pincez moi si je rêve, ça m'a tout l'air de ressembler à un début de conversation ça.

-Oui, et toi ? Enfin, vous ?

Une flopée de prénom me parvient aux oreilles et au final je n'ai retenu que celui du blond, Kris. Les quatre autres ne mettent que quelques secondes à retourner à leur occupation, dessiner pour quelques uns, discuter pour les autres. Ils gardent tout de même une oreille attentive sur nous et je perçois un vague sourire moqueur sur leurs visages. J'le sens mal, allez savoir pourquoi.

-Ecoute, c'est nul que tu sois tout le temps tout seul. Si tu veux traîner un peu avec nous, y'a pas de soucis...

Un peu ? Mais il est carrément radin celui là ! Depuis quand le proverbe « le temps c'est de l'argent » est-il...véridique ?

-Euh ouais, pourquoi pas. Je bafouille.

Il se penche un peu plus sur la table et murmure doucement dans un sourire :

-On est un peu pareils tous les deux, alors...

Hein ?! C'est quoi ce plan ? Ok, finalement, seul je suis bien.
Je jette un regard à toute la brochette et les voit me fixer avec intérêt. Oui, ils sont cool, et oui ça serait cool de traîner avec eux mais sous quelle condition ?

-C'est-à-dire ? Je demande sans grande conviction.
-Ton truc à toi, c'est plutôt les garçons non ? Continue t-il en souriant.

Bill, tu n'es en aucun cas un abruti sensible et timide, reprends toi et ne bafouille pas !

-Eh ben, tu vas vite en besogne toi ! On peut savoir ce qui te fait penser ça ?

Il hausse les sourcils et un sourire franc étire à nouveau ses lèvres.

-Toi. La façon dont tu mattes tous les mecs de cet amphi, nous y compris.

Il m'offre un clin d'½il et je manque de m'étouffer. Ca va pas du tout dans sa tête ! Il a peut-être raison sur un point, mais je ne reluque pas tous les gars qui me passent sous le nez, c'est faux !
Tiens, il est nouveau celui là ? Pas mal du tout, joli chute de rein... Bill !
Ok, ok. Là t'es grillé. Reste plus qu'à assumer.

-Bon et alors ça te pose un problème ? Je rétorque en l'aguichant.
-Oh non, bien au contraire...

Je rigole franchement, ce mec ne m'intéresse pas. Il n'est pas moche, juste trop prétentieux et tout ce qui va avec. Dommage pour lui.

-Y'a une soirée demain, tu m'y accompagnes ?

Une soirée ? Putain, ça fait tellement longtemps que je ne suis pas sorti et ça serait l'occasion de faire des connaissances. Je veux dire, autres que ces quatre abrutis qui louchent sur moi. C'est quoi leur truc, une secte gay ?!
Une soirée, oui. Avec lui, non.
Un prétexte, il me faut juste un bon prétexte.

-Désolé, je ne peux pas. C'est...mon copain, il n'appréciera pas. Je souris faussement.

Mon copain ? Cette fois-ci je suis complètement barré !

-Un copain, toi ? Tu plaisantes n'est-ce pas ? J'te l'ai dit, tu baves sur tout ce qui bouge, ça m'étonnerait que tu aies un copain.

Ca, ça ressemble beaucoup à de la provocation...

-Je suis fidèle ; les yeux, faut bien que ça serve à quelque chose. Je rétorque sûr de moi.

Kris sourit doucement et pose sa main sur ma joue en accentuant le toucher. Je ne m'éloigne pas, j'essaye juste de lire dans son regard.

-Tu mens et je le sais. Murmure t-il en descendant sa main dans mon cou.
-Je ne suis pas un menteur. Je réponds sur le même ton.
-Ah ? Alors viens demain et invite ton ami. J'ai hâte de faire sa connaissance...

Sur ce, il se recule et reprends sa place comme si de rien n'était. Je me retourne dans un mouvement d'une lenteur extrême et essaye d'enregistrer l'information.
Je. Suis. Foutu.
Si j'y vais pas, il comprendra que je lui ai menti, si j'y vais seul, c'est la même chose.

Durant le reste du cours, je réfléchis à un subterfuge. J'vois pas comment je pourrais me trouver un mec en moins de 24h, j'm'appelle pas Jack Bauer moi !
A moins que...


²²²²


Les cours sont finis et je me dépêche de rentrer à l'appart. Il est pas moins de 17h et je m'attends à trouver un Tom tout juste sorti du lit, la tête dans le cul et dans un bol de lait par la même occasion.
Je passe la porte et mes pensées se confirment. Je souris et dépose mes affaires dans l'entrée avant de m'asseoir à ses côtés. Je regarde son visage ensommeillé et il hausse les sourcils.

-Quoi ? demande t-il alors que mon regard se fait plus appuyé.
-Oui, merci Tom, j'ai passé une bonne journée. Je suis même invité à une soirée, c'est cool hein ?

Il sourit doucement et acquiesce d'un signe de tête. Tom sait que je souffre un peu de n'avoir aucun ami à l'intérieur de la fac, il doit penser que c'est une bonne chose.

-Et toi qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui ? Je demande en piquant un morceau de sa brioche.
-Euuuh, dormi ? Propose t-il et je rigole plus franchement.

On discute un peu de tout et de rien ; maman qui a téléphoné, la facture du loyer a payé, une nouvelle émission de télé et beaucoup de choses qui se terminent par « é »... ! Hey hey ! [NdA : Achevez-moi ! –-']

-Je suppose que si tu es invité à une fête, c'est que tu as fais des connaissances ?
-Hm.
-Eh bien, cache ta joie !
-J'suis content mais...
-Mais ?
-Tu voudrais pas m'accompagner ?

Je souris de toutes mes dents et il hausse les épaules.

-On a passé l'âge de sortir ensemble, tu es invité, pas moi.
-Ben si justement. Tu es invité.

Je devine parfaitement vos sourires alors que vous êtes en train de comprendre mon petit manège. C'était ma seule option alors merci de ne pas juger !

Tom ouvre grand les yeux et je crispe légèrement ma bouche.

-Comment ça ? Demande t-il.
-C'est d'accord alors ? Je dis sans prendre la peine de lui répondre.

Je saute du tabouret et dépose un bisou sur sa joue avant de rentrer dans sa chambre pour lui trouver une tenue potable. Je dépose le tout sur son bureau, son lit étant un véritable foutoir et prépare mon sac pour demain matin.
Ceci fait, je retourne au salon et trouve mon Tom installé devant la télé, en boxer-tee-shirt, les pieds posés sur la table basse. Cool Raoul.
Je me poste juste au bout du couloir, près à fuir, et lance le plus rapidement possible :

-Au fait, il faudra que tu joues les amoureux transis parce que tu es sensé sortir avec moi... Et, merci Tom !

Je le vois se redresser brusquement alors que je prends mes jambes à mon cou, je sens que ça va être ma fête...
Je m'enferme à double tour dans les toilettes et m'assois sur la cuvette, le temps qu'il digère l'information.
Quelques minutes plus tard, ses pas résonnent dans le couloir et des coups sont portés contre la porte.

-Bill, ouvre moi.
-Non.
-On pourrait discuter deux petites minutes ?
-Tu as dis que tu étais d'accord.
-Tu te fous de moi là ?

Oui. Mais non. Sinon il n'aurait jamais dit oui.
Je déverrouille la porte tout doucement et fait face à mon frère qui me semble, à ce moment précis, très impressionnant.

-Bill, tu es cinglé, on te l'a déjà dit ?

Bon, ben ça c'est fait...
Sans un mot, je rejoins ma chambre d'un pas lourd. Il ne voudra jamais, pas la peine de faire mes yeux larmoyants, ni de le supplier, il n'acceptera pas.
Je sens son regard dans mon dos alors que je m'affale sur mon lit encore défait.
Je le vois également s'asseoir près de moi et réclamer plus d'explications.

-C'est un type qui m'a fait chier, enfin draguer serait plus exact. C'est un crétin qui semble vouloir ne pas me lâcher. J'dois aller à cette soirée, pour rencontrer des gens, tu sais... ?
-Oui je sais. Le sourire qu'il me lance me touche, ma solitude me pèse.
-Mais c'est soit j'y vais avec Monsieur-la-bite-échauffé, soit avec mon peit-ami.
-Mais tu es célibataire n'est-ce pas ? Prononce Tom, comme une affirmation.
-Exact.
-Et tu ne peux pas y aller tout seul ?
-C'est-à-dire que j'lui ai dit que j'avais un mec, pour qu'il me lâche, il me croit pas et il veut le rencontrer. Te rencontrer. J'hésite.

Je vois ses yeux paniqués et il secoue la tête comme pour se prouver qu'il ne rêve pas.

-Tes neurones sont sérieusement atteints Bill.
-Et les tiens sont vraiment trop coinçés! Je m'énerve. Tu pourrais faire ça pour moi.
-Ca c'est du chantage ; je suis prêt à accepter beaucoup de chose mais...ça, non !

Je me vexe et fronce les sourcils puis je me redresse en sautillant légèrement sur le lit faisant remuer son corps. J'encercle son buste dans un geste qui se veut câlin et dépose un bisou sur sa joue.

-S'il te plaît Tom. C'est juste pour une soirée, quelques heures.

Il semble se détendre et j'appuie un peu plus son dos contre mon ventre.
Il manque un petit quelque chose, un tout petit truc pour qu'il accepte... réfléchis, réfléchis, tu y es presque.
Ah !

-Je ferais tout ce que tu veux.

Ca c'était pas une très bonne idée...
Je le vois se redresser légèrement et tourner la tête dans ma direction, son souffle chaud court sur ma joue.

-Tout ?
-Pendant une semaine. Je réponds.

Achevez moi. Tom est mesquin, un sadique naît, il va m'en faire voir de toutes les couleurs.
Mais bon, si c'est le prix à payer pour se faire des amis, soyons fous !

-Là, j'avoue que c'est tentant.

J'attends patiemment, longuement qu'il prononce le 'oui' révélateur. Et, enfin, lorsque je détache mes bras de son corps et que je me relève pour lui faire face, il répond :

-Ok, c'est d'accord.

Je ne peux m'empêcher de sauter de joie en souriant comme un bienheureux, je pose mes lèvres sur sa joue et l'embrasse avec ferveur. Tom grimace un peu mais je devine son sourire. Il est heureux parce que je le suis. 'Twins power'.
Je quitte ma chambre, le laissant béat sur le lit. Et, au moment où je rentre dans la salle de bain, sa voix résonne dans le couloir.

-Et c'est quand ta soirée ? Demande t-il plutôt relaxé.

J'inspire un grand coup.

-Demain.

J'expire rapidement l'air et ferme la porte à clef.

-Quoi ? Bill ? Bill !


²²²²


-Bon dieu Tom, fais un p'tit effort !

J'empoigne sa main et entrelace nos doigts avec force. J'ai déjà eu du mal à le sortir de l'appart et maintenant que l'on se trouve devant l'immense maison où a lieu la fête, il fait son caca nerveux et refuse de jouer son rôle.
Ok, c'est pas hyper attrayant de sortir avec son frère mais bon, il sait que je ne fais pas ça de gaieté de c½ur, c'est juste pour faire des rencontres et pas passer pour un crétin auprès de la bande de petits rigolos qui m'a aguiché dans l'amphi.

-On n'est pas obligé de se tenir la main. Ronchonne t-il.
-Tu préfères peut-être me tenir par la taille ? Je rétorque en appuyant sur la sonnette.

Il grimace et laisse finalement sa main dans la mienne.
La seconde suivante, la porte s'ouvre en grand sur...Kris. Oh non, ne me dîtes pas que c'est lui l'organisateur de la fête ?

-Tiens Bill, je t'attendais justement. Dit il en m'adressant un clin d'½il.

Je lève les yeux aux ciel et mon regard se porte sur la foule juste derrière. Il y a du monde et heureusement pas que des blonds écervelés...
Je force légèrement le passage en avançant, Tom à mes trousses.

-Eh, tu ne me présentes pas ?

Je fronce les sourcils avant de réaliser qu'il fait allusion à Tom. Je soupire et me décale légèrement pour laisser Tom avancer sa main.

-Tom, Kris. Kris, voici Tom.
-Enchanté, je pensais pas que Bill puisse s'intéresser à des garçons de...ce genre. Dit il en échangeant une poignée de main avec Tom.
-Moi non plus. Répond mon prétendu petit ami.

Non sans ménagement je plante mon coude dans ses côtes et lui offre un regard noir, il va tout gâcher. Il fait un sourire coincé et presse sa main dans la mienne, me stipulant d'avancer pour éviter les longs discours sur ma sexualité. Chose que je peux comprendre, je fais donc un pas en avant mais Kris nous stoppe à nouveau.

-Attends, on peut discuter un peu. Ca fait longtemps que vous êtes ensemble ?

J'échange un regard avec Tom et je panique. Mentir, ce n'est vraiment pas mon fort.

-Ca fera un an cet été.

Surpris que Tom ait pris les devants, je me tourne vers lui et lui souris, reconnaissant. Il me sourit en retour et je ne peux m'empêcher de culpabiliser.
Tom est quelqu'un de trop gentil, il se laisse facilement marcher sur les pieds. J'use beaucoup trop de cette qualité (défaut ?) et, là, je regrette de l'avoir entraîné là-dedans. Après tout, c'est uniquement dans mon intérêt. Lui n'a rien a y gagné et pourtant il est là, répondant aux questions toutes plus intimistes les unes que les autres que Kris lui pose.

-Bill est un beau garçon, tu n'es pas trop jaloux ?

Ce mec dépasse les bornes. Je soupire, je ne fais même plus attention à ce qu'il dit, mes yeux restant scrutés sur la foule de danseur.

-Je lui fais confiance.

Or, dès que Tom prend la parole pour répondre à une question je ne peux m'empêcher de le dévisager. Où il va chercher tout ça ? Il paraît tellement naturel, je ne pourrais jamais mentir avec autant d'aisance. Je tente de le remercier par un regard mais il le fuit et concentre toute son attention sur Kris.

-D'autres questions ? Dit-il ironiquement.
-Je suppose que non.
-Bien, alors, à plus tard.

Tom prend les devants et me traîne jusqu'à la l'intérieur. Arrivé au bar, il lâche ma main et ancre son regard dans le mien. Je prends peur, je sens le reproche arriver.

-Quoi ? Dis-je la voix tremblante.
-Je ne te comprends pas, vraiment pas.

Un frisson traverse mon échine. Comprendre quoi ?

-Comment tu peux vouloir impressionner ce mec ?
-Mais je...
-Tu lui as menti, il y a bien une raison à ça ? Tu aurais pu lui dire la vérité, ce n'est pas une honte d'être célibataire. Pourquoi veux-tu faire bonne figure ?
-Je, je sais pas.

Pris au dépourvu, j'attrape une coupe de cocktail et l'avale cul sec. Je ne vois pas ce qu'il peut me reprocher. Je lui tourne légèrement le dos, une boule se formant dans ma gorge. Mon petit plan est en train de tomber à l'eau mais, bizarrement, je me fiche de rater la soirée, ce qui m'inquiète le plus c'est la réaction de Tom.
Je n'aime pas être fâché avec lui, c'est dur de se l'avouer mais j'ai besoin de lui. Constamment.

-Alors les amoureux on fait la tête ?

Je relève le visage et tombe nez à nez avec Kris. Je suis énervé, il tombe mal, très mal. Tom est fâché, tant pis pour moi.

-C'est pas mon...
-Non c'est rien, viens là Bill.

Pas même le temps de terminer ma phrase que Tom m'a déjà devancé. Son appréhension est décelable quand il vient placer son bras autour de ma hanche, me rapprochant de son corps.
Je soupire alors que Kris nous regarde de travers, j'allais lui dire la vérité, Tom m'en a empêché. Il s'éloigne finalement, non sans me lancer un énième clin d'½il.

-Ce mec est juste un connard.
-Je sais.

Nous nous sourions, l'orage est déjà passé. Cependant, une question me trotte dans la tête.

-Pourquoi tu ne m'as pas laissé lui dire la vérité ?
-Pour que tu aies la soirée que tu voulais avoir, pour ne pas passer pour un crétin comme tu dis et...pour avoir ma récompense !

Faire tout ce qu'il veut pendant une semaine, évidemment.
Je souris et me détache de lui, je ne veux pas trop lui en demander quand même, puis, c'est gênant.

On reste une bonne partie de la soirée au bar, j'ingurgite les cocktails sans vraiment m'en rendre compte. Tom se contente d'observer les danseurs ne s'éloignant jamais de moi. Kris vient de temps à autre nous faire la conversation et c'est toujours Tom qui lui répond, avec une légèreté époustouflante.
A un moment un jeune bad boy vient engager la conversation avec mon frère et je me sens un peu mis de côté. Finalement c'est peut-être le bon moment pour approcher de nouvelles personnes. Un peu terrifié, je m'approche de deux jeunes hommes et les aborde.
Une heure passe et je suis ravi d'avoir enfin pu converser avec deux personnes de mon âge, ils me proposent même de suivre les cours avec eux à l'avenir. Le courant passe bien, un des deux, Georg, me fait d'ailleurs mourir de rire. Il a ce côté un peu maladroit terriblement attachant. Mais attention, ce sont des amis, enfin j'espère qu'ils le deviendront.

J'ai eu ce que je voulais. Je ne m'attendais pas à devenir la coqueluche de la fac, simplement rencontrer quelques personnes avec qui nouer un contact sincère. C'est le cas, j'espère.

Je rejoins Tom qui est à nouveau seul et lui fait part de ma rencontre avec les deux jeunes musiciens, car effectivement ils excellent en musique. Tom me sourit mais l'échange est de courte durée, Kris le boulet débarque en sautillant.

-Ca va être les sloooows ! Tom, tu permets que je danse avec Bill ?

Je fais les gros yeux à Tom, plutôt crever.

-Non désolé, il danse avec moi.

Euh ce n'est pas exactement ce que je souhaitais... Bon c'est toujours mieux que l'autre qui se serait sûrement fait une joie de me peloter sur la piste mais...
Un slow avec Tom ? Putain, ça risque d'être comique.
Une fois Kris reparti, la queue entre les jambes soit dit en passant, je questionne mon jumeau du regard.

-Quoi ? Qu'est-ce que tu voulais que je dise ?
-Tom, tu ne sais pas danser ! Je rigole.
-Toi non plus j'te signale !

Pas faux.
Oh tiens des cacahuètes ! Je tente une éclipse mais Tom me retient par le bras.
Il tient vraiment à danser ? Que dis-je, à se ridiculiser devant tout le monde ?
La seconde suivante, je me sens entraîner sur la piste et Tom encercle ses bras autour de moi. Trop. Bizarre.
Je noue quand même mes bras à sa nuque et commence doucement à bouger, ça ne doit pas être si compliqué...
J'aperçois Kris, collé à un mec, ses yeux scotchés sur nous comme s'ils attendaient qu'on dérape et qu'il découvre enfin le subterfuge mais je ne lui ferais pas ce plaisir. Tom a du remarquer son regard insistant puisqu'il resserre son étreinte.
Ma tête tourne, je crois que l'alcool fait doucement son effet. Pas très bon tout ça...
Et lui qui ne me lâche pas des yeux, j'les lui ferais bouffer si je pouvais.

-Ca te plaît, chéri ?

Je frissonne et Tom explose de rire, son souffle courant sur la peau nu de mon cou.

-Arrête. Je murmure.
-Ca va je plaisante, on est plus à ça près maintenant.

Certes, manquerait plus que...
La musique se coupe et le DJ tapote le micro avant que sa voix ne résonne dans toute la maison.

-A la demande de Kris, le traditionnel baiser des amoureux !

...Qu'on s'embrasse.
Hein ?
Je sens Tom se raidir contre moi et ses yeux se plonger dans les miens. Là, on est mal. Je tente un regard vers Kris et, évidement, il nous scrute. Il pose juste rapidement ses lèvres sur celles de son partenaire et un sourire se dessine sur ses lèvres alors qu'il me défie.
J'entends à peine Tom me murmurer un « non » significatif que ma bouche part à la rencontre de la sienne. J'en ai le souffle coupé, mes yeux se ferment de mon plein gré et j'essaie de rester décent alors que je devrais l'enlacer. Je prie pour qu'il prenne un air naturel et qu'il me suive dans mon délire.
Cette histoire va beaucoup trop loin.
Le toucher est doux et les secondes s'apparentent à une éternité, mes mains glissent sur son cou alors que les siennes s'approprient mes hanches avec...tendresse.
Wa-ouh. Alors là, c'est carrément effrayant.
Lorsque je m'éloigne à contre c½ur et que je plonge mon regard dans celui de Tom, je remarque ses yeux brillants et je perçois presque les battements affolés de son c½ur. Tout autant que le mien. Je me remets difficilement et, sans un mot, je cours jusqu'au toilette.
Cette histoire est allée beaucoup trop loin.


²²²²


Face au miroir, je déglutis.
Je réalise à peine que j'ai laissé Tom en plan sur la piste de danse, la seule chose à laquelle je pense c'est cette peur qui me tiraille de l'intérieur. Ce sentiment de bien-être que j'ai pu ressentir alors que je n'en avais aucunement le droit. Parce que c'est anormal, parce que Tom est mon frère, mon jumeau, mon double et qu'il est parfaitement inconcevable d'apprécier un baiser entre moi et mon autre moi.
Alors oui, j'ai peur. Je tremble et mon cerveau bouillonne.
Mes lèvres me brûlent alors que le goût des siennes est encore présent.
Il faut que je me reprenne, que j'évacue, que j'oublie l'alcool qui coule dans mes veines et qui me fait probablement divagué. Oui, ça ne peut être que ça. Une méprise, rien de plus.
Je souffle un bon coup et joins mes mains sous le robinet pour me rafraîchir le visage, en évitant soigneusement mes yeux maquillés.

La porte claque et je sursaute.
Lorsque je relève la tête, l'image de Tom apparaît dans le miroir. Il semble perplexe, mon c½ur s'emballe. Anormalement.
Nos yeux se croisent pour ne plus se lâcher et je sens que je perds pieds. Putain.
C'est effrayant mais foutrement plaisant.
Je préfère rompre le contact et baisse mon visage, mes cheveux glissent sur mon visage et je retiens un hoquet. L'alcool remonte, me fait perdre la tête.

-Est-ce que ça va ?

Sa voix n'est qu'un faible murmure mais je me sens faiblir. Elle m'atteint au plus profond de moi-même parce qu'après la bêtise que j'ai faite, chacun de ses mots ont un sens différent. Chaque phrase me stipule qu'il m'aime et qu'il prend soin de moi et ça je n'ai pas l'habitude. C'est beaucoup trop.
Je me retourne et laisse finalement mes yeux venir à la rencontre des siens. Ses prunelles brunes hurlent son incompréhension et son désarroi, les miennes sont justes apeurées. Effrayées. Je voudrais fuir, remonter le temps, tout effacer, sortir une blague vaseuse et détendre l'atmosphère. Je voudrais mais je suis pétrifié.
Parce qu'il me regarde et que je lis dans son regard ce que mon inconscient voudrait qu'il dise.

-Tom. Je gémis.
-Oui ? Il s'approche, je recule et butte contre le lavabo.
-Vas t-en.

Ses yeux m'accusent et me blessent. J'aurais pas du, j'aurais pas du, j'aurais pas du. Je veux qu'il comprenne, je veux juste qu'il lise en moi pour que je n'ai pas à dire à haute voix ce qui m'effraie.
Mes mains s'accrochent au lavabo dans un geste désespéré et Tom s'approche, sa main relève mon visage. Non.

-Tu as trop bu.
-Ouais. Je réponds sans aucune conviction.

Un de ses doigts vient doucement effleurer mes lèvres et mes jambes semblent peser des tonnes. Je ressers la pression de mes mains autour du bac et évite soigneusement son regard trop appuyé.
Qu'est-ce qu'il fait ?

-Tom ?
-Je suis là.

Nom d'un chien. Je vais crever d'une minute à l'autre.
Il s'amuse, j'en ai l'impression. Moi ça ne me fait pas rire, bien au contraire.
D'un geste brusque, je repousse sa main et lui me fait les yeux ronds. Je lui fais comprendre d'un regard que je ne suis pas d'humeur joueuse, ni quoique ce soit d'autre d'ailleurs.

-Tu veux rentrer ?

Mes yeux naviguent de haut en bas, oui j'aimerais rentrer. Ma tête bouge dans le même sens, stipulant ma réponse mais, au dernier moment, je me reprends.

-N-non. On reste.

J'ai failli faire la pire erreur de toute ma vie. Rentrer signifierait me retrouver seul avec Tom. Non pas que j'ai peur d'un éventuel contact physique, chose que je ne peux même pas envisagée ; non, la seule chose qui pourrait m'effrayer serait de me retrouver seul dans ma chambre. Seul avec mes pensées, à ressasser ce fichu baiser et ses conasses de réactions. J'appréhende également une possible discussion...
En fait je préfère rester ici, au milieu de tous ces gens dont j'ignore les prénoms, avec cette musique entêtante et tous ces alcools qui me mettent l'eau à la bouche. J'ai besoin de m'évader pour ne plus penser. C'est comme ça, j'ai besoin d'oublier tout ça.

Sans un regard pour Tom, je quitte les toilettes et me retrouve au milieu de la grande salle. Les corps s'amusent, le mien réclame de l'attention mais j'oublie.
Je me dirige vers le bar et saisit deux coupes de cocktail que j'avale cul sec, l'une derrière l'autre. Je recommence, une fois, deux fois...

-Arrête ça !

Une main me saisit brusquement par le bras et me force à m'éloigner. Je vois flou l'espace de quelques secondes puis mes yeux se concentrent sur ce qui m'entoure.
Tom est là, furieux, ou apeuré je ne sais pas. Il tient toujours fermement mon bras et resserre sa prise lorsque je tente de m'échapper.

-Qu'est-ce qui te prend ? Rage t-il.
-Fiche moi la paix Tom. Je tente en lui lançant un regard noir.
-Attends, dois-je te rappeler que si je suis ici c'est de ta faute ? Je fais ça pour toi et tout ce que tu trouves à faire c'est de m'envoyer boulet ?

Ma bouche s'ouvre mais les mots restent bloqués. Il a raison, comme souvent. Je regrette de l'avoir entraîné là-dedans, pourtant, une partie de moi ne peut s'empêcher de se réjouir.

Soudain, un étourdissement me fait perdre l'équilibre et je me rattrape de justesse à mon frère. Ses bras m'encerclent et je ne me sens pas la force de lutter alors je me laisse doucement étreindre lorsqu'il m'entraîne dehors. J'aperçois juste Kris qui nous fixe, comme toujours et, comme un crétin que je suis, je ne trouve rien de mieux à faire que de poser ma tête sur l'épaule de mon jumeau. Je veux qu'il me lâche, qu'il comprenne que mon c½ur ne lui appartiendra jamais.
Le problème c'est qu'il ne peut appartenir à personne puisque Tom y prend beaucoup trop de place...
C'est terrible mais malheureusement il s'agit de la vérité. Un truc énorme que je viens de me prendre en pleine gueule et qui me fait terriblement peur.


²²²²


Nuit calme.
Disons plutôt qu'après être rentré de soirée, je me suis péniblement traîné jusqu'à ma chambre et littéralement étalé sur mon lit, la gueule écrasée contre les draps frais. Merci les cocktails, je n'ai pas eu l'occasion de me prendre la tête avec toute cette histoire, trois minutes plus tard, je ronflais comme un loire.

Réveil difficile.
Gueule de bois. Pas beau à voir, physiquement, mentalement aussi.
Il me faut un temps considérable avant de réussir à déchiffrer l'heure indiquée par le réveil : 14h56. Vache.
Je me sens sale et épuisé, malgré tout. C'est donc naturellement que je me dirige vers la salle de bain ; je m'aperçois rapidement dans le miroir du couloir et me fais clairement peur. Le crayon noir, sensé maquillé mes yeux, recouvre désormais l'intégralité de mes pommettes, dégoulinant sur mes joues. Mes cheveux, parfaitement lissés la veille, ressemblent à une véritable forêt où deux tribus se seraient livrées une guerre sans merci, dévastant une bonne partie de la végétation. Je passe outre mes vêtements froissés, parfois tachés, et mes bijoux tatoués à même la peau. Un clochard en somme.

La porte se dresse devant moi et j'appuie faiblement sur la clenche ; étrangement elle se baisse brusquement et j'ai à peine le temps de réaliser ce qu'il se passe que la porte m'arrive en pleine tête, m'envoyant droit sur la moquette. Je porte aussitôt une main sur mon front afin d'analyser les dégâts. Juste un peu mal au toucher, prévoyance d'un joli bleu. Manquait plus que ça.
Lorsque je relève un peu la tête, Tom est à mes côtés.
Sa seule vision me renvoie à la soirée d'hier et des images défilent dans ma tête, à la vitesse de l'éclair. Mes mains sont moites, ses lèvres bougent mais je n'entends rien, juste un long sifflement, puis le silence. Est-ce que je rêve ?
Je ferme mes yeux et crispe fort mes paupières, ma tête tourne légèrement mais le calme revient et mes prunelles découvrent à nouveau ce qui m'entoure.

-Est-ce que ça va ?

Je réponds simplement que le coup m'a assommé et que j'ai du bugué quelques secondes mais que, maintenant, ça va. J'ajoute que j'apprécierais de prendre une douche, aux vues des conditions.
J'évite son regard, j'évite la discussion, je l'évite et cours m'enfermer dans la salle de bain.


²²²²


Deux petites semaines ont passé depuis « l'incident » et je suis toujours aussi troublé. Les cours sont terminés, je suis donc à l'appart la plupart du temps. Un enfer si l'on prend en compte le comportement désinvolte de mon frère. Il se fout de tout et remarque à peine ma gêne lorsqu'il s'approche un peu trop de moi.
Seule ombre au tableau, il n'a jamais évoqué la soirée passée ensemble. Il l'a passé sous silence et ça le trahit. S'il s'en fichait réellement, il m'aurait probablement dit d'oublier « ces conneries » et se ferait une joie de blaguer à ce sujet. Mais là, justement, non. Il est calme, fidèle à lui-même, un peu trop d'ailleurs.
Honnêtement, j'aimerais être comme lui. Ressentir les mêmes choses et ne pas avoir à hésiter entre le désir et la peur. Ne même pas avoir d'hésitations, juste continuer à vivre normalement avec mes petits tracas habituels, profiter des vacances et chercher un mec potable pour passer un bon moment.
Eh ! mais attends, c'est ça qu'il me faut. Un mec. Clair.
J'attrape mon portable et m'affale sur mon lit, je commence à faire le listing de mes contacts et mes yeux se braquent sur un nom en particulier...


²²²²


J'avoue, c'était stupide, mais probablement ma seule option. Etre sûr de ne pas se faire rejeter et tant pis si les sentiments ne sont pas réciproques. Il suffit juste d'oublier.
Je jette un dernier regard au miroir et m'éclipse de ma chambre, je traverse rapidement le salon où Tom est présent, écrasé dans le sofa, il matte un vieux film. Mais je ne passe évidement pas inaperçu et aussitôt près de la porte, il m'interpelle.

-Tu vas où ? Demande t-il en tournant sa tête dans ma direction.
-Depuis quand est-ce que je dois te rendre des comptes ? Je réponds sur la défensive.

Comme un lapin pris au piège, mes mouvements se stoppent et, malgré moi, mes prunelles rencontrent les siennes. Touché, je l'ai vexé. Je mords l'intérieur de ma joue, culpabilisant. Lui me fixe et ses yeux m'accusent.

-Je sors. Dis-je simplement.
-Ca oui, j'avais remarqué. Lance t-il, évoquant un vague sourire.
Stupide. Bill, tu es stupide.
-Je passe la soirée avec un ami.
Il est préférable de ne pas trop en dévoiler, j'espère juste qu'il ne lira pas entre les lignes.
-Ah, ok.

Raté. Il a compris et semble perplexe. Perplexe ? Je ne m'attarde pas sur sa réaction, enfile mes chaussures et m'éclipse à l'extérieur.
Une boule se forme dans le creux de ma gorge lorsque je l'aperçois devant la fenêtre du salon. Ses mains enfoncées dans ses immenses poches, ses yeux braqués sur moi jusqu'à ce que je disparaisse au coin de la rue.


²²²²


-Eh Bill !

Je sursaute et me retourne. Kris. Evidemment, qui d'autre ?
Je le salue rapidement et il m'entraîne à l'intérieur du bar où nous avions convenus de se retrouver. Je n'aime pas particulièrement ce bar mais, de toute façon, je n'aime rien de cette soirée, sauf le fait que je vais enfin pouvoir passer à autre chose. Enfin, je l'espère et me force à y croire.

-Qu'est-ce que tu veux boire ?
-Bière.

Kris ouvre de grands yeux face à ma réponse ; quoi ? Ce n'est pas parce que je suis un garçon quelque peu efféminé que je me la joue « cocktail des tropiques » ! J'ai quand même le droit à ma dose de virilité, aussi minable soit-elle.

-Bon, ben deux bières alors. Dit il au serveur comme s'il s'en sentait obligé.

Je me sens mal, il fait sombre et l'autre crétin n'a de cesse de me dévisager. Mes mains se joignent sous la table pour se torturer entre elles.

-Et Tom ?

Un frisson traverse mon échine, Tom ? Oh oui, Tom. Il est vrai que, pour Kris, Tom n'est que mon petit ami.

-Tu crois que je serais là si lui et moi étions encore ensemble ? La phrase sonne comme un reproche et je tente de me reprendre avec un sourire faux.
-Je suis la roue de secours alors ? Dit il en plaisantant.
Je bafouille et il m'attrape par le bras pour me rapprocher de lui.
-Ca ne me dérange pas, au contraire. Je tacherai de te faire changer d'avis sur mon statut.

Ses lèvres se posent sur ma tempe et je frissonne.


²²²²


Cette conasse de soirée semble interminable. Lui, lui, lui et toujours lui. Ce mec est le garçon le plus égocentrique que je connaisse. Tout tourne autour de sa petite personne. Si seulement sa vie pouvait m'intéresser mais, même avec toute la bonne volonté dont je suis capable, j'en ai juste rien à foutre.
Mais je sais pourquoi je suis là, je connais mes tourments et je me force à participer à la conversation. J'arrive même à plaisanter avec lui, un exploit si l'on prend en compte son humour pourri... Tom, lui, a toujours de bonnes blagues ; c'est vrai, il sort toujours des trucs pas possibles, personne ne peut rester insensible à son ironie. Humour noir certains diront !

-Tu trouves pas toi ?
-Hein ? Je bafouille, il semblerait que j'ai loupé un épisode.
-Tu m'écoutes pas ?
-Mais si ! Je rétorque.
-Ah oui ? Qu'est-ce que je disais alors ? Sourit-il en posant une main innocente sur ma cuisse.
-Que...que, enlève ta main ! Je crie en reculant prestement sur la banquette.
-Bill, explique moi ce que t'es venu foutre ce soir ?

Le Kris que je connais, puisqu'il ne s'agit que d'une connaissance, semble dévoiler une nouvelle facette de sa personnalité. Je sais qu'il aime le défi, je sais qu'il n'aime pas qu'on s'en prenne trop à lui, qu'il n'accepte pas le refus et la violence mais jamais je n'aurais cru qu'il puisse être...sérieux dans ses propos. Et colérique.

Je soupire de frustration alors que tout ceci ressemble à un gros échec.

-Je voulais juste passer une bonne soirée. Je dis à mi-mots.
-Avec moi ? Vraiment ?
-Ouais ? Il est peut-être plus intelligent que je ne le pensais, c'est con pour moi.
-Non Bill. Mais c'est pas grave, j'te l'ai dit, j'arrive toujours à mes fins.

Je relève la tête et fronce les sourcils. Il est trop borné pour comprendre quoique ce soit. J'y ai cru, je pensais qu'il ferait le rapprochement avec Tom même s'il ne connaît pas toute l'histoire, j'ai même envisagé son aide. Visiblement, je ne suis bon qu'à une chose : me tromper.

-Tu n'veux pas qu'on aille danser quelque part ?
-Pourquoi pas. J'hésite mais me lève finalement, enfilant rapidement ma veste.

J'attends plusieurs minutes, debout près du comptoir, que Kris règle la note puis il revient, un immense sourire peint sur ses lèvres. Le benêt.
Mais, soudain, il s'arrête et son sourire disparaît aussi vite qu'il était apparu. Il me fixe et semble apeuré.
J'hausse les sourcils et m'approche de lui, passant une main devant son visage pour le faire revenir à lui, bien que le Kris muet serait sûrement de meilleur compagnie, m'enfin ! Il secoue la tête et m'attrape brusquement par le bras, collant sa bouche à mon oreille.

-Ecoute, j'veux pas d'emmerdes moi. Il soupire. Te retourne pas pour le moment mais pense à aller voir l'abruti qui te sert de copain et explique lui que t'as pas besoin de garde du corps, surtout si vous êtes plus ensemble. Sur ce, j't'attends dehors.

Il relâche mon bras et je marque un temps d'arrêt. Woh !
Comme au ralenti, je me retourne et mes yeux s'arrêtent sur Tom. Accoudé au bar, il me fixe, un verre vide dans la main. Je m'approche, sans trop savoir pourquoi.
La musique entêtante se coupe pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus doux. Portishead, Glory Box.
Je continue mon avancée et me stoppe à quelques centimètres de lui. Il ne bouge pas d'un millimètre, il est juste là, me fixant de ses prunelles brunes. Je ne sais pas ce à quoi il peut bien penser. Je me demande juste ce qu'il fait là ; est-ce qu'il m'a suivi ? Est-ce que sa présence est juste le fruit du hasard ?
Je n'ose pas prendre la parole, lui non plus. Kris attend, je m'en fous. Actuellement je suis juste capable de me laisser entraîner dans un cocon intimiste de douceur.

-Comment ? Dis-je en brisant l'étrange silence qui s'était installé.
-Je t'ai suivi.

Je fronce les sourcils, en tant normal ça ne m'aurait pas plus mais là...

-Je croyais que tu détestais ce mec ? Poursuit-il.
-C'est le cas.
-Alors, pourquoi ?

Ah. Ah. Ah. Pourquoi ? Si je le savais ! Je suis incapable de définir mot pour mot ce qui me gêne en ce moment et ce qui m'a poussé à contacter Kris pour cette soirée. Je sais uniquement que mon frère m'effraie, sa présence du moins. J'ai peur de déraper à nouveau. Peur et désir, étroitement liés.

-On pourrait discuter ? Ailleurs ? Je demande, peu sûr de moi.
-Ouais, on rentre. Répond-il agacé.
-Tu es fâché ?
-Bill, tu te barres de l'appart pour sortir avec Kris, j'ai le droit de me poser des questions non ? Son ton est brut et je préfère ne pas répondre, le devançant jusqu'à la sortie.

Je pousse la porte du bar et tombe nez à nez avec Kris. Je l'avais presque oublié.

-Ah te voilà, ça s'est arrangé avec l'autre ?

Au même moment, Tom sort à son tour et il semble surpris de tomber sur le jeune homme.

-T'es encore là toi ? Dit-il sur la défensive.
-J'te retourne la question. Répond le blond en s'avançant poings serrés.

C'est quoi ces conneries ?

-Juste pour info, Bill est passé à autre chose et tu n'as rien à faire là.
-Ben si, justement, je suis venu le chercher. Affirme Tom en se mettant de mon côté.
-Bill ?
-Désolé, je rentre. La vérité.
-Non mais attends, j'suis pas un truc qu'on prend et qu'on jette ! C'est toi qui m'a appelé, assume un peu ! Crie t-il en me tirant par le bras.
-Fiche lui la paix bordel, tu vois pas qu'il se fout de ta gueule ? Réponds mon frère en attrapant mon autre bras.

J'ai soudain l'impression d'être un morceau de viandes que deux rottweilers se disputeraient. Une image pas très valorisante, autant pour eux que pour moi. Surtout pour moi en fait.
Incapable de prendre les bonnes décisions, de mettre les choses au clair. Je reste passif alors que les injures commencent à fuser.

-Dès que j't'ai vu, j'ai su que t'étais qu'un pauvre connard. Injure Kris et c'est la phrase de trop. Mes bras s'agitent, le sang pulse contre mes tempes et je craque.
-Mais ta gueule ! T'as rien compris, mais t'sais quoi ?! J'vais t'expliquer moi. Je me poste face à lui, mon regard se fait haineux et je lâche toute la vérité. Tom n'est pas mon putain de petit-ami, c'est mon frère. Le seul que j'ai. Ma voix tremble mais je me reprends. Ouais, j't'ai menti, on s'est bien foutu de toi mais t'as rien vu. Fais-en ce que tu veux, raconte le à tous le monde si ça te fait plaisir, j'm'en fiche. J'me fiche de ce que tu peux penser, toi et les autres. J'te demande juste un truc, oublie moi. Ne me parle plus, ne me regarde plus et disparaît, j'veux plus te voir. Jamais !

Ses yeux s'ouvrent largement alors que les miens s'humidifient.
Il sait, tous les étudiants vont me regarder de travers. J'ai embrassé mon frère, je vais le payer. Cher. Mais, franchement, là, tout de suite, maintenant, c'est le cadet de mes soucis. Je me sens libérer et pour un peu je serais capable de cracher à Tom toutes mes craintes. Je m'abstiens, difficilement. Je ne veux pas empirer mon cas, pas devant Kris.
La seule chose que je trouve à faire c'est de fuir, dans la nuit. La voix de Kris, qui semble s'être remis de ses émotions, me parvient aux oreilles.

-T'es le plus taré des mecs de toute cette planète ! Va te faire enfermé mon vieux et j'te rassure j'ai pas l'intention de te revoir, j'suis pas fêlé, moi !

Je retiens mes larmes et poursuit mon chemin, les lampadaires de la ville comme seul éclairage. Au fond, il a pas tort, je tourne pas rond. Clairement.


²²²²


La porte claque et Tom me rattrape de justesse. Je comptais aller m'enfermer dans ma chambre et dormir. Espérer dormir en fait, pour ne plus penser.

-Attends ! Dit-il en me retournant face à lui.
-Quoi ? Je crache avec colère.
-Calme toi, j'ai rien fait moi ! Réplique t-il.
-Tu plaisantes là ?! Tu m'as suivi Tom, putain, t'as tout gâché ! Tu vois rien, t'es complètement borné. Tu comprends vraiment rien. Ma phrase se termine dans un soupire, mes muscles semblent peser des tonnes, les battements de mon c½ur s'affolent.
-Désolé. Murmure t-il.

Surpris, mon regard se plante dans le sien et ses excuses s'avèrent sincères. Réaction inévitable : je culpabilise. Bordel.

-C'est vraiment ce que tu voulais, passer la soirée avec lui ?
-Peut-être. Je réponds dans une tentative désespérée.
-Bill, clame t-il d'un air sévère.
-Non, bien sûr que non ! Pourquoi tu poses la question si tu connais la réponse ? Je m'énerve.
-Pour être sûr, en ce moment j'ai un peu de mal à savoir ce que tu veux vraiment.
-C'est drôle, j'ai la même impression. Malgré moi, la colère ne me quitte pas.

Il prend sa tête entre ses mains et soupire bruyamment. Sa patience atteint ses limites. La mienne aussi à vrai dire ; je suis fatigué des cris, des reproches, du mal que l'on se fait mutuellement, depuis bientôt deux semaines.
Je le regarde pour la énième fois. Je suis littéralement à bout. Je fais abstraction de ma colère, de toute façon je ne peux jamais rester longtemps énervé contre mon jumeau. C'est comme ça, je l'aime trop pour ça. Probablement.

Je m'approche un peu plus et, tendrement, je noue une de mes mains à sa nuque. Je capte son regard et, inconsciemment, lui demande son accord. N'apercevant aucune once de refus dans ses prunelles, je rapproche habilement nos visages et frotte mon nez contre le sien. Juste comme ça.
Sa main trouve sa place au milieu de mon dos et j'ose. J'ose faire ce que jamais je n'aurais pensé refaire un jour. Je l'embrasse. Sans brusquerie. Juste comme ça.
Je caresse ses lèvres et quémande l'entrée de sa bouche. Accès autorisé. Je touche sa langue, joue avec elle, me l'approprie. Juste comme ça.

Je l'embrasse. Pas comme un amant, comme mon jumeau, comme la personne la plus importante à mes yeux. La confusion était juste là. Celle qui m'a pourri la vie des jours durant, celle qui me poussait à croire que, peut-être, au fond de moi, j'étais amoureux de Tom. Mais non, bêtise. J'avais simplement besoin de lui montrer mon amour, autrement. D'une manière qui peut en déranger certains, en choquer d'autres. Mais elle nous appartient.

Les conventions, on les respecte peu. Les règles nous sont toujours passées au dessus ; le bien et le mal se sont toujours confondus. Peu importe. Je ne le désire pas, ou peut-être un peu. Mais parce que je l'aime et qu'il m'appartient, comme je lui appartiens.
Ca pourrait être dangereux si nous n'avions pas de limites, mais ces limites existent, je les connais, Tom aussi, je le sais.
Le nouveau tournant que prend notre relation dérangera sûrement nos futures conquêtes, à tous les deux, mais je prends le risque. Maintenant, je ne pourrais plus faire sans. C'est juste comme ça.






£µtt!









# Postato giovedì 09 luglio 2009 07:38

Modificato venerdì 10 luglio 2009 08:32

OS n°29

OS n°29
Date d'écriture : 1er septembre 2009. (Twins's birthday ^^)
Titre : Fanatisme.
Note de l'auteur : OUI JE SAIS, j'ai mis 30 ans à le poster celui-là et en plus je suis pas, mais alors pas du tout, satisfaite --' J'avais envie de faire un bon truc, c'est raté MAIS je ne m'avoue pas vaincue et "j'essaierai de m'améliorer pour la prochaine fois" ; ) VOS AVIS !!








Février 2008.
Le groupe tenait bon. Malgré l'enchaînement des concerts, les shootings à répétition et les interviews redondantes. La fatigue était belle et bien présente mais elle était seulement le fruit de leur rythme de vie et donc, peu inquiétante. Normale.
Mais, pas question de parler de surmenage ; ce serait engendrer un vent de folie dans tous les magasines (n'oublions pas leur étonnante capacité à tout exagérer...) et les retombées pourraient être plus importantes que ce que l'on pourrait alors croire.
Malgré tout, le groupe tenait bon.


xxxxx


Bill, dont la fatigue se traduisait par des absences régulières avait, une fois de plus, oublié son sac à main dans le van qui les avait tous ramené à l'hôtel.
Il soupira.
Bon dieu, mais qu'est-ce qu'il avait dans la tête ? Trop de choses, ou plus rien justement, le grand vide. Lui-même ne savait pas.

D'un pas lourd, il emprunta les escaliers et repéra rapidement Saki. Accoudé au bar, il discutait planning avec le manager du groupe : le célèbre David. Presque aussi célèbre que les membres du groupe, une grande nouveauté dans le monde de la musique mais, après tout, Tokio Hotel était la représentation même de l'exception.

Bill intervint sans gêne dans la discussion, de faibles cernes soulignaient ses yeux maquillés et son teint semblait plus pâle qu'à l'accoutumée. Autre conséquence de l'épuisement dont il était le sujet.

-Je pourrais avoir les clefs du van ? Demanda t-il sans précédent.
-Oh non, me dis pas que tu as encore...
-Si, bon, ça va. Qui a les clefs ?
David esquissa un sourire moqueur, Bill était sur la défensive. Il faut dire que tout le monde avait tendance à rire de son côté tête en l'air et ça commençait sérieusement à lui porter sur le système.
-Tu patientes 5 minutes, je termine d'organiser le programme avec Saki et j'envoie quelqu'un te le chercher. Affirma David en tournant royalement le dos au brun.
Mais ce dernier, peu convaincu et vexé, tel un gamin à qui l'on aurait refusé un bonbon, sentit son c½ur faire un bond.
Il avait besoin de son sac, là, tout de suite, maintenant. Il ne savait dire pourquoi, c'était comme ça. Bill était comme ça. Capricieux, mais il détestait se l'entendre dire.

Il tapota l'épaule de David, faisant difficilement abstraction de sa colère. L'interpellé se retourna en soupirant longuement. Lui aussi bossait dur, lui aussi travaillait jusque très tard dans la nuit, lui aussi subissait l'assaut des fans, même s'il n'était pas directement concerné, il se trouvait toujours là où ils étaient, hystériques. Lui aussi était fatigué.
-Quoi ? Maugréa t-il.
-Les clefs.
-Bill, je t'ai dit...
-Je suis assez grand pour aller récupérer un putain de sac dans une putain de bagnole, non ?! S'énerva t-il, coupant la parole à son manager pour la deuxième fois.
Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous ces derniers temps ? Il avait vraiment l'impression que les gens de son entourage, hormis son frère peut-être, passaient le plus clair de leur temps à l'emmerder, pour un rien.

David sembla réfléchir, l'idée que Bill se balade seul dans les sous-sols de l'hôtel ne le réjouissait guère. Elle lui parut même inconcevable. Bill tapa alors du pied, impatient.
-Je vais y aller ok ? Finit par dire le manager et le sang du chanteur ne fit qu'un tour.
-Mais pourquoi ? T'as peur de quoi ? Que j'me perde ?!
Oui, Bill était capricieux mais aussi très entêté. Et, comme dans bien des cas, David finit par céder...


xxxxx


Clef en main, le chanteur pressa le pas vers l'ascenseur. Il n'était pas loin de minuit et ses paupières semblaient peser des tonnes. Rien que de savoir ses trois acolytes en train de ronfler comme des loirs dans leur pieu, il ragea. Sûr qu'eux ne risquaient pas d'oublier leur sac à main quelque part... Simplement parce qu'ils n'en avaient pas.
Furtivement, il envisagea d'investir dans une banane qui resterait fixement attachée à sa taille, puis l'idée le surprit. Une banane ?! Bien trop ringard pour un homme comme lui, et surtout, comment pourrait-il caser tout son bordel dans un truc aussi petit ? Il devenait fou.

Lorsqu'il s'engouffra dans le petit espace, il marqua un temps d'arrêt. Sur le panneau de droite, il y avait une bonne dizaine de boutons et aucun n'indiquait clairement où il menait. C'était juste une série de chiffres...indéchiffrable.
Bon, de toute façon, il ne se voyait pas passer la nuit loin de son sac à main dans lequel portable et autres objets personnels cohabitaient. Impensable.
Il pouvait sans doute demander à David de venir l'éclairer, mais ce dernier risquait de faire allusion à leur conversation précédente. Bill était assez grand pour aller récupérer un putain de sac dans une putain de bagnole, non mais. Ouais, valait mieux se débrouiller seul...

En y réfléchissant bien, le sous-sol devait correspondre au dernier bouton, comme dans un immeuble où chaque bouton représente, par leur position, de haut en bas, un étage. C'est donc dans une logique imparable que Bill pointa son doigt sur l'ultime bouton de la liste, le 9. Et c'est dans une logique tout aussi imparable que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur un sombre couloir et la voix de la jeune femme annonça : « Dernier étage ». Autrement dit, l'accès au toit.
Le brun fronça les sourcils, même les ascenseurs l'emmerdaient.
Il grommela et cessa de réfléchir lorsqu'il appuya simplement sur le premier bouton. La cage se débloqua et commença sa lente descente jusqu'au sous-sol.
-Eh ben c'est pas trop tôt ! Soupira t-il en poussant la porte de la pièce adjacente.
Il fit un pas et la porte claqua derrière lui, résonnant dans tout l'espace en un bruit sourd.


Il n'avait pas pensé qu'il se retrouverait aussi seul, dans un immense parking souterrain, les néons comme seul éclairage.
Bizarrement, la scène typique d'un film d'horreur lui traversa l'esprit. Le genre de scène où une jolie blonde, plus blonde que jolie, se retrouve nez à nez avec un tueur en série, dans un parking vide, où la lumière se fait moindre parce que les trois quarts des néons sont en panne et qu'ils clignotent, où il n'y a pas un seul bruit hormis celui de l'arme du crime : une tronçonneuse à bois.
Bill secoua la tête, ce n'était justement qu'un film, et puis, il n'était pas blonde ! Et, quoi, il logeait dans un hôtel hors de prix, les entrées et sorties devaient être étroitement surveillées. Il n'avait pas à avoir peur. C'était stupide.

Le van était garé sur une place réservée, à l'autre bout du parking. Evidemment.
Peu importe, il pressa le pas, le talon de ses santiags résonnant sur le sol en béton. D'instinct, ses yeux naviguèrent de droite à gauche et il gagna enfin le dernier hangar. Il sortit les clefs de sa poche et déverrouilla les portières ; un bip sonore retentit et il se hâta de faire coulisser la porte arrière. Il eut un sourire satisfait lorsqu'il vit son sac, posé à même le sol.
Il se pencha en avant et tira sur la lanière lorsque ses mouvements se stoppèrent net, son c½ur avait raté un battement. Il était quasiment certain d'avoir entendu, à seulement quelques mètres derrière lui, des pas. Il se retourna brusquement.
Rien.

Il soupira longuement en portant une main sur sa poitrine, il était temps qu'il aille se coucher. Désormais, il hallucinait.
Il empoigna donc son sac, claqua la portière, verrouilla le van et prit le chemin inverse pour rejoindre l'ascenseur. Cependant, il ne put s'empêcher de balayer l'espace du regard, et la scène horrifique traversa à nouveau son esprit. Il secoua la tête comme pour la chasser, et pressa un peu plus le pas.
Il atteint la petite porte de sortie mais, au moment où sa main se posa sur la clenche, il crut entendre son prénom. Quelqu'un l'avait appelé, très clairement, la voix ne lui était cependant pas familière. Ou peut-être que si, même si la prononciation avait été claire, le ton était plutôt faible.
Son c½ur s'accéléra, l'adrénaline se déversant dans tout son corps et sa tête bourdonna furtivement. Là, il avait clairement la trouille.
Il avait le choix entre se retourner et faire face à l'intrus, peut-être que la personne qui l'avait appelé n'était autre qu'un employé de l'hôtel envoyé par David ; ou bien il pouvait pousser la porte et prier pour que l'ascenseur coopère gentiment pour qu'il s'enfuisse avant qu'on ne puisse le rattraper.

Etait-il un trouillard ? Certainement pas. Et puis quoi, ce n'est pas parce que quelqu'un l'avait simplement interpellé qu'il allait pour autant se faire découper en morceau.
Lentement, il fit volte face et, pour la première fois en dix-huit années, il sentit son corps l'abandonner. Comme si son c½ur avait explosé et que ses membres se décomposaient à vue d'½il. Il restait là, inerte, statufié. Bouleversé.
Là, à quelques mètres de lui, sur l'un des piliers du sous sol était exposé un portrait de lui. Immense ; si bien que l'½il faisait probablement la taille de sa propre main. Mais ce n'est pas seulement l'image qui l'effrayait, c'était surtout et avant tout, la traînée rouge qui traversait son visage et qui allait choir dans son cou. La couleur sanguine semblait presque palpable, humide, comme si d'une minute à l'autre elle allait glisser hors du papier, s'écouler sur le restant du pilier et finir sa course sur le sol, formant probablement une épaisse tâche immaculée.
Bill se mit à respirer fort, contrôlant maladroitement son souffle. La plaisanterie était mauvaise.
Comment avait-il pu louper ça à son arrivée ? Impossible.
Son c½ur s'affola un peu plus lorsqu'il prit la décision de s'approcher ; malgré la peur, il ne put s'empêcher d'avancer jusqu'à se retrouver nez à nez avec son portrait. Le papier glacé reflétait l'acharnement avec lequel le rouge avait été apposé sur le visage. Il était presque déchiré à certains endroits.
Bill ragea, qui osait ?
Il jeta un rapide coup d'½il au sous-sol et ne vit rien. Est-ce qu'il rêvait ?
Désabusé, il posa un doigt tremblant sur l'immense feuille et le glissa le long de la tempe imagée. C'était froid, la feuille tenait fébrilement et allait céder d'une minute à l'autre. Et, lorsque son doigt atteint le coin de sa bouche, il remarqua quelque chose de griffonner sur le côté. Des mots, quatre petits mots couchés à l'horizontal.
Le brun fronça les sourcils en inclinant légèrement sa tête.
« Tu Es A Moi. »
Il sursauta et, évacuant son stress, il tira sur le papier, l'arrachant de son support d'appoint, le jeta au sol et couru jusqu'à la sortie.
La plaisanterie était mauvaise.


xxxxx


Son c½ur ne cessa de tambouriner dans sa poitrine que lorsqu'il atteint le rez-de-chaussée ; David était encore là, à discuter planning avec Saki.
Sans un mot, Bill déposa les clefs sur le comptoir, fit un sourire crispé et emprunta les escaliers pour rejoindre sa chambre.
Il avança le Pass devant la borne et la porte se déclencha. Il poussa un long soupir et cala son dos à la porte en fermant les yeux. Il resta plusieurs secondes dans cette position, chassant du mieux qu'il pouvait l'image de son portrait immaculé.
Des coups furent brusquement tapés contre le bois, résonnant dans sa poitrine, et il ne put que sursauter violemment.
-C'est qui ? Demanda t-il d'une voix fébrile.
-C'est moi. Répondit simplement l'autre et Bill reconnut aussitôt son jumeau.
Il se retourna et ouvrit la porte, laissant Tom entrer dans la chambre. Il n'était vêtu que d'un immense tee-shirt, duquel dépassaient ses jambes nues. On aurait dit qu'il avait couru un marathon, comme s'il s'était précipité de sa chambre pour rejoindre celle de son frère.
-Tu vas bien ? Demanda le blond en s'approchant de son frère, scrutant son visage d'un air inquiet.
-Oui. Juste un peu fatigué.
Le chanteur avait jugé plus sage de ne pas révéler ce qu'il avait vu, d'abord parce que son frère allait s'inquiéter, et aussi parce qu'il risquait de ne pas le croire et se moquer ouvertement de lui. Qui pouvait croire un truc pareil ? C'était trop irréel, comme fictif.
-T'es sûr ? Parce que je... Commença le dreadé mais Bill l'interrompit.
-Ca va Tom, retourne te coucher.
Le blond fronça les sourcils mais obéit docilement, s'éclipsant de la chambre pour rejoindre la sienne, juste à côté.
Bill émit un énième soupir. Foutu lien gémellaire, pensa t-il.


xxxxx


Bill eut un sommeil agité et, lorsque son téléphone émit les premiers sons du réveil, il grommela. Aujourd'hui encore, il devait être levé de bonne heure, pour assurer une longue journée de promo. Le groupe devait également faire le show le soir même.
D'un pas lourd, il s'enferma dans la salle de bain et, ce, pendant une bonne heure et demie. Coiffeur, styliste et maquilleur étaient évidemment à sa disposition mais il ne pouvait s'empêcher de réaliser le travail lui-même ; après, bien sûr, il ne refusait pas la touche en plus des professionnels. Mais c'était lui qui posait le premier coup de pinceau. Ainsi soit-il.

Fraîchement apprêté, coiffé et maquillé, il jeta un coup d'½il à sa chambre. Les femmes de ménage étaient déjà passées, le lit était fait au carré, la moquette était nickel et tout était rangé à la perfection, à part peut-être la valise personnelle du chanteur qui dégueulait de vêtements, tous plus froissés les uns que les autres.
Soit, il empoigna son sac à main, posé sur l'une des chaises près de la fenêtre et prit les devants, mais, à peine eut-il fait quelques pas que quelque chose s'échappa de celui-ci, terminant sa chute sur le sol.

Lorsque Bill posa ses yeux sur une enveloppe noire, il fronça les sourcils. Il n'avait pas souvenir d'avoir en sa possession un tel courrier. Peut-être qu'il ne lui appartenait pas, tout simplement. Lui était-il destiné ou s'agissait-il d'une erreur ? Comment cette enveloppe avait-elle pu se retrouver dans son sac à main, enfermé dans sa chambre d'hôtel ? A moins que... Il se souvint de son épopée dans les sous-sol, s'il y était descendu c'était uniquement dans le but de récupérer...son sac à main.
Fâcheuse coïncidence.
Comme s'il s'agissait d'un objet précieux, ou, au contraire, de l'objet d'un délit, il ramassa l'enveloppe sur le sol et l'ouvrit précautionneusement. Il s'assit sur le rebord de son lit et déplia une feuille blanche, où un texte apparaissait. Bref et dactylographié.
Son c½ur rata un battement.

Appelle moi.
Je suis juste là.
Je vis pour toi.
Vis pour moi.

La dernière phrase sonnait comme un ordre, les autres révélaient un fanatisme désarmant. Mais rien, pas un seul indice ne permettait de dire que ces quelques phrases étaient destinées au chanteur.
Bill tentait vainement de s'en persuader, c'était peut-être une erreur, une mauvaise blague. Et ce, même si cette enveloppe se trouvait dans son sac, dans sa chambre d'hôtel, le jour suivant la découverte de son portrait immaculé.
Fâcheuse coïncidence.
Bill mit de côté ses doutes, enfourna l'enveloppe dans son sac et quitta sa chambre sans un regard en arrière. Il ne prit pas l'ascenseur mais emprunta les escaliers.
Il s'apaisa en apercevant son frère, Gustav et Georg, déjeunant copieusement. Il les rejoint, les saluant brièvement et se servit un grand bol de café. Ce matin, l'impression d'être épié l'empêcha d'avaler quoique ce soit de consistant.


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Deux jours passèrent sans incident.
Cependant, le brun ne pouvait s'empêcher de vérifier sans cesse ses arrières ; les séances d'autographes se transformaient en véritable cauchemar, chacun des visages se présentant à lui était scanné et évalué comme pouvant être, potentiellement, l'auteur des tourments qui l'importunaient.
Il surveillait tout : les attitudes, le look, le langage. Tout.
Au final, il se retrouvait avec une bonne trentaine de suspects et finissait par admettre que ces histoires le perturbaient beaucoup plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Ca l'atteignait peut-être un peu trop, mais une chose restait sûre : quelqu'un lui voulait du mal, ou trop de bien justement.
Et ce quelqu'un ne pouvait être qu'un fan. Un fanatique.

Il essayait pourtant de faire le vide ; savourant chaque rencontre avec son public, saluant les journalistes qui l'encourageaient, remerciant les animateurs d'émissions musicales et autres radios qui l'invitait, lui et son groupe, à venir se produire pour quelques minutes. Il aimait son métier, il aimait la musique, plus que tout, et ne voulait en aucun cas qu'un espèce de taré vienne tout gâcher.
Il ne se laisserait pas avoir et se battrait s'il le faudrait.


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-Quel regard portez-vous sur votre avancée dans le monde de la musique ? Demanda la journaliste d'un célèbre magasine allemand.
Pour une fois, Gustav prit les devants et répondit, avec franchise, qu'ils étaient fiers d'eux-mêmes, qu'ils espéraient aller loin. Aussi loin que possible et qu'il souhaitait qu'on se souvienne d'eux positivement. Parce qu'ils en avaient bavé pour en arriver là, parce qu'ils donnaient le meilleur d'eux-mêmes et que, malgré les rumeurs et les mécontentements de certains fans, ils n'avaient jamais dérapé et ne pensaient pas avoir pris la grosse tête.

Son intervention eut pour effet de déclencher un grand silence. Simplement parce que, dès que Gustav prenait la parole, aussi rare soit-il, ça avait le don de rabaisser tout le monde tant ce qu'il disait coulait de source et transpirait la sincérité. En clair, ça vous en bouchait un coin.
-Bien, et, toujours célibataires les garçons ? Piailla la jeune femme en s'enthousiasmant.
On eut le droit à l'épisode redondant de Tom et ses multiples conquêtes, contrat oblige, et les trois autres se contentèrent de secouer la tête positivement. Le dreadé en profita pour rajouter une boutade à propos du célibat de ses camarades et l'interview prit fin.
Enfin presque.
-Les fans sont très attentifs au fait que, parmi vous, deux sont frères, jumeaux qui plus est. Bill, Tom, pourriez vous répondre rapidement à quelques questions disons 'spécifique à votre relation' ?
Les deux interpellés interrogèrent leur manager qui leur fit un signe de tête, les encourageant. Si l'interview dérapait, il serait là pour la stopper.
-Oui, bien sûr. Répondit le chanteur en souriant chaleureusement.
-Bon, déjà, êtes vous de vrais jumeaux ?
-Oui, nous sommes nés avec 10 minutes d'écart, Bill est le plus jeune. Ria le blond, il adorait jouer le rôle du grand frère.
-Une anecdote d'enfance ?
-Tom et moi s'amusions souvent à tromper nos proches, à l'époque on se ressemblait beaucoup et il suffisait que l'on échange nos vêtements pour que les gens se méprennent. Aujourd'hui ce serait plus difficile. Rigola le chanteur ; des souvenirs de son jeune âge traversaient son esprit, il était heureux que Tom soit à ses côtés, aujourd'hui encore.
-La ressemblance est moins frappante que lorsque l'on était enfant, mais si Bill se démaquille et si l'on ôte nos piercings, nos visages sont quasi similaires. Compléta Tom avec un sourire satisfait.
-Vraiment ? S'étonna la journaliste.
Les jumeaux sourirent et la jeune femme dut se reprendre, elle était là pour poser des questions précises, pas pour se renseigner. Sa curiosité avait pris le dessus et elle était à deux doigts de demander à Bill de se démaquiller. Elle se racla la gorge et poursuivit l'interview...
« ... »
« ... »
« ... »
-Parfois, ce serait plus simple si Bill n'était pas mon frère.
Le concerné tourna brusquement la tête en direction de son jumeau, il avait oublié la question qui avait appelé cette présente réponse mais la phrase avait sonné comme un reproche dans la bouche de son frère. Est-ce que Tom sous-entendait que Bill lui faisait...honte ?
Le chanteur se déconnecta et supplia David de ses grands yeux, il en avait assez pour aujourd'hui. Et, comme Bill obtenait souvent ce qu'il voulait, l'interview prit fin sur cette dernière intervention. Troublante. Mais uniquement pour Bill.


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C'était le jour de la remise du courrier ; auparavant Tokio Hotel avait le droit à son petit lot de lettre toutes les semaines, aujourd'hui les choses avaient changé. Il ne s'agissait plus d'une centaine de lettre mais de centaines de milliers. Tous les jours. Impossible pour eux d'accorder le temps nécessaire à chaque courrier et, plutôt que de bâcler la lecture, la prod faisait un tri préalable et les lectures n'avaient désormais lieu qu'une fois tous les deux mois.
Bill, Tom, Gustav et Georg possédaient donc une vingtaine d'enveloppe chacun, l'auteur se révélait être, dans 99% des cas, une femme. Mais peu importe, la marque d'affection et de soutien qui en découlait réjouissait nos musiciens.

Une jeune femme, membre du staff, déposa le courrier sur une petite table et invita les garçons à venir se joindre à elle. Exceptionnellement, elle ferait une photo qui serait transférée au rédacteur d'un grand magasine allemand, preuve que 'non, Tokio Hotel n'oublie pas ses fans'...
Les tas présentés aux jumeaux semblaient plus importants que ceux de Gustav et Georg, mais rien d'étonnant. Tom arriva en retard et lorsqu'il prit place autour de la table, il sourit niaisement, son ego étant gâté une fois de plus.

Bill détacha soigneusement l'élastique qui contenait les enveloppes et commença sa lecture en silence, affichant de temps à autre un sourire satisfait. Il vivait un rêve, rien ne lui permettait d'en douter ; pas même cette lettre d'amour qui semblait à la limite du correct. Bill ne comprit pas pourquoi les managers avaient laissé passer un tel courrier ; la jeune fille, âgée d'à peine quatorze ans évoquait sa vie sexuelle sans complexe et faisait de longues allusions à ses rêves érotiques, rêves où Bill était constamment présent.
Un peu osé certes, mais flatteur.

-Bon, vous terminerez votre lecture dans le van, faut qu'on soit au studio dans une petite heure.

Tous acquiescèrent d'un bref signe de tête et prirent le chemin jusqu'au sous-sol. Bill se crispa lorsque les portes de l'ascenseur se refermèrent sur lui. Le souvenir de sa mésaventure passée lui traversa l'esprit mais fut rapidement chassé par un sentiment de sécurité. Il y avait son frère, ses deux meilleurs amis et son manager. Il ne craignait rien, et puis cela faisait trois jours qu'il n'avait reçu aucun signe d'acharnement psychotique. Une bonne chose, pensa t-il.
Il resserra sa prise autour des trois enveloppes qu'il possédait encore et échangea un regard avec son jumeau. Ce dernier lui sourit et caressa son bras tendrement. Il avait probablement sentit une gêne et avait jugé nécessaire de rassurer son double, même s'il ne connaissait pas les causes de son trouble. Tom était là, serait toujours là pour lui. Quoi de plus rassurant ?

Georg, Gustav et Tom s'installèrent à l'arrière du véhicule alors que Bill prit place à l'avant, à côté du chauffeur. Il avait ce petit côté privilégié que personne ne lui enviait. Bill s'asseyait souvent à l'avant, c'était comme ça. Point.

Il regarda le van quittait le sous sol et s'élançait sur la route départementale. Il écouta brièvement ses trois acolytes comparer leur taux de popularité auprès des fans et, enfin, il arracha le papier de la première enveloppe qu'il tenait dans ses mains. Une lettre semblable aux précédentes, la suivante aussi.
La dernière en revanche, attira franchement son attention.

L'enveloppe était vierge, pas de joli c½ur, pas de tag, pas de prénoms, plutôt étrange en somme.
Il la retourna et en retira le contenu.
Ses yeux s'ouvrirent de stupeur lorsqu'il découvrit six clichés. Six photographies le représentant. Bill sortant de l'hôtel, Bill devant un magasin de mode, Bill se promenant dans un quartier huppé, Bill au balcon de sa chambre d'hôtel... Les photos datées des jours derniers.
Le brun dut retenir sa respiration durant plusieurs minutes, le sentiment d'avoir été épié le paralysa. Ca pouvait être n'importe qui. Partout où Bill se trouvait, il y était. Dérangeant.
Bill avait pourtant l'habitude des paparazzis et des nombreux fans, scotchés à leur numérique et autre appareils en tout genre, à l'affût du moindre cliché. Là, c'était différent. Il se sentait comme une bête traquée.
Blessé, il entreprit de remettre les photos dans leur emballage mais l'une d'elles s'échappa et chuta sur le sol. Il se pencha pour la ramasser et son regard se stoppa sur le papier glacé.
Au dos, quatre phrases avaient été griffonnées. Ecriture qui ne lui était pas familière. Il reconnut aussitôt les quelques lignes, les mêmes qui avaient été apposées sur la feuille blanche retrouvée dans son sac à main.
Un frisson traversa son échine et il dut fermer les yeux pour reprendre son souffle. C'était trop.

Une main se posa sur son épaule et il sursauta malgré lui. Il pencha sa tête sur le côté et ses yeux se posèrent sur la main de son frère.
-Est-ce que ça va ? Murmura ce dernier, sa tête appuyée sur le dossier du siège avant.
-Oui. Souffla le brun.
Il appuya sa main fraîche sur celle de son jumeau, toujours sur son épaule, et ne la lâcha qu'une fois arrivés au studio.


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-LACHE MOI, OK ? J't'ai payé, casse toi maintenant.
Bill fronça les sourcils, à qui son frère s'adressait-il de cette manière?
Peut-être qu'il n'aurait pas du venir. En effet, après une journée de répétition et un concert éprouvant sous le feu des projecteurs, il était venu chercher un peu de réconfort auprès de son frère mais celui-ci semblait très en colère. Si bien que Bill avait cru s'être trompé de chambre en entendant les injures.
Il poussa la porte déjà entrouverte et Tom raccrocha brusquement, se tournant vers lui. La fatigue se reflétait sur son visage, la fatigue et autre chose mais Bill ne sut dire de quoi il s'agissait.

Tom s'approcha et, sans un mot, prit son frère dans ses bras. C'était si rare, Tom était si peu démonstratif... Bill répondit à son étreinte, sa tête se cala dans son cou et il inspira l'odeur familière. Rassurante.
Le blond lui caressa le dos et lui embrassa les cheveux avant de lui demander de ne surtout pas poser de questions.
Ainsi, Bill ne dit rien. Il ne demanda pas pourquoi son frère semblait si, malheureux, il ne l'interrogea pas sur sa précédente conversation et ne posa aucune question lorsque Tom lui proposa de rester dormir avec lui.
Si Tom était mal, Bill était là. Rien de complexe, juste le fruit d'une relation fusionnelle entre deux êtres semblables.


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Le réveil fut difficile pour Bill, cette nuit là, malgré la présence rassurante de son frère, les cauchemars s'étaient enchaînés. Tous avaient un lien avec les évènements de ces derniers jours, la sensation d'être épié et de ne rien pouvoir faire seul. Il avait l'impression que partout où il se trouvait, quelqu'un de mauvais s'y trouvait aussi. Avec lui, sans cesse.

La nuit avait donc été agité et il n'avait même pas le sentiment d'avoir dormi paisiblement ne serait-ce qu'une heure tant il était fatigué. Il soupira longuement en se tournant sur le côté, ses yeux se posèrent sur son jumeau. Lui dormait profondément, Bill le sentait à des années lumière du monde réel. C'était étrange mais, dès que l'un d'eux somnolait, l'autre ne ressentait plus cette proximité rassurante qui existait auparavant. Comme si le lien était brouillé par l'inconscient qui prenait alors le pas sur le conscient.
Bill ne s'en formalisa pas plus, forcé de constater que Tom avait besoin de récupérer. Ce dernier était effectivement épuisé et semblait à bout de nerfs.
Le brun parcoura des yeux le visage si semblable au sien et, parfaitement réveillé, il se mit à gamberger. De quoi pouvait bien rêver Tom ? Pourquoi semblait-il si malheureux ? Bill détestait voir le malheur autour de lui, encore plus quand il s'agissait de son frère, et plus encore quand il n'en connaissait pas la cause.
Bill en était sûr, Tom était troublé.

Plusieurs minutes s'écoulèrent, Bill fixant son jumeau de ses grands yeux bruns, Tom impassible, ne bougeant pas d'un cil. Mais, brusquement, le dreadé s'agita et, sursautant, ses yeux s'ouvrirent de stupeur. Il resta immobile, son visage tendu, son regard figé sur le plafond de la chambre.
Bill fronça les sourcils et attrapa doucement le bras de son frère, le contact lui flanqua un frisson, sa peau était brûlante. Tom tourna aussitôt la tête et Bill décrypta chacune de ses émotions ; la peur, l'angoisse mais aussi du remord ou peut-être de la culpabilité, il ne sut dire quoi exactement, seulement que Tom avait des regrets.
Bill lui sourit, sa main qui emprisonnait toujours son bras sous l'épaisse couette lui permettait de percevoir son pouls. Les pulsations étaient rapides, en concordance avec la sueur qui pailletait sur son front et la pâleur de son visage.
-Tom, est-ce que ça va ? Questionna Bill, soucieux.
L'interpellé ferma brièvement les yeux et lorsqu'il les rouvrit, il sourit.
-Ouais, juste un cauchemar.
Le brun acquiesça d'un bref signe de tête et annonça qu'il allait se préparer ; il embrassa le front encore brûlant de son frère et quitta la chambre pour s'enfermer dans la salle de bain.

Une fois qu'il y fut, il se déshabilla et se glissa sous l'eau chaude, soupirant de bien-être. Il ferma les yeux et s'adossa à la paroi, laissant l'eau ruisseler sur son visage. Ses pensées l'amenèrent jusqu'à son frère et il émit une hypothèse pour le moins dérangeante. Plusieurs scènes traversèrent son esprit puis il ouvrit brusquement ses yeux, maintenant c'était clair.
Tom était lui aussi victime de harcèlement.


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La pluie battait fort, frappant violemment les vitres du van en route pour le studio d'enregistrement. Malgré l'averse, les fans étaient là, agglutinées devant les portes du bâtiment sur lequel trônait l'immense insigne « Universal ».
Les Tokio Hotel furent escortés jusqu'à l'intérieur par une porte dérobée, échappant ainsi à l'assaut des fans et à l'attaque des parapluies humides, sans oublier les flashs incessants des appareils en tout genre.

-Bien, on va commencer par les instru', venez par là les garçons. Déclara David, en avançant vers l'une des pièces du fond.
Les musiciens du groupe s'en allèrent donc, laissant un Bill un peu désemparé à l'entrée du studio. D'habitude il avait le droit de suivre les autres pour les écouter, donner son avis, là on ne l'avait même pas invité.
Peu importe, il s'installa dans le petit salon et se servit un thé, une des techniciennes vint s'asseoir à ses côtés et tous deux se mirent à discuter.
Depuis le début de l'aventure Tokio Hotel, l'équipe était soudée et Bill avait pu côtoyer cette femme des centaines de fois. Il l'aimait beaucoup et s'il avait des confessions à faire, c'est vers elle qu'il se tournait. Enfin tout dépendait de la confession car, dans 90% des cas, c'est Tom qui était à son écoute. Evidemment.
-Alors cette tournée ? Demanda la jeune femme.
-Dur mais un pur bonheur. Répondit le brun avec un large sourire.
-Tu as l'air épuisé.
-Je le suis mais honnêtement ça vaut le coup. Plus que tout, la musique était ce qu'il préférait.
-Ouais j'me doute, vous préparez déjà le prochain album ?
-Hm, ils enregistrent les instruments. Dit le brun en posant son regard sur la pièce d'enregistrement.
-Tu n'y vas pas ? S'étonna son interlocutrice.
-Ben, j'sais pas, David ne m'a rien dit.
La femme rigola franchement sous le regard étonné de Bill.
-Depuis quand tu n'as pas le droit d'accompagner les autres ?! Bill, enfin !
Le concerné ne comprit pas de suite les rires de la technicienne, il n'y avait rien de drôle. Et pourquoi paraissait-elle si étonnée ?
Devant l'air hébété de l'androgyne, la jeune femme reprit son calme et posa une main sur le bras de Bill.
-Tu es bizarre ces derniers temps, quelque chose ne va pas ?
-Quoi ? Non, pourquoi ? Dit-il, hésitant.
-Avant, tu ne te serais même pas posé la question. J'te trouve sur la défensive et moins... Elle se mit à réfléchir, sa bouche se tordant de droite à gauche.
-Moins ? Insista Bill.
-Moins, capricieux. Elle sourit, sachant parfaitement que Bill ne le prendrait pas mal.
Ce dernier sourit effectivement à cette remarque, il est vrai que parfois c'était un emmerdeur de première !
Un bip sonore retentit et la technicienne dut s'absenter. Bill se retrouva à nouveau seul et, lorsqu'il se remémora la réflexion de celle qu'il considérait comme une amie, il fronça les sourcils.
Son comportement changeait sans qu'il ne s'en rende compte ; même s'il est vrai qu'actuellement il avait tendance à faire attention à tout, à chacun de ses gestes, zieutant chacune des personnes présentes lors de ses déplacements. Il était clairement sur ses gardes et ce, pour une seule et unique raison, les multiples acharnements fanatiques dont il était le receveur.

Finalement, il avait rejoint les autres et s'était confortablement installé sur le sofa, juste entre Tom et Gustav, écoutant d'une oreille le morceau que Georg interprétait dans la pièce adjacente.
-Mais bordel, je peux pas caler mes notes si vous ne m'envoyez pas la batterie ! Gueula le brun de l'autre côté de la vitre, il retira son casque et mima la batterie de ses mains, s'agitant dans tous les sens.
Le technicien gratta quelques boutons et enclencha finalement l'un d'eux, celui qui permettait de communiquer avec Georg, de l'autre côté.
-J'ai pas la batterie seule, tu pourras pas te caler là-dessus, j't'envoie Gustav.
Aussitôt dit, aussitôt fait, le petit blond passa la porte et rejoint son ami. Il s'installa à la batterie et les répétitions reprirent avant l'enregistrement final.
-Sacré Geo, jamais content. Commenta Tom en souriant.
Bill se tourna vers son frère et l'observa quelques minutes, ils étaient désormais seuls, peut-être était-ce le bon moment pour clarifier les choses avec son frère ?
-Tom ?
-Hm ? Répondit l'autre en lui faisant face.
-Tu me fais confiance ?
-C'est quoi cette question ? Tom était sur la défensive, comme bien souvent.
-J'sais pas, tu me caches quelque chose ?
Bill était désormais de profil, une jambe remontée sur l'assise du sofa. Il avait clairement envie de savoir si Tom lui cachait un possible harcèlement moral.
-Ah, et qu'est-ce que je pourrais bien te cacher ? Désormais Tom prenait ça pour un jeu, il avait un drôle d'air et avait opté pour la même position que son jumeau.
-Tom, je suis sérieux. Ces derniers temps tu es, bizarre.
-Bizarre ? Bizarre comment ? Sourit le dreadé.
-Arrête Tom, te fous pas de ma gueule ! S'énerva le brun.
-Je me fous pas de ta gueule, j'te cache rien mais peut-être que toi tu me caches quelque chose... Hein ? Tom ne riait plus, la peine se lisait dans son regard.
-Je, non. Mentit le brun.
-Tu es sûr ? Tom s'approcha jusqu'à ce que leurs genoux se touchent.
-Tom... Gémit Bill, il baissa piteusement la tête et retint les mots qui bousculaient la barrière de ses lèvres.
Il était à deux doigts de tout balancer mais il connaissait Tom, mieux que quiconque, il devinait sans peine comment ce dernier réagirait s'il venait à apprendre qu'un malade s'en prenait à son jumeau. Et puis, il en voudrait à Bill de ne rien lui avoir dit plus tôt, c'était certain.
-Désolé, viens là. Finit par dire le dreadé en attirant son frère contre lui. Il l'encercla de ses bras et ils ne se séparèrent qu'une fois les enregistrements terminés.

La journée s'acheva par un concert grandiose, les Tokio Hotel rentrèrent épuisés à leur hôtel. Ils prirent un verre au bar de l'hôtel, discutant de leur prestation puis, la fatigue se faisant de plus en plus sentir, ils s'en allèrent chacun de leur côté pour un repos bien mérité.
Et, pour la première fois depuis plusieurs jours, Bill dormit paisiblement, d'un sommeil réparateur.


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Ses paupières se soulevèrent lentement, le réveil était difficile même s'il avait plutôt bien dormi, cela dit s'il avait pu il aurait dormi pendant trois jours consécutifs.
Il soupira longuement, chassant les quelques bribes de stress. Une longue journée l'attendait, comme d'habitude. Il n'allait pas s'en plaindre, tout cela il l'avait voulu mais jamais il n'avait pensé que ce serait aussi éprouvant. Peu importe, il avait gravit chacune des étapes jusqu'à être reconnu et vivre décemment de sa passion. Décemment étant un terme pour le moins inapproprié aux vues des sommes qu'il percevait chaque jour... Mais soit, il ne comptait pas baisser les bras ni montrer un quelconque signe de faiblesse, pas après tout ça, pas maintenant.
Il s'extirpa des draps et piétina jusqu'à la salle de bain...

Une heure plus tard, il était fin près, il remarqua une fois de plus le passage des femmes de ménage et eut un petit sourire en coin. Il attrapa son sac et se revit, quelques jours auparavant, dans cette même chambre d'hôtel.
De son sac s'était échappée la fameuse feuille qui l'avait fait trembler et se sentir traqué. Le message se trouvait encore quelque part dans les tréfonds de son sac à main, il n'avait pas vraiment envie de le garder mais il n'avait pas non plus envie que quelqu'un tombe dessus, surtout pas Tom.
Jetant un dernier regard à la pièce, il claqua la porte et descendit jusqu'au rez-de-chaussée où on l'attendait certainement.

Tom, Gustav, Georg, David, Saki et deux autres membres du staff étaient installés autour d'une table, discutant joyeusement en dévorant un petit déjeuner des plus copieux. Le brun sourit alors que Tom lui faisait un petit signe de la main, l'invitant à s'asseoir près de lui. Ce dernier ne semblait pas aussi malheureux que la veille. Une bonne chose.
Alors que, d'un pas décidé, Bill s'avançait vers la table du déjeuner, l'hôtesse l'interpella.
-M. Kaulitz ?
L'androgyne se retourna et s'approcha du comptoir, saluant brièvement la jeune femme.
-Oui ?
-Il y a un colis pour vous, j'ai pensé que ce serait mieux de vous le donner maintenant.
-Un colis ? Le brun haussa un sourcil, David était-il au courant ?
-Il a été déposé ce matin. Continua l'hôtesse.
-Ah ? D'où vient-il ? Demanda t-il, intéressé.
-Ca, je ne sais pas. Le livreur n'a demandé aucune signature, il a juste dit que c'était pour vous. Elle haussa les épaules et se pencha sur le côté, attrapant sûrement le colis en question pour le remettre à Bill.
-Euh non, faîtes-le monter dans ma chambre.
Il tourna la tête en direction du salon et ses pensées se confirmèrent, Tom le fixait étrangement. Valait mieux pas qu'il le voie déballer ce truc devant lui.
Il sortit son portable de sa poche et envoya rapidement un texto à son jumeau, prétextant qu'il avait oublié quelque chose dans sa chambre.
Il vérifia que Tom ait bien reçu son message et remonta l'escalier, non sans une pointe d'inquiétude.

Le paquet fut déposé dans sa chambre, comme il l'avait demandé.
Il s'assit sur le lit et posa le colis sur ses genoux, il était de taille moyenne, plutôt léger. Il osa le secouer légèrement et il sentit quelque chose bouger à l'intérieur. Il n'y avait aucune indication sur la boîte, ce n'était qu'un vulgaire carton recouvert d'adhésif.
Comme si le contact avec le scotch allait l'électriser, Bill le décolla de son support avec délicatesse. Le carton s'ouvrit de ses deux battants et une odeur particulière émana de l'intérieur. Une odeur de mort.
Le brun recula son visage en grimaçant, le sursaut qu'il fit envoya le carton directement sur le sol, son contenu atterrissant sur la moquette dans un bruit sourd.
Le c½ur du brun battait fort, l'odeur était nauséabonde et il n'était pas certain de vouloir découvrir ce qui gisait sur le sol. Cependant, il n'allait pas laisser ça en plan, n'importe qui pourrait tomber dessus et, quitte à le jeter à la poubelle autant savoir de quoi il s'agissait avant.

D'un geste vif, il ôta le carton et découvrit avec stupeur l'animal mort qui choyait sur la moquette. Il porta aussitôt une main sur sa poitrine et se retint de respirer pendant plusieurs secondes. C'était un oiseau aux teintes bleutées, il n'était pas petit mais pas gros pour autant, de taille moyenne. De son bec entrouvert s'échappait quelques gouttes de sang et Bill pouvait deviner sans peine comme il avait du souffrir.
Ses jambes remontèrent près de sa poitrine et ses doigts effleurèrent son front pour constater qu'effectivement il transpirait. Il avait chaud et froid en même temps, la chaire de poule le saisissait alors que son front perlait de sueur. Il avait envie de vomir ou de fuir, les deux peut-être.
Mais il devait agir, et vite. Les autres l'attendaient et il n'aurait aucune excuse valable à leur donner s'il arrivait en retard.
Il se releva et grimaça en s'approchant du volatile, il allait devoir le ramasser. Ses sourcils se froncèrent alors que sa main s'approchait en tremblant d'une de ses ailes cassées. Il suffoqua au contact et ferma les yeux très forts, essayant d'oublier de quoi il s'agissait.
-Putain. Maugréa t-il alors qu'il tenait du bout de ses doigts l'aile de l'oiseau ; il tendit ensuite son bras droit devant lui.
Et, alors qu'il s'apprêtait à l'enfermer de nouveau dans le carton, son regard s'attarda sur une étiquette attachée juste au bout de la patte du petit animal.
Bill approcha le corps de la pauvre bête plus près de son visage et il fixa avec intérêt le morceau de papier. Il y avait un code, précédent le nom d'une animalerie –ainsi l'oiseau ne provenait pas de la faune sauvage- et un nom, écrit en minuscule : « inséparable ».
-Putain, putain. Lâcha t-il en comprenant que la race de l'animal n'avait pas été choisi au hasard.
Se pressant, il déposa l'animal dans le carton et referma celui-ci à l'aide de l'adhésif usagé. Il frémit et nettoya ses mains à plusieurs reprises, tentant d'y chasser l'odeur pénible de putréfaction.

Il s'appuya contre le lavabo et s'observa dans le miroir, son teint était blême, ses yeux étaient rougis bien qu'il n'ait pas pleuré, du moins pas encore...
Il soupira et synthétisa les derniers faits marquants des jours passés ; l'homme –ou la femme- qui le poursuivait venait encore de jouer un de ses sales tours. L'oiseau mort l'avait cependant beaucoup plus touché que tout ce qu'il avait pu recevoir jusqu'à présent, Bill adorait les animaux et il était suffisamment intelligent pour voir qu'on s'était acharné sur la bête. Ca l'avait pétrifié, ça le pétrifiait toujours. D'autant que l'oiseau en question s'avérait être un inséparable, le genre d'oiseau qui ne peut vivre indépendamment, un peu comme lui au final. Du fait de sa gémellité avec Tom, il ne se voyait pas vivre sans lui et le message était plutôt clair... Le harceleur cherchait à lui montrer qu'il voyait d'un mauvais ½il cette dualité, mais pensait-il vraiment faire du mal à Tom ? Bill frissonna et eut un haut le c½ur.
Il avait l'impression de se trouver dans une impasse, il ne pouvait plus rien faire, ne s'imaginait pas en parler à qui que ce soit et assumait donc seul les crises de ce fanatique. Mais là c'était trop, la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
Ses mains resserrèrent leur prise autour de l'évier et il se mit à pleurer silencieusement. Il avait dit qu'il se battrait, qu'il ne se laisserait pas bouffer par ce fou, aujourd'hui il ne pouvait plus. Il se sentait seul, face à un mur infranchissable. Il se laissa glisser sur le sol et écrasa de ses doigts tremblants les larmes qui sillonnaient ses joues.
Il resta plusieurs minutes sur le sol carrelé, à ressasser toutes ces épreuves, à essayer de les mettre de côté, en vain. Puis, il sentit son portable vibrer dans la poche de son jean, il l'attrapa et lut en silence les quelques mots.

« Tu en mets du temps... Il y a un problème ? »

C'était Tom. Evidemment.


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Bill avait espéré bluffer tout le monde en prétextant une conversation téléphonique avec Andréas, son meilleur ami. Mais c'était sans compter la capacité de Tom à savoir lorsque son double lui mentait, cependant il ne dit rien se contentant d'envoyer un regard incrédule au brun.

La journée passée, tous avaient décidé de sortir. La boîte de nuit n'était qu'à quelques mètres de leur hôtel et puis, le lendemain, il quittait la ville alors autant profiter de leur dernier soirée. Bill pouvait même s'imaginer tirer un trait sur cette histoire de fan acharné.

C'est donc dans la bonne humeur qu'ils débarquèrent, déjà bien éméchés, au club. Il y avait un monde fou, le bar disparaissait presque derrière les corps endiablés des fêtards, les danseurs se pressaient sur la piste et plus aucune place n'était disponible du côté du petit salon. Heureusement pour nos quatre acolytes, l'espace VIP leur avait été réservé. En retrait, il offrait une vue global de la boite où les couples s'amusaient à se former et se séparer au gré de leurs envies.

Bill rigola en s'étalant sur l'un des sofas rouges, Tom lui offrit une coupe de champagne et Gustav se mit à sautiller, déclenchant les rires de Georg qui était le seul à être encore à peu près sobre. Ils avaient eu la bonne idée de passer leur soirée au bar de l'hôtel, enchaînant les cocktails, et maintenant qu'ils se retrouvaient ici, ils étaient tout simplement incapable de coordonner leurs mouvements pour danser convenablement. Sauf Georg bien sûr qui repérait déjà quelques jolies demoiselles dans l'assemblée.
-Geoooooo on y vaaaa ! S'exclama gaiement Tom en chancelant pour se mettre debout.
-Hein ? Georg esquissa un sourire.
-Let's go to the partyyyyy ! Brailla le blond, sous les rires de son cadet.
-Alors là sûrement pas ! J'veux pas d'un pochtron à mes trousses !
Et sur ces bonnes paroles, le bassiste mit les voiles, direction : la piste de danse.
Tom prit un air dépité et avala cul sec une coupe de champagne. Il regarda Bill fuir à son tour et s'époumoner sur la piste en se déhanchant exagérément.
Son sang ne fit qu'un tour et il s'enferma dans les toilettes, la bouteille de vodka pour seule compagnie...

Lorsqu'il en ressortit, deux heures plus tard, il était rond comme une queue de pelle, incapable d'aligner deux mots. Ses yeux lançaient des éclairs, comme si quelqu'un avait pris possession de son corps... Il balaya l'espace du regard, son ½il droit n'avait de cesse d'aller taquiner le gauche pour le faire loucher et il dut se concentrer à maintes reprises pour enfin repérer son frère.
Ce dernier était en train de discuter avec un jeune homme d'une vingtaine d'années et semblait passer un bon moment au vu du sourire qu'il décrochait à chacune de ses phrases.
-Bill ! Hurla le dreadé en attrapant son jumeau par la manche.
-Quoi ? Cracha l'autre alors que son frère venait interrompre une discussion, sans gêne.
-Bill, Bill, Bill. Psalmodia Tom en secouant le bras qu'il tenait fermement.
-Tom ?
-J'ai, pas, que, Bill...moi, ma faute.
Bill ouvrit grand les yeux face à la lueur de désespoir qui traversait le regard de son jumeau. Ses mots n'avaient aucun sens, Bill n'y comprenait strictement rien mais une chose était sûre, quelque chose ne tournait pas rond.
Il attrapa son frère par les épaules et l'obligea à le regarder.
-Tom, qu'est-ce qui s'passe ?
-Bill, Bill, nul, nul putain... Dit le dreadé au bord des larmes.
-Je comprends rien, parle doucement.
-Viens !
Tom ne laissa pas le temps à son frère d'émettre le moindre signe de mécontentement qu'il l'entraîna en dehors de la boîte, le vent leur gifla le visage et Bill frissonna violemment. Tom le traînait derrière lui avec une force incroyable, lui broyant la main.
-Tom, attends ! Tu m'fais mal !
-Arrête ! Gueula le blond en accélérant la cadence.
Bill dut se mettre à courir et, le souffle court, il aperçut enfin l'hôtel.
Tom traça, échappa aux quelques fans encore présentes à cette heure tardive et continua son avancée jusqu'à sa chambre.

Bill commençait désormais à paniquer, Tom n'était déjà pas dans son état normal à cause de l'alcool mais, là, la nervosité lui empêchait de réagir de façon cohérente. En effet, celui-ci s'agitait dans tous les sens, cherchant désespérément le Pass de sa chambre d'hôtel.
-Putain, putain ! Injuria t-il en tapant ses mains contre ses cuisses.
Bill l'obligea à se calmer en l'attrapant par les épaules.
-Calme toi bordel !
-Mais putain ! Le blond s'était brutalement reculé et incendiait son frère du regard. Tu sais pas, rien, rien ! Tu veux, mourir ?
La dernière parole secoua l'androgyne, il fit un pas en arrière et encercla son buste de ses bras.
Dans le même élan, Tom sortit le Pass de sa poche et déclencha la porte. Bill resta pantois sur lle seuil et, lorsqu'il osa faire un pas en avant, Tom pleurait fort.

Tiraillé par la peine, le brun entra, fermant la porte derrière lui.
-Tom ? Dit-il en effleurant son bras.
L'interpellé releva aussitôt la tête, Bill prit peur.
-Tom mais putain qu'est-ce qui y'a ?
Le dreadé s'approcha et accula son jumeau contre le mur de la chambre, ses épaules frappèrent de plein fouet la plainte et il retint un hoquet de surprise. Tom le regardait méchamment mais avec tellement d'amour que Bill ne sut quel sentiment dominait l'autre au final. Il était pétrifié et son malaise ne fit qu'accroître lorsque Tom rapprocha ses mains de son cou.
-Tomi. Gémit-il.
-Tu veux savoir ? Est-ce que tu veux ? Dis moi ! Hurla le blond en serrant sa prise.
-Ou-oui. Parvint à dire le brun en insufflant difficilement l'air.
Aussitôt, Tom se dégagea et renversa un sac rempli de papier et de cartons en tout genre. Il en attrapa une poignée et les jeta au visage de son frère avant d'en déchirer d'autres.
Bill se baissa lentement et recueillit une feuille qu'il prit soin de déplier alors que Tom commençait à déverser un flot de paroles incompréhensibles.
Les mots couchés sur le papier donnèrent le vertige à Bill et il dut s'asseoir ; si seulement tout cela n'était qu'un simple cauchemar.
-Bill, noooon ! Cria Tom et Bill sursauta.
Le blond se précipita vers son frère, le renversa sur le sol, son corps s'appuyant de tout son long sur le sien.
-Pas voulu, c'est pas moi. Poursuivit-il dans un soupir.
-Tom, j'ai mal, pousse toi.
-Non. Un regard meurtrier se posa à nouveau sur lui et il paniqua.
-Tom, Tom, Tom ! Gémit-il en remuant pour se dégager.
-C'est pas moi. Pas moi, pas moi. Tom hurlait de plus en plus fort, à mesure que le visage de son jumeau se décomposait.
-Quoi ?
-Pas moi... Souffla t-il, épuisé par les larmes qui rongeaient son visage.
Bill aurait voulu profiter de ce moment de calme pour s'extirper de sa prison, mais son sang ne fit qu'un tour à l'entente des supplications de son frère.
-Pas toi ? Putain mais Tom ! Qu'est-ce que t'as fait ? Tu te rends compte, est-ce que tu te rends seulement compte ? Je suis quoi pour toi ? Il ne put terminer sa phrase tant l'émotion le submergeait. Une larme roula sur sa joue, Tom trembla et agrippa ses mains aux cheveux de son vis-à-vis.
-Tu es, il marqua une pause et poursuivit dans un souffle, tout. Pas moi. J'voudrais mourir.
-No-on. C'est toi. La feuille...
-NON ! Pardon. Je t'aime, trop.
Leurs deux corps frémirent et ils respirèrent à l'unisson comme si le monde entier venait de s'écrouler à leurs pieds.

Bill pleura silencieusement, laissant juste les larmes rouler sur ses joues et terminer leur chute dans son cou. Tom le regarda impassible avant d'émettre une longue plainte, significative de sa douleur. Bill toucha le visage de son frère et chercha à lire en lui, était-il fou ? Qu'est-ce qui l'avait fait dérapé à ce point ?
Ils se fixèrent un long moment et Bill sentit sa gorge se nouer, Tom souffrait. Ses pupilles sombres lançaient des SOS désespérés qui le désarmait complètement. Tom était désespéré, clairement.
Le brun frissonna lorsque les mots de son jumeau traversèrent son esprit, « j'voudrais mourir ». Ainsi, il préférait crever plutôt que d'essayer de surmonter ça. Il voulait quitter ce monde, abandonner son jumeau qu'il disait pourtant aimer plus que tout. « Je t'aime trop », était-ce là la clef du problème ? Ce sentiment l'avait-il étouffé ? Au point qu'il veuille se faire du mal, au point qu'il lui fasse du mal ? Que devait-il faire, que pouvait-il faire ? Le rassurer ?
Ils échangèrent un regard, profond. Bill ne sentait plus vraiment le sol sous son corps endolori, il ne sentait plus vraiment le poids que son frère exercer sur sa poitrine, il ne sentait plus les doigts abîmés de Tom s'emmêlaient dans ses cheveux, il ne sentait rien, plus rien sinon son coeur qui tambourinait à tout rompre et qui heurtait avec fracas le corps de son jumeau, Puis il y avait ces deux prunelles brunes, perdues, noyées dans le chagrin, le regret et l'incompréhension. Il n'y avait plus que Tom, Tom et cet espèce de démon qui le hantait.
Mais qui pouvait-il ? Etre là pour lui, certainement mais était-ce suffisant?
Sans attendre de réelle réponse, le brun scella ses lèvres à celles de son frère. Brutalement, fermement, comme si sa vie en dépendait il l'embrassa.

Le baiser que lui rendit son frère le chamboula.
Leurs bouches s'animèrent ensemble et Bill gémit sous l'intensité de l'échange. Il espéra que lorsque ses yeux s'ouvriraient de nouveau, Tom irait mieux.

Il venait de prendre en pleine face la terrible vérité. Tom allait mal, mais bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer... Mal au point de s'en prendre à lui car, ce qu'il avait découvert et qu'il aurait l'occasion de confirmer en lisant toutes ces feuilles de papier, c'est que Tom ne vivait pas seul.
Hanté par ses démons et son amour pour Bill, il avait pété les plombs. Bill ne connaissait certainement pas le terme exact mais ce qu'il savait c'est que Tom n'avait pas eu conscience de mal faire. Un peu comme si deux Tom se disputaient son corps, le bon et le mauvais. Et Bill avait eu la malchance de rencontrer le mauvais. Celui qui détestait être le jumeau de Bill parce qu'il ne pouvait pas l'aimer comme lui le souhaitait, autrement que comme un simple frère.
C'était tellement dérangeant. Et totalement ingérable.
Si seulement Tom lui avait montré un quelconque signe de faiblesse plus tôt, bien sûr qu'il l'aurait aidé. Pour le moment les choses étaient confuses et Bill ne se sentait pas prêt à tout assumer. Tout ce qu'il pouvait lui donner à ce jour, c'était une preuve d'amour. Parce que même si Tom l'aimait d'un amour insensé, Bill lui offrait la promesse de son propre amour. Sûrement différent, mais tellement important.
Bill ne comprenait pas tout mais il aimait. Et ce, même si Tom était malade.


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La tournée avait été stoppé, les rumeurs allaient bon train puisque le groupe n'avait pas vraiment donné de raison à ça. Que dire? "Tom a pété un cable, désolé" Non. Impossible.
Alors on laissait dire, le groupe reviendrait et il n'avait pas à justifier chacun de leurs faits et gestes. David avait juste enregistré un message dans lequel il affirmait que les garçons avaient besoin d'un peu de repos mais qu'ils remonteraient bientôt sur scène. Les fans devaient se contenter de ça. Ou pas, d'où les importantes manifestations qu'ils et elles menaient un peu partout.

Les jumeaux s'étaient retrouvés chez eux, à Magdebourg. Tom avait été contraint de se rendre chez un psy pour 'comprendre ce qu'il se passait' mais le suivi s'était arrêté au bout d'une semaine. Tom ne disait rien et la psychologue, hautement renommée, n'avait déclaré aucune pathologie chez le garçon. Sur son dossier, aussi mince soit-il, elle avait déclaré "aucun symptôme skyzophrénique, seulement quelques perturbations comportementales dues à une grosse fatigue." Ainsi les acharnements qu'avaient subi son frère n'étaient que de simples appels au secours.
Bill avait lu ces quelques lignes. Au fond, il était presque heureux de savoir que c'était son frère l'auteur de toutes ces mises en scène, il préférait que ce soit Tom plutôt qu'un parfait inconnu. Dangereux qui plus est. Tom n'était pas dangeureux, il ne l'aurait jamais été, Bill en était convaincu.
Et, la fatigue et le stress de la tournée avaient probablement une grande part de responsabilité dans ce dérapage, comme l'avait si bien souligné la psychologue. Cependant, Bill avait besoin d'avoir une discussion avec son jumeau. Il y avait encore là quelques ombres sur le tableau...

Ainsi, Bill toqua à la porte de la chambre de son jumeau et, sans attendre de réelle réponse, il entra.
Tom était allongé sur son lit, son regard dans le vide. Il offrit quand même un sourire à son frère et se décalla pour qu'il puisse s'allonger près de lui.
Pendant un moment, ils ne décrochèrent pas un mot, se contentant de profiter de ce moment à deux où personne n'était là pour leur rappeler, qu'au fond, il y avait un problème.
-Tu as peur de moi? Demanda Tom en brisant le silence.
-Non, bien sûr que non.
A ces mots, Bill s'était relevé et ses yeux dévisageaient son frère.
-Tu devrais. Continua le blond en le regardant à son tour.
-Je ne crois pas.
-Si, je suis fou, c'est ce que tu penses? Un vague sourire étira ses lèvres.
-Non, pas du tout.
Bil vint doucement poser sa tête sur le torse de Tom, comme il adorait le faire quand il était gamin. Il ferma les yeux et respira pleinement l'odeur de son jumeau. Tom glissa ses doigts dans ses cheveux et massa doucement son cuir chevelu. Bill soupira d'aise et sa main s'attacha presque violemment au tee-shirt de Tom.
-Qu'est-ce qu'il y a? Murmura le blond.
-Est-ce que, tu crois que tu pourrais recommencer?
-Recommencer quoi?
-Ne m'oblige pas à le dire, Tom. Juste, dis moi si tu es guéris? Il détestait ce mot, il n'avait pas envie de voir Tom comme quelqu'un de malade.
-Non, je ne le serais jamais Bill.
Le brun releva brusquement la tête et ancra son regard dans celui de son homologue. Il demanda pourquoi et la réponse qui suivit le bouleversa. Comme cette fois là, comme quand Tom et lui s'étaient embrassés.
-C'est... Bill ne trouva pas de mot, lui qu'est-ce qu'il en savait vraiment?
-Je sais, c'est juste comme ça. Je t'aime, maintenant que tu le sais, je peux t'assurer que je ne déraperais plus.
-Je te crois.
-Tu m'aimeras un jour? Je veux dire, comme moi je t'aime? Murmura le blond en replacant une mèche de cheveux derrière l'oreille de son jumeau.
Bill ne répondit pas. Préférant se noyer dans les yeux de son frère.

Il avait eu si peur, maintenant que tout cela était bel et bien fini, il pouvait s'octroyer de dépasser les limites. Juste un peu, parce qu'il en avait envie. Parce qu'il aimait Tom, de son propre amour mais il se sentait prêt à, lui aussi, l'aimer à en devenir dingue.







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# Postato giovedì 08 ottobre 2009 07:58

Modificato venerdì 25 dicembre 2009 21:09