OS n°23

OS n°23



Date d'écriture : 1er novembre 2008.
Titre : Quand le passé ressurgit.
Note : OS écrite suite à la demande de Lovestoryabouttwins. /!\ Bill et Tom ne sont pas jumeaux.




-Je t'aime Tom.
-Moi aussi.

Les deux jeunes hommes étaient encore allongés sur le grand lit commun, leurs corps nus se chevauchant alors qu'ils venaient de partager un moment d'intimité. Ils se souriaient tendrement dans l'obscurité et rien ne semblait pouvoir effriter l'amour qu'ils se portaient réciproquement. Agés tous les deux d'une vingtaine d'années (23 pour Bill et 25 pour Tom), ils filaient le parfait amour depuis 7 ans déjà.
C'était Tom qui avait fait le premier pas, s'attendrissant pour le brun qui vivait alors en situation précaire. Ses parents étant décédés lors d'un terrible accident de voiture, il avait trouvé refuge dans la drogue et le vandalisme. Il était membre d'un gang aux principes peu scrupuleux qui n'hésitait pas à voler les vieilles femmes afin de pouvoir subvenir à leur besoin. Et encore, si leurs besoins avaient été de manger et de trouver un lieu décent où dormir, peut-être les gens auraient ils mesuré leur propos ; mais non, les jeunes ne ressentaient pas le besoin de se nourrir, ni de bien vivre, il leur suffisait simplement de pouvoir se payer une bonne dose de coke et pouvoir ainsi s'évader des heures durant.
A l'époque, Tom avait été la cible de Bill alors que celui-ci était en situation de manque, mais son insuffisance ne lui permettait pas d'être cohérent dans ses paroles censées effrayer ni dans son comportement. Le blond avait eu vite fait de le maintenir plaquer au sol, éloignant d'un coup de pied la lame avec laquelle le brun le menaçait. Trop faible pour se débattre, ses yeux dans le vague, Bill avait fini par tomber dans l'inconscience. Depuis combien de temps n'avait-il pas mangé ? Dormi ?
Oubliant les évènement précédents, Tom avait porté le corps du brun jusqu'à sa voiture et conduit ensuite jusqu'à l'hôpital. Bill avait immédiatement été mis sous perfusion et il serait forcé de suivre une cure de désintoxication à son réveil. A sa plus grande surprise, Tom était venu à son chevet presque tous les jours, prenant des nouvelles auprès des infirmières, se renseignant avec précisions de son état.
Un jour, Tom était passé alors que le brun était parfaitement éveillé alors qu'habituellement il s'arrangeait pour venir lorsque son protégé dormait à point fermé. En rencontrant le visage de celui qu'il avait tenté en vain d'agresser, Bill s'enfonça sous les couvertures, cachant son visage et réclamant la présence d'une personne que Tom ne semblait pas connaître. Il murmurait le prénom d'un homme et suppliait qu'on le laisse sortir...

Bill fit des efforts considérables et acceptant la main tendue par le blond, il opta pour la cure de désintoxication. Ce fut dur, très dur car sans compter le manque de la drogue, Bill souffrait de son éloignement avec l'homme qu'il aimait plus que tout. Sous son masque de rebelle, Bill était amoureux de l'homme qui était le fondateur du gang qui l'avait fait plonger. Il se promettait que, dès qu'il serait sorti de là, il irait le rejoindre pour l'en sortir à son tour. Mais Bill était naïf et ne se rendait pas compte de la bêtise qu'il ferait s'il retournait auprès de son « chef » pour le convaincre de se faire soigner. Tom ne connaissait pas ce garçon mais il devinait sans peine ce que pouvait faire quelqu'un, sous l'emprise de la drogue, apprenant que son petit commerce allait tomber à l'eau. Tom était tiraillé par la peur. Il redoutait également que Bill s'éloigne de lui, il s'était attaché au jeune homme et ne souhaitait en aucun cas rompre le contact avec lui. Peut-être même désirait-il plus qu'une simple histoire d'amitié ?...
Des mois passèrent, Bill ne pensait qu'à lui, ne désirait que lui et ne se rendait pas compte à quel point il blessait celui qui l'avait pourtant sauvé. Ce dernier se taisait, ça ne le regardait pas et il n'avait aucunement le droit d'empêcher Bill d'aimer qui que ce soit.
Un soir pourtant, alors que Tom se rendait au centre de désintoxication, il pris conscience que Bill avait peut-être besoin d'un déclic, quelque chose qui lui permettrait de se remettre en question. Ce quelque chose était simplement un aveu. Rougi par la gêne, le blond avait fait un petit discours dans lequel il disait se sentir proche de Bill, qu'il aimait passer des heures avec lui, qu'il aimait le regarder, qu'il aimait sa voix et qu'il aimerait beaucoup pouvoir un jour le toucher. Les yeux de l'androgyne s'étaient alors agrandis sous la stupéfaction et il n'avait su que dire. Son amour pour le jeune délinquant lui avait collé des ½illères et il ne pensait pas que quelqu'un de bien pourrait un jour s'intéresser à lui.
C'était le déclic. Bill passa plusieurs jours à réfléchir et tenta une approche afin de se convaincre que lui aussi pouvait apprécier le blond. C'était un dimanche soir, Bill sortait le lendemain matin. Nouant ses bras autour du cou de Tom, Bill s'était doucement approché, déclarant vouloir lui dire un secret, puis il l'avait simplement embrassé.
Depuis ce jour, il ne s'était pas quitté et avaient même emménagé ensemble dans un petit appartement en plein c½ur de Berlin. Bill avait résolument oublié son premier amour, dans les bras de Tom il se sentait bien, il se sentait aimé.


La journée se poursuivit comme elle avait commencé, dans la tendresse et la douceur.
Tom annonça qu'il allait faire un tour du côté du centre commercial, aujourd'hui il fêtait l'anniversaire de sa mère et il désirait lui offrir quelques fleurs. Bill opina simplement de la tête, l'embrassant du bout des lèvres, il prit le chemin de la salle de bain.
Se prélassant sous l'eau chaude, il souriait bêtement en passant à la matinée qu'il avait passé avec son compagnon. 7 ans, un cap de passé. Il espérait finir ses jours avec Tom, il ne savait dire pourquoi, c'était comme ça, il lui devait beaucoup, peut-être même la vie.
Bill s'éternisa un peu dans la salle de bain, comme à son habitude, et sortit enfin pour enfiler une de ses tenues préférées. Il voulait être propre et soigné pour le repas de ce soir. Le brun appréciait beaucoup la famille de Tom et il lui semblait que c'était parfaitement réciproque. Il avait secrètement fait un petit achat pour sa belle-mère, il savait à l'avance que la jeune femme serait touchée par son geste, Tom aussi d'ailleurs.
C'est le c½ur léger qu'il se dirigea vers la cuisine pour ranger le petit-déjeuner du matin même, il chantonnait tout en s'affairant à ranger les aliments à leur place initiale et prenait même plaisir à faire la vaisselle –chose qui ne lui était jamais arrivé jusqu'à présent-
Il fut dérangé par la sonnerie de la porte d'entrée, immédiatement il pensa que Tom avait oublié ses clefs et il s'activa à venir déverrouiller la porte, promettant à son petit ami un sourire moqueur.

-Tu as encore oub/...
-Bonjour Bill. Déclara la voix d'un homme qu'il connaissait bien.
-Chris ? S'étonna Bill, sur l'effet de la surprise il échappa le torchon qu'il tenait dans sa main.
-Je peux entrer ?
Bill n'eut pas le temps de répondre que l'homme pénétrait déjà dans son appartement. A première vue, il n'avait pas changé. Ses cheveux blonds étaient coupés très court, il était grand et suffisamment musclé pour effrayer les personnes qui oseraient lui barrer le chemin. Une cicatrice ornait sa joue gauche et amplifier son côté supérieur et sûr de lui. Cette même blessure qui donnait un certain charme à son propriétaire, selon Bill.
Le brun voulut parler mais les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge, Chris était de retour, il l'avait retrouvé et à cet instant précis il ne sut s'il devait fuir à toute vitesse ou coopérer gentiment.
-Tu n'as pas changé dis-moi. Lança le blond en s'installant dans le canapé, il sortit une cigarette et la porta à ses lèvres.

-Tu ne dois pas fumer à l'intérieur. Glissa Bill en faisant face à son ancien ami.
-Ah, et pourquoi ?
-To/...Je n'aime pas ça. Murmura Bill en s'asseyant le plus loin possible de Chris.
-Eh bien tu feras un effort. Répondit l'autre en expirant la fumée de manière exagérée.
-Qu'est-ce que tu veux ? Demanda clairement Bill, il connaissait Chris et il savait parfaitement que ça n'était pas une simple visite de courtoisie.
-Tu nous manque tu sais ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
La voix de Chris était soudainement plus calme, plus attendrie et Bill eut quelques frissons. Cet homme, il l'avait aimé, il aurait fait n'importe quoi pour lui, il était bien certain de ne plus avoir de sentiments pour lui mais il gardait quand même une certaine forme d'attachement, bien qu'il ne l'aurait pas voulu.
-Je bosse dans un bar et j'ai repris les études en parallèle.
-Dans un bar ? Bill, tu vaux mieux que ça.
-Ca me plaît. S'énerva le brun.
-Eh, du calme, je suis juste venu prendre quelques nouvelles. Souffla le blond en écrasant sa cigarette dans le vase situé sur la table. Bill grimaça et tenta de garder son calme.
-Comment m'as-tu trouvé ?
-Gustav.
Répondit simplement Chris.
Gustav faisait parti du gang autrefois, il s'en était sorti, comme Bill, mais avait toujours gardé ses relations d'antan. L'androgyne acquiesça d'un signe de tête et aperçu un sac de voyage au coin du mur. Ses yeux s'attardèrent sur l'objet, il se posait mille et une question et espérait que Chris n'ait pas dans l'idée de venir s'installer ici pour mener à bien son trafic. Il avala difficilement sa salive et reporta son regard sur le canapé, Chris n'y était plus.

-Alors tu es maqué ? Interrogea ce dernier, il s'était approché du mur où une photo de Bill et Tom était accrochée. Bill suivit son regard et sourit légèrement en apercevant le cliché.
-Ca ne te regarde pas.
Chris lui fit brusquement face, un sourcil arqué, il s'approcha de lui.
-Ca me regarde, tu m'aimais bien avant. Tu m'as déjà oublié ? Souffla t-il, ses lèvres à quelques millimètres de celles du brun. Celui-ci frissonna avant de s'éloigner prestement.
-Tu l'as dit, c'était avant.
-Il baise bien au moins ?
Trancha t-il et Bill lui lança un regard noir.
-Casse toi ok ?
-Désolé je n'aurais pas du dire ça. Mentit le blond en reprenant sa place, très près de son ancien protégé.
-Effectivement.
-Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu tous les deux, tu devrais passer me voir de temps en temps. Dit-il en caressant maladroitement la joue blanche de Bill.
-Arrête. Sa main chassa l'autre et il se retourna, au fond de lui, il craignait de faire une erreur.
-J'ai un petit service à te demander. Glissa Chris en s'éloignant du brun.
-Je m'en doutais, que veux tu ?
-Garde ce sac jusqu'à ce que je vienne le récupérer.
Il pointa du doigt le sac de sport dans l'entrée et Bill fit un effort pour garder un contact visuel avec le blond.
-Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Dit il en s'en approchant pour l'ouvrir.
-Tu es trop curieux. Le coupa Chris en retenant sa main.
-Putain, c'est de la coke ?! S'exclama t-il en s'extirpant de l'emprise de l'homme.
-Ouais, et de la bonne. Assura son interlocuteur en souriant.
-Je ne garderai pas ça.
-Si tu vas le faire.

-Non. S'énerva Bill.
-Tu le feras et ce, pour la même raison pour laquelle tu ne m'as pas dénoncé aux flics. Sourit-il.
Bill soupira et avant qu'il ne se rende compte de quoique ce soit, Chris avait quitté l'appartement.

Doucement, il dézippa la fermeture du sac et en observa le contenu. Il y en avait pour un paquet de fric mais aussi pour un paquet d'années en prison ! Il grogna et amena le sac jusqu'à la chambre, il l'enfourna dans l'armoire et le recouvrit d'une pile de vieux vêtements. Son c½ur faisait des bonds dans sa poitrine, il avait toujours aimé le danger, la sensation de se faire prendre à tout moment, mais il avait grandi et les raisonnements de son adolescence n'étaient plus les mêmes à présent.
Il s'observa une minute dans le miroir de la chambre et se mordit la lèvre, si Tom apprenait la visite de son ancien compagnon, il serait fou de rage et probablement blessé.
Ouais, valait mieux que Tom ne sache rien.
Au même moment, Tom passa la porte d'entrée et déposa ses chaussures ainsi que son blouson.

-Bill ? Cria t-il.
-J'arrive. Répondit l'interpellé en dévalant les escaliers à toute vitesse.
-Regarde les fleurs, je suis nul pour choisir ce genre de trucs.
-Non, elles sont très belles. Assura le brun sans même jeter un coup d'½il au bouquet, il avait foutrement envie d'enlacer son compagnon. Tom fut surpris de l'enthousiasme du brun mais se laissa tendrement étreindre avant de le repousser gentiment.
-Je t'ai manqué peut-être ? Sourit-il.
-Oui. Murmura le brun avant de l'embrasser.
Tom se dirigea ensuite jusqu 'au salon, annonçant qu'il allait mettre les fleurs dans le vase en attendant de les offrir à sa mère le soir même.

-Non ! Cria Bill en saisissant le bouquet, le mégot de Chris trônait encore dans le récipient.
-Mais pourquoi ? Bredouilla le blond.
-Je vais le faire. Déclara Bill sans grande conviction.
-Bon, euh, si tu veux.
Tom ne chercha pas à comprendre et regarda Bill s'en allait avec le bouquet dans une main et le vase dans l'autre. Il haussa les épaules et alluma la télévision.
De son côté, Bill soupira profondément en collant son dos contre le mur de la cuisine, une chance que Tom n'ait pas senti l'odeur du tabac dans l'appartement.


-Mais pourquoi est-ce que tu veux mettre ce tee-shirt ?! S'énerva le brun.
Ils étaient en train de se préparer pour rejoindre la demeure familial de Tom mais voilà, le dreadé voulait à tout prix mettre un tee-shirt qui se trouvait dans la pile de vêtements que Bill avait utilisé pour recouvrir le sac de Chris.

-Parce que c'est ma mère qui me l'a offert. Rétorqua sèchement Tom.
-Tu ne le mets jamais ! S'indigna l'androgyne.
-Justement. Soupira le blond en poussant le brun qui s'était fermement collé à la porte de l'armoire. Bill obtempéra et s'assit sur le lit, appréhendant la réaction de Tom.
Ce dernier farfouillait partout sans mettre la main sur l'objet de ses convoitises.

-En bas. Murmura le brun.
Tom repéra le tee-shirt et s'attarda quelques secondes sur le sac qu'il ne semblait pas reconnaître.

-C'est quoi ce sac ?
-C'est à moi.
-Qu'est-ce que tu fais avec un sac de sport ?
-On en parlera plus tard, ok ? Je n'ai pas envie qu'on s'engueule maintenant.
-Il y a des raisons pour qu'on se fâche ?
S'étonna le blond en tirant sur la lanière du sac.
-S'il te plaît Tom. Dit-il en coupant court à ses mouvements.
-Tu me caches quelque chose ?
Bill se contenta de baisser la tête et promis qu'il lui parlerait dès qu'ils seraient rentrés de la soirée d'anniversaire. Tom ne répondit pas et s'enferma dans la salle de bain pour finir de se préparer...

La soirée se passa relativement bien, Simone apprécia le geste du brun autant que celui de son fils. Ils dînèrent copieusement et discutèrent jusque tard dans la soirée. Cependant, une certaine tension était palpable entre les deux jeunes hommes, Tom détestait l'idée que Bill puisse lui cacher quelque chose et Bill ne supportait pas non plus devoir mentir à celui qu'il aimait.

Une fois arrivé chez eux, Bill et Tom ne pipèrent mot et se déshabillèrent chacun de leur côté, ils se brossèrent les dents et se couchèrent dans un mouvement quasi similaire. Bill fixait le plafond dans l'obscurité alors que Tom s'était tourné sur le côté, son regard accroché à un point dans le vide.

-Tu me fais la tête ? Murmura Bill en brisant le silence.
-Qu'est-ce qu'il y a dans ce sac ? Demanda Tom en se retournant face au brun.
Bill se mordit la langue en fronçant les sourcils, Tom n'allait pas apprécier.
-Chris est venu. Le sac, c'est à lui.
-Quoi ? Cria Tom en se redressant sur les coudes.
Mu par une pulsion soudaine, il se leva, alluma la lumière et retira le sac de l'armoire. Bill le regardait faire sans rien dire et encaissa le regard furieux de Tom lorsque celui découvrit les sachets de drogue.

-Putain Bill ! Dit il en donnant un coup de pied dans le sac.
-Il va venir le récupérer, il l'a dit.
-Tu es stupide ou quoi ? Il ne viendra pas, il t'a utilisé. Si ça se trouve, ce n'est pas à lui et les mecs à qui ça appartient vont venir te butter la gueule pour récupérer leur merde ! Il était hors de lui et Bill pris peur. Pourtant, il n'était pas d'accord, il le connaissait bien Chris et il savait que jamais il ne pourrait lui faire un coup comme ça.
-Et si ça se trouve, il va venir le récupérer, point.
-Tu le défends ?
-Oui.
Trancha Bill.
-J'y crois pas ! Ironisa le blond, il saisit le sac et le traîna jusqu'aux toilettes. Bill se leva pour le suivre, il n'allait pas faire ça tout de même ?
-Qu'est-ce que tu fais ? Il attrapa le sac violemment et le cacha derrière lui.
-Bill, arrête ça. Je vais tout jeter. Annonça t-il.
-Non. S'interposa le brun en lui lançant un regard noir.
-Pardon ?
-Tu ne jetteras rien du tout. Mêle toi de ce qui te regarde !
Cracha t-il avant de descendre les escaliers muni du sac et d'une tenue de rechange.
-Où tu vas ?
-Je me casse !

Il ferma son manteau et claqua la porte d'entrée. Tom resta pantois sur le seuil, Bill recommençait les conneries.

Il faisait nuit, le brun se dirigea vers un quartier qu'il connaissait bien autrefois. Son pas était déterminé et sa main enserrait avec possessivité la lanière du sac de sport. Bientôt, les lampadaires disparurent et il se retrouva seulement éclairé par la pleine lune qui ornait le ciel gris de ce mois de novembre. Il frissonna en apercevant le lieu où il avait passé le plus clair de son adolescence. C'était froid, insalubre, rien n'avait changé. Il s'agissait en fait d'un vieil immeuble laissé à l'abandon, certains vivaient dans les appartements délabrés, d'autres venaient seulement ici pour récupérer leur dose ou mener à bien un plan pour un futur braquage. Personne n'osait s'aventurait ici, sauf ceux qui y été évidemment accueilli. Bill faisait parti de ces derniers, bien qu'il se soit sorti de l'emprise du gang, il ne les avait jamais dénoncé et avait tenu cet endroit secret.
Ses cheveux lui fouettèrent le visage alors qu'une légère brise s'éleva, ses pas glissaient sur le gravier et il fût bientôt repéré par un homme. Vêtu d'habits déchirés, l'homme s'approcha et lui demanda ce qu'il foutait ici, l'air menaçant. Bill bégaya et lorsque la personne qui lui faisait face releva la tête, elle le reconnut.
-Oh putain Bill, c'est toi ? S'exclama t-il en ameutant deux de ses copains.
-Ouais, salut.
-Alors tu reviens parmi nous ? C'est pas trop tôt ! Dit-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
-Chris est là ? Dit Bill brusquement.
-Encore après lui, après tout ce temps ?! Se moqua un grand brun d'une trentaine d'années.
Un frisson parcourut le corps du brun, il n'avait jamais su être discret quant à ses sentiments vis-à-vis du chef de bande, d'autant plus lorsque la drogue coulait dans ses veines, il lui arrivait parfois de dire ouvertement ce qu'il pensait, sans se soucier de qui était présent.
-J'ai juste besoin de lui parler.
-Ouais. Répondit l'un, peu convaincu.
-Tu viens chercher une barrette ? Demanda un autre.
-Non, bon sang, où est-il ? S'énerva t-il.
-Ecoute, Chris est dans la merde, j'suis pas certain qu'il est envie de te voir. Avoua le premier.
-C'est lui qui est venu me chercher, dîtes moi où il est.
Les trois hommes soupirèrent avant d'indiquer un préau à peine éclairé, situé à côté de l'immeuble. Bill opina d'un signe de tête et se dirigea vers l'endroit indiqué.
Tout ici lui rappelait son adolescence, il ne savait s'il devait être mélancolique ou rancunier face à ceux qui l'avaient contraint à plonger dans cet univers. Quoiqu'il en soit, il gardait un bon souvenir de Chris mais peut-être ses sentiments y étaient-ils pour beaucoup...

Des bouteilles de verres jonchaient le sol et il lui sembla même apercevoir une seringue traîner quelque part dans un coin, Chris était seul, un mégot au coin des lèvres, ses yeux dans le vague. A l'entente des talons sur le sol en béton du préau, Chris releva la tête et ses yeux roulèrent d'eux-mêmes.
-Salut. Chuchota Bill, il ne savait dire pourquoi, il ne fallait que personne les entende.
-Bill, j'peux savoir ce que tu fous ici ? Cracha l'autre en appuyant un pied contre le mur derrière lui.
-On m'a dit que t'avais des emmerdes, explique. Ordonna le brun, il semblait sûr de lui.
-Pardon ?! T'es plus des nôtres petit, et même si t'es un bon gars, j'te dirais rien.
Bill savait ce qu'il entendait par « bon gars », à l'époque le brun était réputé pour sa capacité à voler en toute discrétion, il était le seul à réussir ses coups à chaque fois. Sa gueule d'ange lui permettait de faire diversion et il pouvait chaparder sans aucun complexe. Il était certain, qu'aujourd'hui, quelqu'un comme Bill serait le bienvenu.
-C'est à toi ça n'est-ce pas ? Dit Bill en remuant le sac.
-Merde ! T'as traîné ça avec toi ? S'affola Chris en jetant des coups d'oeils incessants derrière l'androgyne.
-T'allais venir le récupérer n'est-ce pas ?
-Euh, ouais. Répondit le blond au hasard.
-Putain ! T'as essayé de me rouler ? Cria Bill et il comprit de suite que Tom avait raison.
-Mais ta gueule ! Chris appuya une main sur la bouche du brun et le fit reculer jusqu'au mur. Ses yeux étaient fermement ancrés dans les siens et Bill ne se souvenait pas avoir été un jour si proche de lui.
-Gueule pas ok ? Bill hocha la tête et Chris consentit à s'éloigner. J'savais qu't'allais comprendre, tu changeras pas Bill, t'es fait pour vivre là-dedans.
-C'est pour qui cette drogue ?
-Un espèce de mafieux à deux balles, il veut la revendre, il m'a payé cash, seulement j'en ai besoin de cette coke. J'peux pas la lui donner, mes clients n'apprécieront pas. Il finit sa phrase par un petit sourire, se rendait-il vraiment compte ?
-Putain, t'es con quand tu t'y mets. Siffla Bill entre ses dents.
-Tu vas m'aider maintenant. Clarifia Chris en caressant du bout des doigts la chevelure ébène de son ancien protégé.
-Sûrement pas, démerde toi. Il s'éloigna mais fit demi-tour.
Il ne voulait certes pas participer à un plan échappatoire mais il concevait l'idée de pouvoir les aider en leur donnant quelques conseils. Non?
-Je...tu. Soudain, l'image de Tom s'immisça dans sa tête et il frissonna.
-Bill, allez, j'ai un truc à te proposer. Intima Chris en soufflant sur son visage, son haleine puait l'alcool et le renfermé, Bill manqua de vomir sur le coup.
-Quoi ? Sa voix tremblait autant que son corps.
-On va leur tendre un piège, tu apportes le sac dans lequel tu auras remplacé les sachets de coke par de la farine...Tu as bien ça chez toi hein ?
-T'es malade ! Ils vont s'en apercevoir, je vais me faire buter.
-Bien sûr que non, je sais que tu sauras très bien les amadouer. Dit-il avec un clin d'½il.
Bill comprit immédiatement le sous-entendu et sa bouche se tordit en une grimace, c'était hors de question.
-Et moi je dis que vous n'avez qu'à dégager d'ici. Cracha Bill.
-Ils nous retrouveront, c'est des malins.
-Je le ferais pas, désolé. Ouais, ça le désolait parce que, malgré tout, ça lui faisait de la peine de voir ses anciens amis et surtout Chris, dans cette situation.
-Tu le feras, rendez-vous demain à la même heure, ici.
Bill fit volte face et s'éloigna mais fut interrompit par le blond qui retenait son bras. Il lui souriait et, après un énième clin d'½il, il lui tendit le sac.
-Tu oublies ça.
Sans trop savoir pourquoi, Bill empoigna le sac et s'en alla pour de bon.

Sur tout le chemin du retour il se questionna, Chris avait voulu le piéger, Chris lui demandait son aide donc il lui faisait confiance, Chris avait du charme mais Chris serait un sale type jusqu'à la fin de ses jours. Et Tom, Tom qui avait raison depuis le début, Tom qui le protégeait et l'aimer autant que lui pouvait l'aimer.
Il se maudit d'avoir eu, l'espace d'une seconde, l'idée de faire demi tour et d'accepter de vive voix de leur venir en aide. C'était de la folie, Bill connaissait bien le genre de personne bourrées de frics, prêt es à tout pour récupérer un bien. Le genre de personne dont tu ignorerais qu'il est dans ce milieu et qui pourtant se balade 24h sur 24 avec une arme sur lui, suivi par deux armoires à glace qui sont censées être ses gardes du corps mais qui ne sont en fait que des hommes de main. Comment, après toutes ces années, pouvait-il être aussi naïf ?
Il culpabilisa en apercevant Tom penché à la fenêtre, fumant une cigarette sans grand intérêt. Tom détestait le tabac et Bill ne s'en sentit que plus coupable. Il ouvrit doucement la porte et posa le sac dans l'entrée. Il s'approcha doucement de la fenêtre et enlaça le dreadé par derrière, il s'excusa timidement et glissa ses mains froides jusqu'à son ventre dénudé. Tom ne répondit pas, se contentant d'expirer la fumée de manière désinvolte.
-Tom ? Chuchota-il au creux de son oreille.
L'interpellé lui fit face pour de bon, son regard était triste, en colère et blessé. Bill glissa juste une main sur sa joue et appuya une caresse.
-On va faire ce que tu as dit, tout jeter dans les toilettes. Annonça le brun à mi-voix.
-Où tu étais ? Demanda Tom en fronçant les sourcils.
-Là bas. Tom comprit immédiatement et ses poings se serrèrent.
-Il a fallut que t'ailles le voir lui pour être sûr ? Tu ne me fais pas confiance alors ?
-Si, c'est à moi que je ne fais pas confiance. Murmura t-il en tentant une approche vers le blond.
-Qu'est-ce que vous avez fait ?
-Rien, juste discuté.
-Discuté ?! Tu me déçois Bill, j'pensais que c'était du passé tout ça.
-C'est du passé ! Cria t-il et il comprit qu'il venait de rompre à tout jamais avec son adolescence. Jusqu'à présent, il n'avait eu que de « bons » souvenirs avec sa bande mais, là, savoir qu'on voulait l'envoyer dans la gueule du loup pour peut-être le punir d'être parti, c'était le déclic.
-Un passé qui te rattrape. Murmura Tom en se laissant choir sur le canapé. Bill vint aussitôt à ses côtés et saisit son visage en coupe.
-Le passé reste où il est. Je t'aime et excuse moi d'avoir douté de tes paroles.
-Qui me dit que tu n'y retourneras pas ?
-Moi et ça devrait suffire.
-Ils ne te manquent pas ? Demanda Tom en regrettant aussitôt.
-Non, ils sont jute jaloux parce que moi j'ai réussi et je suis heureux, avec toi. Promis t-il en collant leur front l'un contre l'autre. Tom ne résista pas plus longtemps et le serra fort dans ses bras.


-2 mois plus tard-


-Tooooom non ! Hurla le brun en se débattant, Tom venait gentiment d'enrouler son corps de scotch et Bill n'arrivait pas à s'en dépêtrer.
Après maintes et maintes tentatives, il se délivra et courut après Tom qui zigzaguait entre les cartons qui jonchaient désormais le sol de l'appartement. Bill lui atterrit dessus et ils tombèrent à la renverse, explosant un carton qui n'était que très peu rempli. Bill rigola devant l'air effarouché de son compagnon et l'aida à se relever. Ils s'embrassèrent doucement et Bill posa son regard sur les vêtements qui s'étaient échappés de la boîte. Des vêtements de son adolescence, troués, usés, sales parfois. Tom suivit son regard et soupira en rangeant les habits dans un autre carton, Bill avait toujours voulut les garder parce qu'il était attaché à cette partie de sa vie, bien qu'elle ne fut que cauchemar en prenant du recul. Mais, aujourd'hui et depuis deux mois, Bill avait rayé cet épisode de sa mémoire et était bien décidé à tourner la page. Ce déménagement en était la preuve numéro une, il changeait carrément de ville. Bill coupa court aux mouvements du dreadé et jeta les tissus dans un coin de la pièce, il coinça le corps du blond entre ses bras et l'embrassa sur la joue.

-Le passé reste où il est.








£µtt!




# Posté le jeudi 06 novembre 2008 10:37

Modifié le samedi 08 novembre 2008 04:25

Peub =P

Peub   =P
Parce-que je suis une gentille fille,
parce-que ma vilaine a beaucoup de talent,
parce-que je connais une fiction qui mérite vraiment d'être lue...







C'est original, attachant, surprenant...
Les émotions sont présentes et le travail sur l' "étude" des comportements/du corps, inclue dans la fiction, est très bien agencé.

Un petit bijou.




£µtt!

# Posté le dimanche 09 novembre 2008 02:54

Modifié le dimanche 14 décembre 2008 17:20

OS n°24

OS n°24
Date d'écriture : 19 décembre 2008.
Titre: Tu sais quoi.
Note : Bon, petit cadeau d'anniversaire u_u Tout en fleur bleue ! Juste, appréciez.





Tom n'était pas quelqu'un de démonstratif.
Il disait régulièrement à ses guitares qu'il les aimait, il prononçait ces mêmes mots à l'égard de son chien Scotty et il lui était même arrivé de dire « je t'aime » à son propre reflet dans le miroir.
Mais voilà, Tom ne savait pas exprimer son amour aux bonnes personnes.

Personne ne semblait s'en plaindre, il était comme ça et on ne voulait en aucun cas le brusquer en lui faisant dire ce qu'il ne pensait peut-être pas. Bien sûr, il aimait sa famille et, de temps à autres, au moment d'un anniversaire ou des fêtes de noël, il griffonnait un petit mot sur une carte et ponctuait toujours par ces trois petits mots qu'il lui était difficile de prononcer.
Bill possédait deux de ces cartes, il les avaient récupéré lors de leur dernier séjour chez eux et les gardaient précieusement dans une poche de son sac. Tom connaissait parfaitement la raison de ce nouvel attachement. Bill allait mal.

Deux mois que le brun avait appris qu'il était atteint d'une maladie orpheline, seulement quelques signes étaient présents comme le ressentiment d'une fatigue extrême, des sautes d'humeur ou encore le manque d'appétit. Le médecin chargé de son cas leur avait expliqué que son état se dégraderait à mesure que les années passeraient. Ses jours n'étaient certainement pas comptés, seulement Bill devrait vivre avec tous les inconvénients que cette maladie engendrait. Sa carrière musicale n'était pas menacée pour le moment mais il savait pertinemment que son corps autant que son mental ne tiendraient pas la route des années durant.
Bill avait besoin de son frère et Tom se montrait très présent.
Tout semblait parfait, tout ou presque.
Le blond culpabilisait ; bien sûr, il était aux côtés de son frère, faisait tout ce qu'il pouvait pour lui, acceptant les reproches de celui-ci et accusant le coup lorsque Bill était au plus mal mais il y avait une chose qu'il ne faisait pas. Qu'il ne savait pas faire. Simplement lui dire qu'il l'aimait.
Bill ne souffrait pas de ce manque, les gestes attentionnés de Tom et son omniprésence à ses côtés suffisaient à traduire l'amour qui les unissait tous les deux.


***



Bill s'était enfermé dans sa chambre, le poids du sommeil devenant insoutenable. Allongé sur le dos, il fixait le plafond. Il ressentait la fatigue mais il lui était impossible de s'endormir. Ca l'énervait et il tentait de faire comme si cette fatigue n'existait pas. Pourtant, elle ralentissait chacun de ses mouvements, l'empêchait de profiter.
Il soupira alors qu'il éteignait la lumière tout en se tournant sur le côté. Au même moment, trois coups furent tapés contre le bois de la porte et Bill sut de qui il s'agissait.
-Entre Tom. Déclara t-il d'une voix faible.
Le dreadé pénétra dans la pièce sombre et vint de suite trouver le corps de son jumeau. Il s'assit près de lui et posa une main sur son bras.
-Comment tu te sens ? Demanda t-il prudemment.
-Fatigué. Souffla le brun.
-Tu veux que je te laisse te reposer ?
-Je n'arrive pas à dormir. Tu peux rester, si tu veux.
Le c½ur du blond se serra un peu dans sa poitrine et il désigna la télé d'un signe de tête, Bill acquiesça de la même façon et Tom alluma le poste. L'écran était le seul éclairage de la chambre et l'ambiance était presque tendue.
Tom s'allongea près de son frère sans pour autant le toucher, ce dernier lui tournait toujours le dos. Plusieurs minutes passèrent en silence, Tom était trop perdu dans ses pensées pour attacher la moindre importance à ce qui était diffusé à la télévision. Bill ne bougeait plus, peut-être s'était il endormi.
Le blond comprit que non dès qu'il entendit le brun reniflait, il pleurait et tentait de le lui cacher. D'un geste vif, Tom attira son frère dans ses bras et le serra aussi fort qu'il le pouvait, ses mains caressant tendrement son dos. Bill se laissa aller et pleura plus fort, nichant sa tête du mieux qu'il pouvait dans le cou de son double.
Les minutes s'écoulèrent et les sanglots du brun se tarirent. Il essuya vulgairement ses yeux du revers de sa main et releva doucement la tête. Il ouvrit la bouche pour parler mais la referma aussitôt, il n'y avait rien à dire.
Il se rallongea de son côté mais face à Tom cette fois ci. Leurs regards s'accrochèrent dans l'obscurité mais les yeux du brun semblaient lourds de fatigue et avant de sombrer complètement il demanda à son frère de le laisser seul.
Tom obéit et se dirigea d'un pas lourd vers la porte.
-Tom.
-Hm ?
-Je t'aime tu sais.
-Moi aussi.
Il se mordit la langue, c'était à lui de déclarer son amour, sûrement pas à son frère.


***



La journée avait été longue ; les Tokio Hotel s'étaient rendus en Amérique pour promouvoir leur arrivée dans le pays, attirer de nouveaux fans et, se faire connaître en somme. Ils avaient multipliés les interviews qui étaient toujours accompagnées de longs photoshootings semblant presque interminables.
21h et ils rentraient seulement à l'hôtel pour un repos bien mérité.
Tom était satisfait bien qu'usé par cette journée, Bill ne semblait pas épuisé au point de ne plus tenir debout. Certes, il était fatigué mais tout autant que ses trois acolytes. Ni plus, ni moins. Tom pensait vraiment que c'était une bonne chose.

Pourtant, il en était autrement. La fatigue avait déclenché des nausées chez le brun et il lui tardait de rentrer pour pouvoir peut-être assouvir cette désagréable envie.
Ainsi, dès que les portes de l'hôtel s'ouvrirent, il s'empressa de récupérer sa clef et monta les escaliers quatre à quatre pour enfin s'engouffrer dans sa chambre. Il soupira longuement, n'alluma pas la lumière et se glissa dans la salle de bain.
Dès qu'il se retrouva dans l'espace clos à l'air frais, ses nausées le prirent d'assaut et il rendit le maigre repas qu'il avait avalé le midi même. Sa gorge le piquait et sa vision était trouble. Il détestait vomir, c'était une sorte de hantise qu'il ne savait expliquer ; pourtant, à ce moment précis, il se sentit libéré d'un poids immense et il se surprit à sourire.

Tom ne mit pas longtemps à venir toquer à sa porte, ce fameux lien que peu de personnes comprenaient l'avait fait douter quant à la supposée forme de son jumeau.
Les coups furent frappés doucement comme s'il avait peur de déranger, Bill ne les entendit pas. Fermé dans la salle de bain, il se regardait dans le miroir, ses yeux étaient vides, ses traits tirés et pourtant il se sentait bien. Quelque part au fond de lui, il avait l'impression que la maladie n'existait plus. Il souriait bêtement et sursauta lorsque Tom l'appela, une pointe d'inquiétude dans sa voix.
-Bill, tu vas bien ? Il se mordit la langue en pensant qu'il venait peut-être de troubler le sommeil de son double.
L'androgyne s'empressa de venir ouvrir la porte, accueillant son jumeau d'un sourire chaleureux.
Tom resta pantois quelques minutes puis entra, il s'assit sur le lit.
-Tu, est-ce que...Ca va ? Bégaya le blond, il s'était inquiété.
-Tom, cesse ta paranoïa, je vais bien. Assura Bill en rigolant.
-Pourtant...Commença Tom.
-Est-ce que j'ai l'air d'aller mal ? L'interrompit le brun en s'asseyant près de lui.
-Non mais...
-Mais rien. Ca va.
Tom n'insista pas plus, Bill ne lui dirait rien mais il savait pertinemment que quelque chose n'allait pas, il l'avait senti et jamais il ne s'était trompé.

La soirée se poursuivit tranquillement, les jumeaux rejoignirent Gustav et Georg dans la chambre de ce dernier, ils dînèrent ensemble et enchaînèrent les parties de jeux vidéos jusqu'à point d'heure.


***



Le lendemain, tous se levèrent avec le sourire. C'était un jour « off », ce qui signifiait qu'ils n'avaient pas besoin de se lever tôt, pas besoin de s'apprêter ni de suivre un programme indiqué par leur manager. Une journée de repos qu'ils savaient prometteuses.
Aux alentours de 14h, Tom sortit de sa douce léthargie. Il grimaça en sentant son dos courbaturé et s'enferma dans la salle de bain.
Douché et habillé, il suivit son instinct et se dirigea vers la chambre de Bill. Il resta un moment sans savoir quoi faire puis se décida à toquer.
Bill ne dormait pas, Bill ne dormait plus depuis de longues heures. Lui qui pensait avoir repris du poil de la bête s'était réveillé avec une migraine infernale qu'il n'arrivait pas à faire passer. Il restait allongé, ses lunettes de soleil sur le nez, sans un bruit. La porte était ouverte et Tom rentra sans peine. Il eut un petit pincement au c½ur en voyant son frère allongé ainsi, il semblait presque sans vie. Il se retint de lui demander si ça allait car non, ça n'allait vraiment pas. Sans un mot, il s'approcha du lit et gratifia son frère d'une légère caresse sur la joue.
-J'ai l'impression d'avoir fait la fête toute la nuit. Murmura le brun.
-Migraine ? Demanda prudemment Tom.
-Mieux que ça, un paquebot est entré en collision avec un iceberg de 138 tonnes à l'intérieur même de ma tête ! Il rigola et Tom sourit à son tour.
-Tu as pris quelque chose ?
-De l'aspirine, deux fois. Rien. Soupira t-il.
Tom acquiesça avant de se lever, annonçant qu'il allait lui chercher un thé.


***



Peut-être que la boisson chaude y était pour quelque chose, son mal de tête avait complètement disparu. Si bien qu'il s'était décidé à sortir de l'hôtel et flâner un peu dans les rues de la ville. Sans lui en demander l'accord, Tom l'avait évidemment suivi. Bill pensait réellement que son frère s'inquiétait trop pour lui mais il appréciait vraiment sa présence et se sentait terriblement flatté d'être le centre de ses attentions.
Ils visitèrent plusieurs bâtiments importants et finirent sur le grand pont. C'était une architecture immense, construite au-dessus d'un fleuve dont les jumeaux ignoraient le nom. La nuit tombait et quelques lumières ornaient le pont, se reflétant dans l'eau sombre.
Bill s'approcha et accrocha ses mains à la balustrade. Sous le regard attendri de son frère, il pencha un peu la tête en arrière et ferma les yeux. Il respira profondément, il était bien. Tellement bien.
Dans un élan de courage, Tom sentit que c'était le moment propice. Même si ce genre de chose ne se décide pas à l'avance, il savait. Il savait qu'il devait s'approcher à son tour et glissait quelques mots doux à l'oreille de son double. Il trembla un peu mais s'installa près de Bill.
En sentant sa présence, Bill rouvrit les yeux et lui offrit un sourire. Le dreadé se sentit déstabilisé, il était sûr de pouvoir le faire mais avec son frère qui le regardait et lui souriait, si près de lui. Juste, impossible.
Il ferma les yeux, maudissant sa lâcheté. Quand il les rouvrit, Bill n'avait pas bougé, il cherchait à lire dans son regard et il n'en fut que plus mal à l'aise.
-Tom...Murmura t-il mais il fut interrompu, le blond s'était approché jusqu'à sceller leurs lèvres dans un baiser. Les yeux du brun s'ouvrirent largement et il s'éloigna brusquement.
-Qu'est-ce que tu fais ?! S'offusqua t-il.
-Je...euh. C'est que, désolé. Dit-il piteusement.
-Tom ?
-Je voudrais tellement...
-Quoi ? Bill s'était rapproché un peu, un sentiment de curiosité l'obligeant à questionner son frère sur la réelle signification de ce baiser.
-Te dire, tu sais quoi. Il se sentait ridicule, une adolescente ne ferait pas mieux pensait-il.
Bill soupira avant de sourire, il enlaça doucement son jumeau et blottit son nez froid dans son cou.
-Moi aussi je t'aime. Te force pas à me le dire. Glissa t-il et Tom se raidit.
Pourquoi Bill le disait-il avec autant de facilités ? Pourquoi lui ramait depuis des semaines ? Et, surtout, pourquoi n'y parvenait-il pas ?
Il rendit son étreinte à son frère et tous deux décidèrent de rentrer à l'hôtel.


***



-Je t'aime. Non, plutôt, je t'aime. Tu sais, je t'aime. Tom serra les dents et s'énerva.
Une demi-heure qu'il se regardait dans le miroir, espérant y voir l'image de son jumeau, une demi-heure qu'il lançait des « je t'aime » sans aucune signification, sans y croire vraiment lui-même. Il soupira face à son image et s'allongea finalement dans son lit, il était plus de 23h...


***



Il fut réveillé en sursaut, le temps que ses idées se remettent en place, il remarqua qu'il était plus de 2h. Qui, à part Bill, pouvait le déranger à une heure pareille ? Bill évidemment. (ouhou, subtil u_u)
Le blond s'extirpa difficilement des draps et alla ouvrir la porte, sa main frottant son visage fatigué. Le brun se tenait à l'encadrement de la porte, il semblait parfaitement éveillé et sa bouche se tordait en une moue des plus désolées.
-Je peux ? Dit-il en désignant l'intérieur de la chambre.
-Bien sûr. Et Tom se poussa de l'entrée.
Le silence s'installa entre eux, un silence pesant qui poussait Tom à rejoindre les bras de Morphée au plus vite. Bill frissonna, la chaire de poule apparut sur ses bras dénudés. Tom l'invita donc à venir s'allonger près de lui dans son lit, sachant pertinemment que s'il s'allongeait, il ne mettrait que quelques secondes à se rendormir.

La maladie faisait encore des siennes mais, ni le blond ni le brun, ne voulait aborder le sujet.
Etrangement, Tom ne réussit pas à trouver le sommeil, peut-être parce qu'il en était de même pour son cadet.
-J'en ai marre. Se plaignit Bill, rompant le silence.
Tom voulut répondre la même chose mais, après tout, il n'avait pas à se plaindre, lui ne souffrait pas. Du moins, pas physiquement.
La main fraîche de Bill se posa sur sa joue et il sourit. Il ne comprit pas exactement pourquoi, par la suite, Bill réitéra le baiser qu'ils avaient échangés l'après-midi même. La surprise disparut aussi vite qu'elle était arrivée et il profita pleinement de cet échange quelque peu intime.
Ils s'éloignèrent doucement l'un de l'autre et leurs regards s'accrochèrent dans l'obscurité. Tom voulut parler, sans l'avoir nullement calculé, il allait prononcer les trois mots qui le perturbaient tant. Mais Bill l'interrompit de nouveau ; comme mû par une pulsion, il colla sa bouche à sa semblable et osa demander un peu plus qu'un simple baiser. Ses mains se perdirent dans les dreads blondes de Tom et il glissa timidement sa langue à la commissure de ses lèvres. La réponse ne se fit pas attendre et bientôt leurs langues jouaient ensemble. Une danse au goût d'interdit.
Tom gémit doucement face à l'enthousiasme de son jumeau mais se laissa doucement porter dans cette étreinte. C'était doux et chaud, tendre et sincère.

Le contact fut romput, Tom garda ses yeux fermés quelques secondes et lorsqu'il les rouvrit son frère le regardait en souriant. Ce dernier marqua une caresse au niveau de sa nuque avant de s'enfoncer un peu plus sous l'épaisse couette.
-Maintenant, je peux dormir.
Ses yeux clignèrent et il sombra peu à peu dans un sommeil léger. Tom l'observa quelques minutes et s'endormit à son tour.


« Le baiser est la meilleure façon de se taire en disant tout. » (Guy de Maupassant).


***



Trois jours avaient passé, ils s'étaient embrassés dans les toilettes des studios, dans leur chambre d'hôtel et même à l'arrière de la voiture qui les menait à une interview quelconque.
A chaque nouveau baiser, leurs c½urs s'emballaient un peu plus. Ils se sentaient tous les deux emportés dans un nouveau monde dans lequel personne n'avait accès, hormis eux. C'était agréable mais terriblement dangereux et ils en étaient parfaitement conscients. Seulement, s'en défaire n'était pas aussi simple...
-Bill. Souffla Tom alors qu'il rentrait dans l'ascenseur.
L'interpellé fit volte face avant d'apercevoir Tom, il accéléra le pas et s'engouffra dans le petit espace. Aussitôt les portes refermées, ils s'embrassèrent presque sauvagement...

Cette petite bulle, avec tous les aspects négatifs qu'elle comportait, permettait à Bill de se sentir plus vivant, il s'attachait avec force et courage au monde qu'était le leur. Il était plus et beaucoup moins.
Son extrême fatigue se dissipait, de même que ses nausées et ses sautes d'humeur. En revanche, sa peau se transformait ; parfois très vive, d'un rouge presque sanglant, parfois très pâle, presque transparente. Un inconvénient seulement lors des photoshootings, bien que les maquilleuses se chargeaient de rendre le teint du jeune homme comme il devait être.
Bill en était certain, la nouvelle tournure qu'avait pris sa relation avec Tom lui permettait de vaincre un tant soit peu sa maladie.


***



Il pleuvait. Le ciel était gris et des trombes d'eau inondaient les rues de Magdebourg.
Bill marchait aussi vite qu'il pouvait, essayant d'échapper aux regards des quelques demoiselles qui osaient sortir par ce temps.
Sa visite chez le médecin avait confirmé ses pensées : il allait mieux.
La porte se dressa devant lui et il entra brusquement, ses vêtements dégoulinants sur le sol. Il frissonna et déposa son manteau dans l'entrée. Sans ôter ses chaussures, il grimpa les marches quatre à quatre et entra dans sa chambre. Tom y était, comme toujours.

Il sourit et Tom comprit de suite que les résultats étaient positifs. S'enthousiasmant, le dreadé s'élança dans la chambre et enlaça son jumeau, il caressa d'une main ses cheveux et se recula doucement. Ses yeux plongés dans ceux de son double, il murmura :
-Je t'aime Bill.
Ca lui parut si simple qu'il se trouva idiot. Après toutes ces années. Surtout, ces derniers mois où la souffrance de son frère renforçait son incapacité à lui dire qu'il l'aimait. Tom voulait tellement lui dire parce qu'il allait mal. Mais en fait, le bon moment était simplement celui où Bill allait le mieux.







£µtt!

# Posté le vendredi 19 décembre 2008 05:28

Modifié le samedi 20 décembre 2008 02:50

OS n°25

OS n°25
Date d'écriture : 30 décembre 2008.
Titre : Axe morbide.
Note de l'auteur : Chers fans du « flower power », cet OS n'est pas pour vous >.<
Sinon, Petite critique personnelle : je trouve que le récit est un peu lourd et, parfois, trop détaillé. A vous de voir...






Parce qu'aimer c'est aussi mourir pour l'autre.



٠٠٠


L'automne. Les feuilles mortes jonchent le sol de la ville, les oiseaux et les insectes disparaissent, le ciel s'obscurcit, les températures baissent. Tout prend un autre tournant.

De sa fenêtre, Tom observait le paysage changeant tout en jouant quelques accords sur sa guitare. Un après-midi semblable à tant d'autres.
Il était d'humeur maussade. Normal, Bill n'était pas là.
Tom détestait particulièrement être séparé de son jumeau, mais depuis plusieurs semaines, il faisait avec, comme on dit.
Bill travaillait dans un restaurant au c½ur de Berlin ; au début, ses horaires concordaient avec celles de Tom qui, lui, bossait dans une entreprise de management. Mais aujourd'hui, ils ne faisaient que se croiser, quand un rentrait du travail, l'autre s'en allait. Et si seulement Bill ne travaillait pas le week-end...

16h. Un soupir s'échappa d'entre les lèvres du dreadé ; plus qu'une demi-heure et il pourrait prendre son frère dans ses bras, du moins l'espace de quelques secondes, avant que lui-même ne parte travailler. Sa lassitude le conduit à s'allonger sur son lit, le regard fixé au plafond, il pensait. Peut-être pensait-il trop.

Ses réflexions ne furent que de courtes durées, son c½ur se serra brusquement, il lui semblait qu'il manquait d'air. Paniqué, il se leva et porta une main à sa poitrine ; son c½ur battait anormalement vite, sa tête cognait sans interruption et ses membres s'engourdissaient de seconde en seconde.
Il tenta d'expirer et d'inspirer l'air de manière régulière puis exagérée mais rien n'y fait, son malaise était tel que la minute suivante il s'évanouit sur le sol de sa chambre.

C'est sa mère qui le trouva, les joues humides, elle s'était empressée de le faire revenir à lui. Tapotant gentiment chacune de ses joues, glissant un gant humide sur son front, elle s'efforçait de penser que le lien gémellaire qui unissait ses deux fils était la cause de ce malaise.


٠٠٠



Lorsque Tom ouvrit les yeux, sa vision était floue et il était totalement déboussolé. Il resta plusieurs minutes immobiles sur le sol, le mouvement de ses paupières comme seule indication de conscience.
Sa mère pleurait fort, bruyamment, et elle tenait serré entre ses deux mains fraîches le bras de son fils.
Etrangement, Tom se sentait seul et perdu. Sa tête bougea un peu jusqu'à trouver le regard brillant de sa mère.
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
Les mots qui suivirent lui parurent totalement impensables, dénués de sens. Impossible.

Bill ne pouvait pas se trouver dans un hôpital, entre la vie et la mort.


٠٠٠



Le dreadé s'était relevé brusquement et, enfilant rapidement une veste de survêtement, il descendit les marches quatre à quatre avant de s'engouffrer dans la voiture dont le moteur tournait encore. Sa mère sortit à son tour, penaude. Elle prit le volant et roula jusqu'à l'hôpital. En chemin, sans que Tom ne pose la question, elle expliqua les raisons de cette terrible situation.
En rentrant du boulot, Bill avait eu un accident. Un homme conduisant un poids lourd avait grillé un stop, percutant par la suite la voiture du brun qui avait finit sa course contre un poteau électrique. Un accident comme on en voit tous les jours à la télévision mais dont on pense que ça ne nous arrivera jamais. Et pourtant.

Peut-être que Tom pleurait, peut-être qu'il avait envie de tuer celui qui avait envoyé son frère dans cet endroit qu'il détestait tant, peut-être qu'il avait envie de se frapper lui-même pour ne pas avoir été à la place de son jumeau, peut-être qu'il en voulait au monde entier.
Un sanglot s'échappa de ses lèvres et il s'empressa de tourner son visage vers la fenêtre, il ne voyait pas le paysage mais au moins, aussi stupide que cela puisse paraître, sa mère ne savait pas qu'il fléchissait.


٠٠٠



C'était froid et lugubre. Du blanc partout, des murs aux vêtements du personnel.
Tom retint un hoquet et suivit sa mère jusqu'à l'accueil. Ses membres semblaient peser des tonnes et il aurait donné n'importe quoi pour avaler un verre d'eau. En effet sa bouche était sèche, il avait même l'impression que son état pouvait obstruer sa capacité à parler. Ainsi, il ne prononça aucun mot, se contentant d'ingurgiter les informations.
Son frère, son jumeau, celui avec qui il partageait tout, était inanimé.
Il comprenait bien sûr, mais il ne réalisait pas. Pourquoi lui ? Pourquoi eux ?
Il se permit de penser que peut-être ceci était une sorte de punition, comme si Dieu avait exprimé sa colère et sa rage ; mais Tom n'était pas croyant, Bill non plus d'ailleurs. Pourtant. Plus les minutes passaient, plus cette hypothèse lui semblait probable.
Mais lorsqu'il imagina que Bill avait ce qu'il méritait, il se mordit la lèvre et voulut se frapper. Non, il ne pouvait pas penser une chose pareille. Bill ne méritait pas de quitter ce monde et ce, même s'il avait commis le plus lourd des pêchés. Après tout il n'était pas le seul, Tom aussi avait participé à cet interdit, alors pourquoi Bill était il le seul à mériter un tel châtiment ?
Les informations se bousculaient dans sa tête, c'était trop.

Il tenta de faire abstraction du négatif et osa penser que demain serait un jour meilleur, tout cela ne pouvait être qu'une mauvaise blague. Bill allait débarquer d'une minute à l'autre, dansant sur ses deux jambes, parfaitement en équilibre, le visage pâle mais vivant, sa bouche tordue en un doux sourire. Alors, les infirmières se mettraient à danser à leur tour, les murs se couvriraient d'un vert anis et tous feraient la fête.
Le dreadé sourit tristement.
-N'importe quoi. Soupira t-il.

Il avait à peine remarqué que, pendant ses longues minutes de réflexion, sa mère et un homme qui se disait être « médecin chef » l'avaient traîné dans un couloir plus sombre que les autres.
Le blond releva doucement la tête et découvrit sur le mur de droite une épaisse vitre. Il s'approcha et colla doucement les deux paumes de ses mains contre le carreau frais.
Ses yeux s'ouvrirent de stupeur et il fit plusieurs pas en arrière, bousculant sa mère au passage. Il se retourna et chercha désespérément un peu de réconfort dans les bras de sa génitrice. Elle le serra fort, tentant de lui donner un peu de son courage mais elle en avait si peu... Il ne retint pas ses larmes sous le regard peiné du médecin.
Ce dernier hésita quelques secondes avant de prendre la parole, il avait choisi ce métier pour sauver des vies mais parfois il savait qu'il ne pouvait aller contre les volontés de celle-ci. Parfois, c'était dur.
-Votre fils, dit-il, préférant s'adresser à Simone plutôt qu'à Tom, a besoin d'une greffe.
Le regard de la femme, rempli de chagrin, sembla laisser place à une lueur d'espoir. Ce n'était pas complètement fini ? Il y avait une chance, elle voulait y croire, plus que jamais.
-Mais, la liste d'attente est longue. Si, par hasard, nous recevions un c½ur dans les heures à venir, votre fils ne serait pas prioritaire, d'autres personnes attendent, depuis plus longtemps. Il fit une grimace, la façon dont il avait présenté les choses n'était sûrement pas la plus adéquate.
-Quoi ? Mais, mais, si...Simone soupira, relâcha son étreinte et colla son front à la vitre.


٠٠٠



Il avait l'air si paisible, comme endormi. Elle pouvait presque faire abstraction des tuyaux qui le maintenait probablement en vie et admirait son visage, ses cheveux corbeaux qu'elle avait toujours enviés.
Elle observait son fils simplement avec amour.

Essuyant vulgairement son visage avec la manche de sa veste, Tom fit quelques pas en avant et, à son tour, scruta la pièce stérile qui retenait sa moitié. Il ne pleura pas.
Son c½ur battait si vite, sa tête cognait tellement fort, ses jambes étaient si lourdes. Le message faisait peu à peu son cheminement dans sa tête ; sans greffe, Bill mourrait dans les heures à venir.
Ses yeux se fermèrent, ses sourcils se froncèrent, il refusait d'admettre la réalité et était prêt à tout pour la changer.


٠٠٠



Epuisée, Simone était rentrée chez elle en cours d'après-midi, ses espoirs étaient vains et sa peine grandissait, se lisant facilement dans son regard fatigué.
Tom, lui, était resté scotché à la vitre qui le séparait de son frère. Aucune larme n'avait été versée, il restait stoïque, comme absent. Son esprit voyageait, cherchant une solution pour sauver son jumeau. Au final, il n'en avait trouvé qu'une seule. C'était probablement la meilleure et même s'il avait peur, terriblement peur, il se sentait le courage de la rendre concrète.
Sa décision était prise et il contempla encore le corps inerte de Bill. Un poignard dans le c½ur ne lui ferait pas aussi mal. Pourtant il ne pleurait pas, il observait, il souffrait.
Il s'éloigna à contre c½ur et rejoint le bureau du médecin chef.

Ce dernier était debout près d'une grande fenêtre, les mains plongées dans son habit blanc. Etait-ce la situation de Bill et sa famille qui le mettait dans cet état, ou bien celle d'un autre patient ?
A tâtons, Tom s'approcha et se racla la gorge. Aussitôt, l'homme lui fit face et tenta un sourire réconfortant.
-Monsieur Kaulitz ?
-J'ai deux choses à vous demander. Son ton se voulait sûr mais sa voix tremblait.
-Je vous écoute. Le médecin s'assit sur son siège et se balança doucement de droite à gauche.
Tom resta debout et, pendant plusieurs secondes, il ne parla pas. Son interlocuteur haussa les sourcils et l'encouragea d'un signe de tête.
Le blond avala sa salive et se concentra, respirer tout en promulguant des paroles lui semblait être une épreuve.
-J'aimerais aller voir mon frère, enfin, pas seulement à travers une vitre. Expliqua t-il.
Silence.
-Ce n'est peut-être pas une très bonne idée. Tom tressaillit.
-Je vous en prie. Ses yeux se firent suppliants et le médecin ne put qu'approuver.
-Vous devez vous protégez, nous restons avec l'éventualité que votre frère reçoive une greffe et il ne doit rentrer en contact avec aucun microbe, si infimes soient-ils.
-Vous savez aussi bien que moi qu'aucun donneur ne se présentera. Mais, je veux le voir, peu importe si je dois porter une combinaison et des bottes. Tenta t-il.
Le professionnel ne pouvait pas refuser la requête du dreadé, celui-ci était si vulnérable, voulant simplement profiter des derniers instants en compagnie de son jumeau.
-Suivez-moi. Dit-il en se levant, Tom lui emboîtant rapidement le pas.


٠٠٠



C'était peut-être pire que ce qu'il avait pu imaginer. Des chaussons de papier, une blouse blanche qui masquait entièrement son corps, une charlotte sur la tête qui retenait difficilement ses dreads, un masque qui recouvrait la moitié de son visage et des gants de plastique qui cachait ses mains préalablement lavées avec un produit spécial.
Une infirmière lui fit quelques recommandations, elle resterait derrière la porte à le regarder à travers le hublot.

Tom se retrouva enfermé dans la pièce stérile et il ne sut que faire. Ses pas s'étaient stoppés à quelques centimètres du lit où reposait son double. Sa respiration se calquait sur le bruit régulier de la machine qui maintenait Bill en vie.
Son c½ur se serra et il tenta une approche. Sa vision devint floue mais il refusa les pleurs qui auraient du suivre, il pencha sa tête en arrière et cligna plusieurs fois ses paupières.
Lorsqu'il la rabaissa, ses yeux tombèrent sur le visage angélique de son jumeau. Fébrilement, il posa une main sur celle de Bill et fit abstraction du gant en latex. Il marqua une caresse, puis deux et enfin sa voix résonna dans l'espace.
-Bill, j'espère tellement que tu m'entends. Je vais éviter toutes sortes de niaiseries, tu sais ce que je pense, tu sais parfaitement ce que tu représentes pour moi.
Il prit une profonde respiration et se tourna vers la porte, l'infirmière ne l'entendait pas mais son visage laissait transparaître sa compassion et son malaise.
A nouveau il fit face au visage pâle de Bill, sa main s'approcha de sa joue et il posa un doigt sur sa paupière close. Puis elle retrouva sa place initiale, sa paume appuyée sur la peau fraîche et tendue de la main de son jumeau.
-C'est injuste. Tu m'avais pourtant promis qu'on ne serait jamais séparés. Il se mordit la lèvre. Quand tu te réveilleras, car tu vas te réveiller, je veux simplement que tu sois heureux. On sera à nouveau ensemble, quelque part...par là.
Sa main s'était déposée sur son c½ur dont le battement était faible mais présent.
Un frisson parcourut l'échine du blond, il avait froid puis soudainement très chaud. Il toucha son front, il transpirait. Il souffla derrière son masque, caressa doucement les cheveux ébène de Bill et recula jusqu'à la porte. Il murmura trois mots à l'intention de son frère et quitta la pièce.

Le regard dans le vide, il retira son équipement stérile et passa la seconde porte qui le menait au couloir. La tête baissée, il ne vit pas le médecin qui l'attendait et il lui rentra dedans de plein fouet.
-Oh. Pardon. S'excusa le blond.
-Vous aviez dit « deux choses », vous avez été voir votre frère, quelle est la seconde ? Questionna l'homme, ses mains toujours enfoncées dans sa blouse blanche.
Tom ne comprit pas de suite, puis se souvint de sa récente conversation avec le médecin. Sa deuxième requête risquait d'être refusée, dans un premier temps s'entend, parce que Tom ne comptait pas baisser les bras si vite.
Un groupe d'infirmières passa avec un brancard et l'homme jugea plus sage d'aller discuter dans son bureau. Tom opina et suivit le médecin, jetant un coup d'½il à son jumeau par la vitre du couloir. La vision qu'il eut de son frère ne fit que confirmer ses envies.
Il l'aimait bien trop pour le laisser mourir.


٠٠٠



-Je comprends votre désespoir mais ce n'est pas possible. Comprenez que...
-Que quoi ?! L'interrompit brusquement le blond. Je suis majeur, j'ai le droit de prendre ce genre de décision.
-Calmez vous. Je sais que ça n'est pas facile mais vous devez accepter. Il s'arrêta simplement en soupirant, en vingt cinq ans de carrière jamais personne ne lui avait fait ce genre de proposition.
-Je veux qu'il vive. Je vous en prie.
Tom était au bout du rouleau, une larme solitaire glissa le long de sa joue et il agrippa ses mains sur le bord du bureau.
-Je...
-S'il vous plaît. Supplia t-il.
-Je dois en discuter avec mes collaborateurs, ce n'est pas une décision que l'on prend à la légère. Votre famille est au courant ?
-Non, je ne préfère pas.
-Votre mère va souffrir.
-Elle souffre déjà. Cracha le blond.
-De toute façon, les dons d'organes sont anonymes. Soupira le médecin, il pensait sincèrement que le jeune homme qui lui faisait face était d'un courage monstre. Mais surtout, il était têtu. Très entêté même.
-Quand aurez vous la réponse ? Le temps presse.
-Je sais, je suis médecin. S'emporta l'homme.
-Désolé.
-Demain. Matin si possible. Je ne vous promets rien.
-Je vous fais confiance. Promis le blond en rejoignant la porte. Je serai là à la première heure pour... A demain.


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Il avait tenu promesse et faisait les cent pas dans le hall d'accueil depuis l'aube. Il n'avait pas dormi et ses yeux étaient cernés, il savait qu'il avait pris la bonne décision mais il ne pouvait s'empêcher de penser aux conséquences. C'était tellement improbable, prendre ce genre de décision, du jour au lendemain, sans en informer personne.
Il soupira et se dirigea vers la machine à café lorsqu'il aperçut le médecin au bout du couloir. Il pressa le pas et vint à sa rencontre.
-Bonjour. Alors ?
-Mr Kaulitz, vous me mettez dans une position très inconfortable. Admit le médecin. Nous avons discuté avec toute l'équipe, les votes n'ont rien donné. 50/50 comme on dit.
-Quoi ?! Tom secoua la tête de droite à gauche, quelque chose lui échappait.
-Ce que je veux dire c'est que l'équipe est clairement divisée en deux, ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Etant le médecin chef je peux prendre la décision de répondre à vos attentes mais je serais alors confronté aux mécontentements de mes collègues, je ne veux pas de tensions à l'intérieur de cet établissement. Il prit un air sévère et contourna Tom qui resta pantois, la bouche légèrement entrouverte, les bras ballants.
-Attendez ! Dit il en faisant volte face.
-Je suis désolé. Se contenta de lui répondre l'homme avant de reprendre sa marche.
Tom n'était pas de cet avis, il le bloqua en se postant juste devant lui, ses yeux étaient suppliants. Il murmura faiblement :
-Je vous en prie.
-C'est impossible, je suis navré. Il soupira et héla rapidement deux infirmières, celles-ci accoururent et tentèrent de retenir le jeune homme.
Comme Tom commençait à se débattre, elle l'attrapèrent chacune par un bras et l'obligèrent à quitter l'hôpital. Mais Tom refusait et luttait, il se battrait jusqu'au bout, quitte à employer le chantage...
-Qu'est-ce qu'il vous faut bon sang ?! Cria t-il à l'intention du médecin qui l'observait un peu plus loin.
Voyant que le blond était au centre de toutes les attentions, l'homme se rapprocha et le saisit par la manche avant de le traîner jusqu'à son bureau.
-Ecoutez, rattachez vous à l'espoir que peut-être nous aurons un don d'ici quelques heures. Un accident, une personne malade, je sais pas. Il soupira, ce garçon lui donnait du fil à retordre et sa patience atteignait ses limites.
-Mon frère n'est pas prioritaire et vous le savez. Mais je suis prêt à tout. Dit-il, déterminé.
-Ne faîtes pas de bêtises Mr Kaulitz.
-Pourquoi ? Puisqu'il n'y a que ça ; très bien, je vais me foutre en l'air, signer un putain de papier où j'accepte que l'on donne mes organes et peut-être que vous ferez votre boulot ! Cracha t-il en s'éloignant.
Il était à bout, ses yeux le brûlaient et quelques larmes glissèrent le long de ses joues fraîches. Il se maudissait d'être aussi méprisant, de remettre en cause les capacités du professionnel mais plus rien n'importait à part sauver son jumeau. Il s'était mis des ½illères et Bill restait son seul objectif ; s'il devait avoir un accident, s'il devait souffrir physiquement, il le ferait et peu importe.

Il y eut un long silence où aucun d'eux n'osa prendre la parole ; Tom scrutait le sol, sans intérêt, alors que le médecin portait toute son attention sur le dreadé.
Tout était remis en cause et jamais il n'avait eu à faire à une décision aussi difficile. Cependant, il savait que s'il n'exauçait pas le v½u de Tom celui-ci mettrait tout en ½uvre pour y parvenir malgré tout et il culpabiliserait des années durant.
Triste réalité, il était dans une impasse, pris au piège. Il refusait d'être la cause de la mort du blond, enfin pas de la manière dont ce dernier l'envisageait précédemment. La cause de son suicide.
-Sachez que je désapprouve vos manières, le malheur n'excuse pas tout Mr Kaulitz. Prononça t-il sèchement. Cependant, je n'ai d'autre choix que de répondre à votre requête.
Tom releva brusquement la tête et un sourire se dessina sur son visage déjà rongé par le chagrin. Un pauvre sourire qui signifiait juste « merci ».


٠٠٠



On l'avait installé dans une pièce vide, un peu comme celle de son jumeau. C'était blanc mais au final ça lui plaisait assez. Il n'avait de cesse de penser à toutes ces années passées en compagnie de Bill, à se découvrir, à s'aimer, à se blesser pour mieux se consoler.
La vie était injuste mais à ce moment précis, il se sentait supérieur. La vie, il lui disait merde. Il avait réussi à contrer ses volontés et quelque part cela le rendait fier. Bill allait vivre, avec son c½ur.
Il sourit alors qu'une infirmière déposa un masque sur son visage, il respira lentement et ses yeux se fermèrent avec la même allure. Doucement, il sombra dans l'abîme...


٠٠٠



Un cri résonna dans l'aile ouest de l'hôpital, l'espace réanimation.

Bill avait d'abord ouvert ses yeux péniblement et il avait longuement patienté avant que son corps ne cesse d'être engourdi. C'était étrange, il se sentait vide ou trop plein. Une impression paradoxale qui renforçait son malaise. Pourquoi était-il seul ?
Avec les quelques souvenirs qu'il avait de son accident, il pensait qu'il sortait peut-être d'une opération ou d'un coma. Pourtant, le sentiment oppressant qui le tiraillait l'obligeait à penser que quelque chose de bien plus important s'était passé. Et l'ignorer amplifiait son mal-être.
C'est alors qu'un homme en blouse blanche avait débarqué dans sa chambre, les cheveux grisonnants, l'air satisfait. Doucement, il lui avait tout raconté.
Il lui avait expliqué avec quelle détermination son frère avait remué ciel et terre pour que l'équipe de chirurgien accepte sa requête, il lui avait montré à quel point il avait été chamboulé par cet évènement. L'homme avait également fait part de son incompréhension, il lui avait confié que Tom devait sûrement l'aimer beaucoup pour avoir fait ce genre de sacrifice.
A mesure que le médecin parlait, les yeux du brun s'ouvraient de stupeur, ses mains tremblaient et sa bouche s'asséchait. Il prit peu à peu conscience qu'il vivait avec le c½ur de son jumeau et un violent frisson traversa son échine.
Inconsciemment, sa main s'approcha de sa poitrine, il y avait un épais pansement, qui recouvrait probablement une cicatrice plus ou moins importante. Il toucha le tissu du bout des doigts et son c½ur s'accéléra. Il suffoqua et s'agita dans son lit, le médecin fit aussitôt appel à une infirmière qui l'incita à se calmer. Sa tête se balança de droite à gauche et le premier son qui s'échappa de ses lèvres fut un long cri de douleur.


٠٠٠



Simone vivait comme un zombie, en plus d'avoir encaissé la mort de son premier fils, elle apprenait aujourd'hui que le second avait eu recours à l'euthanasie pour sauver son frère. Comment avait-il pu lui cacher une chose pareille ? Et pourquoi les médecins avaient-ils accepté l'opération ? Certes, l'euthanasie était tolérée dans ce pays, elle ne s'adressait qu'aux patients gravement malades, fortement handicapés. Tom était en parfaite santé, de longues années s'offraient à lui et il avait préféré la mort. Pour que Bill vive.

Une mère ne comprenait et ne comprendrait jamais ce choix. Il était déjà compliqué d'élever des jumeaux, ils passaient le plus clair de leur temps à s'enfermer dans leur bulle, à vivre de secrets et de confessions. Elle n'avait jamais eu la chance d'accéder à ce monde mais elle se sentait tellement fier. Ces fils étaient sa fierté et aujourd'hui elle était désemparée. Elle ne comprenait pas et souffrait terriblement de cette situation.

Bill n'allait guère mieux.
Ses journées se ressemblaient toutes, il restait enfermé dans la chambre de Tom. Leur appartement commun avait été mis en vente et Bill avait rejoint le domicile familial, il avait besoin de soutien. C'était stupide, sa mère avait besoin d'être épaulée, autant, voire plus que lui.
Quelques amis lui rendaient visites mais il détestait ça, dans chacun des visages il lisait la peine, la pitié parfois. Tout lui rappelait Tom, chaque élément de cette maison, chaque coin de rue ou de jardin, un quelconque objet, une attitude.
Il aimait son frère, il en était fou amoureux et il se disait que peut-être sa mère devait connaître cette vérité. Elle semblait tellement perdue, il voulait lui dire, lui promettre qu'il aurait fait pareil pour Tom parce que c'était comme ça entre eux. Parce que la passion qu'ils partageaient n'avait pas de limites et pouvait les mener très loin. Jusqu'à la mort.
Mais quand il débutait la moindre conversation avec Simone, les mots restaient bloqués au fond de sa gorge et sa mère se mettait à pleurer bruyamment. Il ne supportait pas de la voir rongée par le chagrin mais il savait qu'elle surmonterait cette épreuve car, malgré tout, Simone était quelqu'un de fort. Lorsqu'elle aurait fait le deuil de son enfant, elle reprendrait peu à peu goût à la vie. Ca, Bill en était certain.
Mais lui... Il s'en sentait incapable.
Bien sûr il avait le c½ur de son frère et, de ce fait, pouvait vivre, physiquement du moins. Moralement, le résultat était loin d'être aussi positif. Il y avait cette absence qu'il n'arrivait pas à expliquer lui-même, un vide qui lui était impossible de combler.
Tom ne pouvait vivre sans Bill, ce dernier faisait le même constat : sans son jumeau, plus rien ne valait la peine d'être vécu.
Cette vérité le hantait des jours durant, il devait agir, et vite.


٠٠٠



Bill avait quelques doutes, sa mère pourrait elle supportait un nouveau drame ? Une partie de lui s'efforçait de penser que s'il devait commettre l'irréparable, il devait le faire avant qu'elle n'ait pu terminer le deuil de Tom. Car, Bill refusait de lui faire endurer une telle épreuve seulement quelques semaines après qu'elle se soit remise de la mort de son fils ; ce serait l'abattre une seconde fois et elle ne s'en remettrait sûrement pas. Non, il valait mieux qu'elle encaisse tout au même moment. C'était horrible et terriblement culpabilisant de penser de cette manière mais y'avait-il vraiment une meilleure solution ?

Le brun soupira longuement en portant une cigarette à ses lèvres, il tira deux taffes et balança le petit tube par la fenêtre. Il n'avait déjà plus envie de fumer, désormais il avait faim, puis soif, puis plus rien. Il était indécis, à force de trop réfléchir, de trimer pour tenter de mettre de côté son malheur, de s'efforcer de soutenir sa mère et ses proches. Il n'y arrivait plus.

Il s'allongea doucement sur le lit, ferma ses yeux et glissa une main sous son tee-shirt. Du bout des doigts il retraça la cicatrice qui marquait sa peau au niveau de son c½ur. Il appuya ensuite sa paume plus franchement sur sa peau nue et compta chaque battement de son c½ur. Peu à peu, il s'endormit.


٠٠٠



Deux mois. Deux mois que Tom était absent.
Bill se réveilla péniblement, ses paupières étaient lourdes, ses cheveux sales et sa peau le démangeait. Il détestait le moment du réveil, quand il dormait il n'avait pas vraiment conscience de la réalité. Certes les nombreux cauchemars qu'il faisait le rappelait à l'ordre mais au moins il était loin. Loin de sa triste vie. Enfin, c'est ce qu'il pensait.
Quand il ouvrait les yeux –parfois en pleine nuit- c'était pour se retrouver face à ses démons. Alors il lui arrivait de pleurer, d'écouter la pluie tomber, et il pouvait même passer plusieurs heures à essayer de communiquer avec son frère. Il trouvait ça idiot mais, au fond de lui, il espérait avoir un petit signe de son jumeau, une quelconque promesse, un aveu d'amour.
Il lui était arrivé de se demander si, au fil du temps, il ne perdait pas un peu la tête.

Comme au ralenti, Bill s'extirpa des draps et, sans prendre la peine d'ouvrir les volets, s'éclipsa de la chambre. La lumière du couloir l'aveugla et il mit plusieurs secondes avant de rejoindre le salon familial. Sa mère l'y attendait.
Assise sur le sofa, elle souriait. Bill se frotta les yeux, sa mère n'avait pas sourit depuis tellement longtemps qu'il se souvenait à peine de la douceur de son visage lorsque ses lèvres s'étiraient ainsi.
Leurs yeux se rencontrèrent et elle l'invita à s'asseoir près de lui. Sans hésitations, il la rejoignit. Elle le gratifia d'un baiser sur le front et caressa doucement son bras dénudé.
-Comment tu te sens mon chéri ? Demanda t-elle posément.
Bill ouvrit la bouche puis la referma, une boule se forma au fond de sa gorge. Il avait la drôle impression que sa mère s'en sortait mais que lui restait coincé au fond du gouffre. Il se sentait abandonné et il paniqua, ses yeux se fermèrent et ses doigts se crispèrent sur l'assise du canapé.
-Bill ? Regarde moi s'il te plaît. Elle saisit son visage en coupe et Bill ne put que lui offrir un regard empli de chagrin.
-Tu y arriveras, j'en suis sûr. Affirma t-elle en caressant ses tempes.
Le brun secoua la tête en signe de négation.
-Je suis là tu le sais, hein ?
-Maman. L'interrompit Bill. Tu as quelque chose à me dire ?
-Je/ oui. Bégaya t-elle, elle redoutait un peu la réaction de son fils. Tu sais que je suis suivie par une psychologue depuis...depuis que, bref. Elle rougit. J'ai rencontré une jeune femme dans un groupe de paroles, on a sympathisé et elle m'a présenté à ses amis.
-Viens en au fait s'il te plaît. Sa voix était rocailleuse et il angoissait de plus en plus.
-Voilà, j'ai fait la connaissance d'un homme. Bill retint un hoquet et Simone posa sur son fils un regard désolé. Bill, il m'aide beaucoup, je vais mieux depuis que je le connais.
-C'est sérieux ?
-Je me sens bien avec lui, il est très...
-Vous sortez ensemble alors ? La coupa t-il, son ton était plus arrogant qu'il ne l'aurait souhaité.
-Ne le prends pas mal. Supplia t-elle en emprisonnant à nouveau le visage de son fils entre ses mains.
-J'aimerais que Tom soit là. Il baissa le regard vers ses propres mains et soupira doucement. Désemparée, Simone s'éloigna et respira fort, Bill savait qu'elle ravalait ses larmes.
Après un certain temps, Simone s'engagea sur un sujet pointu ; Bill avait toujours refusé de consulter une psychologue et aujourd'hui elle lui demandait de revoir son jugement. Elle commençait à se sortir de son malheur et elle voulait simplement que son fils fasse de même. Mais le brun resta sur ses positions, sa voix s'éleva malgré lui.
-Je ne peux pas, je ne veux pas. Tu comprends rien maman ! Tom me manque et jamais je ne pourrais continuer à vivre normalement. C'est...pff, laisse tomber ! Son visage était rouge et sa tête cognait inlassablement, de grosses larmes glissaient le long de ses joues et, sans un mot de plus à l'égard de sa mère, il s'enferma dans sa chambre.


٠٠٠



Simone s'était excusée, Bill avait pardonné, Bill s'était excusé et Simone avait pardonné. Plus de disputes possible, ce n'était pas acceptable. Pas dans un tel contexte.
A nouveau, le brun avait tenté de dériver la conversation sur sa relation passée avec son frère mais les mots ne sortaient pas. Ils étaient résolument bloqués quelque part au fond de lui et refusaient de s'élever. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé...
La solution qui lui semblait la plus adéquate était tout simplement de se confier par écrit. Seulement Bill avait une sainte horreur des récits. A l'école déjà, il bannissait les dissertations et autres rédactions, il n'avait jamais tenu de journal intime et il ne comptait pas tenter l'expérience de si tôt.
Il pensait quand même qu'il pouvait peut-être écrire une lettre d'une page seulement, une sorte de condensée de ses émotions, de ses regrets et de ses possibles excuses. Ouais, ça semblait juste.

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Page blanche. Première essai. Rature.
Page blanche. Deuxième essai. Bêtise.
Page blanche. Troisième et dernière tentative.
Les mots filèrent plus vite que prévu sur le papier ; Bill sentit d'abord le besoin de faire des reproches à sa mère. De manière habile, il l'accusa de s'être mis des ½illères, plusieurs années durant.
En effet, jamais elle n'avait posé de questions, jamais elle n'avait douté. Pourtant, comment pouvait elle passer outre le fait que ses deux fils vivaient dans le même appartement, comprenant une seule et unique chambre ? Pourquoi ne réclamait elle pas d'explications quant au fait que ses deux enfants passaient leur temps ensemble et ce, depuis 20 ans déjà ? Pourquoi ne les questionnait-elle jamais sur leurs petites amies ?

Vint ensuite le paragraphe le plus court de cette lettre d'aveu. L'amour ne se commande pas, c'est ce que l'on dit. Ca ressemblait bien à ça, à quelques exceptions près. Ce n'était pas si difficile, à l'écrit. Bill aime Tom, Tom aime Bill, sentence irrévocable.

La troisième partie fut celle des excuses, la plus longue. Le stylo ne glissait plus sur la feuille comme auparavant, non, là, il semblait l'abîmer. Une boule se forma dans la gorge du brun et il dut faire une pause. Bill n'était pas doué pour l'écriture et la simplicité de ses mots rendait le texte encore plus bouleversant. Sa mère s'en rendrait compte bien assez vite...
« Je t'aime maman, pardon. »
Il frissonna, ne relut pas son texte et plia le papier avant de le glisser dans une enveloppe vierge.
Il pleura.


٠٠٠



Douceur ? Douleur ? Rapidité ? Lenteur ?
Bill était installé sur son lit, les bras croisés derrière sa tête et son cerveau bouillonnaient. Il cherchait la solution, la meilleure qui puisse être pour quitter ce monde et toutes les souffrances qu'il engendrait actuellement.
Sa décision était prise depuis bien longtemps maintenant, mais il devait agir, avant que sa mère ne se soit complètement remise.
Bill n'aimait pas Gordon, l'ami officiel de sa mère depuis plusieurs jours, il comblait le vide laissé par Tom dans le c½ur de sa mère et il détestait cette idée, bien qu'elle fût parfaitement fausse. Mais, d'un autre côté, le brun bénissait le destin qui avait mis Gordon sur le chemin de Simone, il allait l'aider.
Elle allait avoir besoin de lui, bientôt.


٠٠٠



Il avait choisi ses plus beaux vêtements, ses cheveux étaient parfaitement lissés, ses yeux maquillés plus qu'à l'accoutumée et ses mains étaient fermement plongées dans chacune de ses poches. Il avança lentement sous le ciel pluvieux, il faisait presque nuit et la température chutait considérablement.
Ses pieds s'enfoncèrent dans le sable humide et bientôt la surface aqueuse recouvrait entièrement son corps. Il souffla doucement et murmura tendrement le prénom de son jumeau.
C'était comme ça.
C'était triste. Injuste.
Mais il ne pouvait en être qu'ainsi.


٠٠٠



Un homme entièrement vêtu de noir se pencha en avant, la pluie glissant sur ses cheveux grisonnants. Il toucha du bout des doigts la pierre froide et gravée.
L'enterrement avait pris fin il y a deux heures de cela mais il était revenu. Il se l'était promis. Il ne connaissait pas Bill, et Tom encore moins, mais Simone avait su créer un attachement entre ses fils et l'homme qui partageait désormais sa vie.
Gordon souffla, laissant une fumée blanchâtre s'élevait dans les airs.

Simone avait mis du temps avant de comprendre et d'accepter ce qui avait été une réalité par le passé. Ca n'avait pas été facile mais elle se refusait à reprocher quoique ce soit à ses enfants. Tous deux avaient préférés mourir que de vivre séparément, n'était-ce pas là une preuve d'amour ?
Gordon avait lu les quelques lignes écrites par Bill, son émotion s'était lue sur ses traits et Simone l'avait simplement supplié de ne jamais l'abandonner. Chose qu'il n'envisageait même pas, il aimait Simone et faisait de nombreux projets d'avenir avec elle. Il savait cependant que ses deux jumeaux tiendraient une place importante dans sa vie, il ne se passerait pas un jour sans qu'elle ne pense à eux. Mais Gordon était quelqu'un de compréhensif et d'humain avant tout. Il ne se permit même pas de juger la relation incestueuse qu'entretenaient Bill et Tom. C'était comme ça.
La vie vous offre parfois de drôles de surprise, suffit juste de les accepter...

L'homme sourit tristement et, à haute voix, promis qu'il prendrait soin de Simone et qu'il l'aiderait à remonter la pente. Ils allaient y arriver, c'était une évidence.
Il ferma les yeux et un souffle chaud balaya sa nuque dénudée. Il frissonna lorsque le vent se mit à siffler, il y avait comme une résonance, un écho particulier. Un faible « merci » lui parvient aux oreilles et il crut rêver.
Il ouvrit les yeux brusquement, rien n'avait bougé, la pluie n'avait pas cessé de tomber et le froid restait glacial. Pourtant, sur la tombe, les portraits gravés des jumeaux semblaient différents.
En effet, un sourire étirait leurs lèvres.


٠٠٠




Parce qu'aimer c'est aussi mourir pour l'autre. Ou mourir ensemble.







£µtt!

# Posté le dimanche 28 décembre 2008 04:47

Modifié le dimanche 29 mars 2009 08:13

OS n°26

OS n°26
Date d'écriture : 5 février 2009.
Titre : Révélations.
Note de l'auteur : Désolée si c'est du déjà vu, pourtant j'ai l'impression que l'on ne parle pas assez de ce moment d'aveu et de doutes.






« L'after » comme disait le staff.
Un club retiré de la ville où l'ambiance est propice à l'escale ; beaucoup d'alcool, quelques danseuses peu vêtues et de la musique à plein tube. Saupoudré de jeux de lumières et d'une dizaine de néons fluorescents, le temps était à la fête.
La mezzanine, plus communément appelée le « carré VIP », était bondée de people en tout genre au milieu desquels se cachaient quelques paparazzis à l'affût du moindre cliché qui boosterait leur carrière...et leur portefeuille.


Ce soir, les Tokio Hotel étaient de sortie. Une sorte de récompense après une journée de folie. Interview, photoshooting, interview, concert, interview.


Comme à son habitude, Tom était étalé sur un sofa, boisson à portée de main et jolies filles à portée de vue. C'était son rituel et il ne le changerait pour rien au monde.
De même pour Gustav qui, lui, sautillait au grès de la musique, saluant quelques connaissances de temps à autre. Danser restait sa seule priorité et personne ne semblait pouvoir l'en empêcher. Tom ne pouvait s'empêcher d'admirer son dynamisme et il lui arrivait souvent de se demander si un jour son ami s'avouerait vaincu. Mais visiblement, ce n'était pas à l'ordre du jour.
Georg suivait également ses plans habituels : « profiter un max », ce qui se résumait à récolter le numéro d'un maximum de filles et plus si affinités. Pour le moment, il s'intéressait à une demoiselle qui ne devait pas avoir plus que son âge, ses cheveux blonds lui tombaient au milieu du dos et elle portait un corsage rouge outrageusement serré. Cela faisait plusieurs minutes qu'ils discutaient et Tom savait d'avance qu'il recroiserait la jeune fille le lendemain, à l'hôtel.


Délaissant ses deux amis, Tom balaya l'espace du regard à la recherche de son frère.


Il n'était pas au bar, il ne dansait pas, il ne discutait avec personne. Il n'était pas là.
Le blond fronça les sourcils, ce n'était pas dans les habitudes de son jumeau de s'absenter à ce genre de soirée. Il est ce qu'on appelle quelqu'un d'extraverti et, les nuits de folie comme celle-ci, il ne les manquerait pour rien au monde.
Peut-être que les quelques journalistes présents l'avaient poussé à se retrancher quelque part.
Ou pas.


-Tom !
Sursautant, le dreadé tourna vivement la tête et rencontra les prunelles affolées de son jumeau.
-Ca fait 20 fois que je t'appelle ! Dit-il en s'asseyant près de son frère.
-Quoi ? Même en se concentrant, les paroles de Bill restaient masquées derrière les notes de musique.
Bill se contenta de lever les yeux au ciel et, attrapant le verre de son frère, il en vida le contenu. Chose faite, il se pencha du côté de Tom et lui glissa à l'oreille :
-Je voudrais rentrer.
Une minute puis deux ; Tom n'était pas dupe et connaissait Bill mieux que quiconque.
-Bill, arrête tes petits caprices tu veux.
Vexé, le brun se renfrogna en croisant les bras sur sa poitrine, son regard perdu dans la foule de danseurs.
Tom, lui, resta pantois. Il ne cessait de fixer son jumeau, mais rien.
-Quoi ? Pourquoi tu réponds rien ? Pourquoi tu ne m'envoies pas bouler ? « Tom, je suis le leader, c'est moi qui décide, gnagnagnagna... » Balança t-il alors que Bill ne daignait même pas le regarder.
Tom n'était pas dupe et connaissait Bill mieux que quiconque, oui, et là, il y avait anguille sous roche, il semblerait même qu'il ait jugé un peu vite les réactions de son frère.
-Bill ? Appela t-il doucement au creux de son oreille.
-Quoi ? Ragea le brun en lui offrant un regard noir.
-C'est quoi le problème ?
-Je veux rentrer, c'est tout.
-Et on peut savoir pourquoi ?
-Parce que...Parce que. Laisse tomber ok ?
Un peu perdu Tom regarda son frère s'éloignait de lui, quelque chose n'allait pas mais il n'avait pas su le comprendre assez tôt. Bill avait pour habitude de décider de tout ; c'était quand il voulait, où il voulait. Alors le blond avait simplement jugé que son jumeau profitait à nouveau de son statut de leader pour ordonner leur retour. Mais il avait fait une erreur, quelque chose perturbait l'esprit du brun et Tom ne lâcherait pas le morceau avant de connaître la nature de son comportement.
Doucement, il se déplaça et repris sa place auprès de Bill. Celui ci semblait vexé, presque en colère.
-Les deux G s'amusent bien, mais si tu veux rentrer je vais les prévenir. Assura Tom. Bill fut surpris de ce revirement de situation et interrogea son frère du regard, ce dernier lui murmura juste un « désolé » et montra la piste de danse d'un signe de tête.
-Non, laisse les. Je peux rentrer seul, Saki m'accompagnera.
-Il s'est passé quelque chose ?
-Plus ou moins. J'y vais ok ? Dit il en se levant.
-Je viens avec toi. S'empressa de répondre le blond, de nature curieuse -et protectrice il faut bien l'avouer- il voulait à tout prix connaître les raisons du mal-être de son frère.
Bill ne fit qu'hocher la tête et se dirigea d'un pas décidé vers la sortie, Tom à ses trousses.


Saki obéit aux ordres des jumeaux et les escorta jusqu'au van. Le chauffeur attendait patiemment à l'intérieur, Tom pensa qu'il devait probablement s'ennuyer mais, après tout, il était payé pour ça. Une fois les jumeaux déposés à l'hôtel, le chauffeur reviendrait attendre les deux G's et le reste du staff devant la boîte de nuit. Un travail de merde, résolument.


Le chemin jusqu'à l'hôtel se fit dans un silence de plomb. Bill était tendu, Tom plutôt stressé. Un sentiment quasi similaire d'anxiété dont la cause était bien différente. Bill avait visiblement vécu un évènement qui le perturbait et Tom s'inquiétait du comportement de son frère.


La vitre teintée qui séparait l'avant de l'arrière de la voiture s'abaissa, signe que les Kaulitz étaient arrivés à destination. Bill et Tom saluèrent le chauffeur et sortirent du van, Saki les suivit de près, intimant les quelques demoiselles encore présentes de se calmer et d'éviter de réveiller la ville entière. Pourtant, rien à faire, elles hurlèrent pendant une bonne demi-heure, espérant sûrement que les jumeaux feraient machine arrière et viendraient leur proposer une soirée en toute intimité dans leur chambre d'hôtel...


-Allez, reposez vous bien. Je serai par là...au cas où. Le garde du corps désigna le salon de l'hôtel, juste à l'entrée de celui-ci.
Ainsi, il attendrait les autres membres de l'équipe et pourrait aller dormir à son tour.
Bill compatit, lui ne pourrait sûrement pas attendre des heures sans rien faire, juste contrôler que tout va bien. Il soupira et, comme Tom l'avait pensé à l'égard de leur chauffeur, il se dit que c'était juste son métier.


Pass en main, Bill grimpa les quelques marches qui le menaient à son étage. Il ne fit pas attention à Tom qui le suivait de près, ce dernier espérait sûrement que son frère daigne se confier à lui par la suite ; mais il n'en était rien, Bill était bien trop contrarié et perturbé pour raconter les faits à son jumeau. Tom devrait juste se contenter de son silence.


Bill arriva enfin devant sa chambre et se glissa à l'intérieur, fermant brusquement la porte derrière lui. Tom manqua de s'assommer et haussa les sourcils lorsqu'il se retrouva au milieu du couloir, sans savoir quoi faire.


Il y avait ce quelque chose chez Bill que Tom détestait par-dessus tout ; le fait que son frère s'en prenne au monde entier lorsqu'il rencontrait une difficulté dont lui seul avait la clef. Tom était à peu près certain que Bill se trouvait face à un problème plus ou moins important et que, n'arrivant pas à le résoudre, il exprimait sa colère en envoyant bouler ceux qui osaient l'approcher dans ces moments. Autrement dit, Tom lui-même.


Il soupira longuement et avança jusqu'à la porte close qui lui faisait face. Il était rentré pour Bill, pour comprendre et peut-être l'aider à trouver une solution, et tout ce que Bill trouvait à faire c'était lui fermer la porte au nez. Mais ça n'allait pas se passer comme ça, foi de Tom !
Il ne prit d'ailleurs pas la peine de toquer et enclencha la poignée, la porte était ouverte ce qui était plutôt bon signe.
-Bill ? Demanda t-il en faisant abstraction de sa colère naissante.
La chambre était plongée dans le noir et le dreadé dut se concentrer avant de reconnaître le corps de son frère, simplement assis sur le rebord de son lit, la tête plongée dans ses mains. Malgré tout, le c½ur du blond se serra et il avança lentement jusqu'au lit où il prit place à son tour.
Il y eut un long silence, Tom ne sachant pas par où commencer. Rentrer directement dans le vif du sujet ne lui semblait pas être la meilleure chose.
-Tu comptes passer ta nuit ici ? Finit par lancer Bill en redressant un tant soit peu sa tête.
-Pourquoi pas. Répondit Tom du tac au tac.
-Mauvaise réponse.
-Bill, s'il te plaît. Murmura le blond en se penchant pour observer le visage de son frère, il voulait y déceler quelque chose qui le mettrait sur la bonne piste mais Bill semblait juste perdu.
-Quoi ? Cracha le brun.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Bill se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit en grand, puis il prononça distinctement chacun des mots suivants :
-Bonne nuit Tom.
L'interpellé ouvrit grand les yeux, maintenant son jumeau le mettait à la porte. C'était trop. Sa patience avait des limites et elles avaient été clairement atteintes.
Il se leva d'un bond, claqua la porte et appuya sur l'interrupteur. La lumière emplit la pièce et tous deux clignèrent des yeux à plusieurs reprises.
-Non, non, non. Je ne partirais pas, pas avant que tu m'aies dit ce qui ne va pas. Je suis rentré pour toi, des fois que tu n'aurais pas compris. Alors maintenant tu vas t'asseoir, ça prendra le temps que ça prendra mais tu vas parler. C'est compris ?
Tom semblait très en colère, presque hors de lui et Bill prit peur. Il ne bougea pas d'un pouce même si, au fond de lui, l'idée d'employer la force pour que son frère quitte sa chambre le démangeait.
-Bill ? Tenta Tom, de manière plus calme.
-Si tu crois que c'est facile. S'emporta le brun.
-Essaye.
-Tu ne sais pas à quoi tu t'engages.
-Tu me fais peur là tu sais ?!
-Ouais ben tu peux, ça va pas te plaire. Lança Bill en retrouvant sa place initiale sur le lit. Tom jugea bon de s'approcher, Bill allait parler.
-Je crois, poursuivit Bill, que... Enfin je pense mais je sais pas, il est possible que... Il jeta un rapide coup d'½il à son frère qui le regardait avec grand intérêt.
-Que ? Continua le blond en fixant son jumeau droit dans les yeux.
-Non Tom, si tu me regardes comme ça, je ne te dirai rien.
Tom grommela et ferma simplement les yeux, l'air stupide, ce dont il se fichait carrément, il voulait juste savoir.
Un nouveau silence fit place et Tom se força à ne pas ouvrir les yeux ; Bill se concentrait, cherchait ses mots et fixait à son tour son frère.
Il prit une longue inspiration et, oubliant la petite voix dans sa tête qui lui disait de ne pas frapper trop fort, il murmura ce qu'il pensait être la réalité, avec les mots les plus directs qui soient.
-Voilà, je crois que je suis gay.
Tom ne put s'empêcher d'ouvrir les yeux et, d'instinct, il chercha ceux de son frère. Mais ce dernier avait brusquement tourné la tête en direction de la fenêtre, fuyant le regard qu'il savait accusateur de son jumeau.
Tom ouvrit la bouche, aucun son n'en sortit hormis le nom de son frère, il le força à se tourner vers lui en tirant sur la manche de son tee-shirt.
Leurs yeux s'accrochèrent et Tom paniqua ; Bill semblait hurler sa désolation et sa peine. Dans ses prunelles brunes pleuvaient des SOS muets et la supplication que Tom ne le renie pas. Le dreadé aurait probablement préféré que son frère pleure ou l'injure, ce qu'il lisait dans son regard était pire que tout et il se sentit défaillir. Sans brusquerie, il le prit dans ses bras et caressa doucement son dos. Bill se laissa étreindre et soupira, il avait un poids en moins sur la conscience mais il restait comme un doute, une incertitude.
Comme pour répondre à ses pensées, Tom défit leur étreinte et l'interrogea.
-Est-ce que tu en es sûr ? Qu'est-ce qui te fait penser cela ? Pourquoi ce soir ?
Il parlait calmement, le fait que Bill soit homosexuel ne le dérangeait pas, ce qu'il ne comprenait pas c'était le malaise que cette nouvelle engendrait.
-Plus tôt dans la soirée, y'a un mec qui est venu me tourner autour. Il fit une grimace, appréhendant la réaction de son jumeau. Et, je me suis laissé faire, tu vois, ça ne me dérangeait pas. Je crois même que ça me plaisait.
Il se mordit la lèvre et osa un regard vers son frère. Ce dernier visualisait mentalement ce qu'avait pu être cet échange et, il ne ressentit ni dégoût, ni colère, juste une once de jalousie.
-Tom ?
Silence.
-Tom, c'est pire que tout quand tu joues les muets. Parle. Supplia le brun en secouant le bras de son frère, il était en train de se faire son propre petit scénario et il s'avérait plutôt négatif.
-Excuse. Répondit Tom en sortant de sa léthargie. Je pensais que...
-Que c'est horrible ? L'interrompit Bill.
-Non, pas du tout. Bill, on est au XXIème siècle, les choses ont changé. Tu ne dois pas avoir peur de montrer ce que tu es, ce que tu aimes, tes différences... Tu es toi et c'est tout ce qui compte.
Dans un premier temps, Bill fut surpris de cette déclaration puis, sa surprise fit place à sa peine. Ca l'avait touché que son frère comprenne et le rassure, il était rare qu'ils aient des discussions aussi sérieuses sur leur personnalité respective.


-C'est que je ne suis pas sûr, il ne s'est rien passé avec ce mec. Le laisser me, il hésita, me draguer ne signifie peut-être pas que je suis, tu vois. Bafouilla t-il désespérément.
Tom sembla réfléchir pendant plusieurs secondes –une éternité pour Bill- puis il glissa une main dans les cheveux ébènes de son double.
-Quoi ? S'inquiéta le brun.
-Si je peux t'aider à y voir plus clair, je le ferais. Assura le blond en accentuant son toucher.
-Tom ? Cette fois, il était effrayé. Tom agissait bizarrement, son ton était calme mais déterminé.
Cependant, il n'eut pas le loisir de poursuivre ces interrogations, les lèvres de Tom venaient de se poser sur les siennes, tendrement. Sa respiration se bloqua, ses yeux se fermèrent et il ne chercha pas à rompre l'échange.
Tom, quant à lui, agissait du mieux qu'il pouvait, sans brusquer son frère, il approfondit le baiser en glissant sa langue à la commissure de ses lèvres. Il n'eut pas l'effet escompté puisque Bill l'accueillit sans plus attendre et le baiser devint plus fougueux. Surpris par son enthousiasme, Tom ne retint pas un gémissement qui fit doucement sourire son frère.
Quelques secondes plus tard, leur échange prit fin et, ni Bill, ni Tom n'osèrent regarder l'autre. Un nouveau silence, apaisant cette fois ci.


Bill n'était pas certain que ce baiser ait pu l'éclairer, il aimait son frère, cela allait de soi que l'embrasser ne le dérageait pas. Ou peut-être que...
Tom, lui, était plus chamboulé que prévu, son cerveau bouillonnait, il était résolument à l'ouest, ne sachant que penser. Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'embrasser son frère ? Est-ce qu'il perdait la tête ou était-ce le fruit d'un désir enfoui ?
-Merde. Murmura t-il.
Bill haussa les sourcils, ses ongles martyrisaient le bas de son tee-shirt. Il faisait sa propre interprétation, la mauvaise, comme à son habitude.
-Désolé, s'excusa le blond, je vais te laisser. Et il se leva.


Bill resta pantois plusieurs secondes, c'était à lui d'être perturbé, pas à son frère. C'était lui qui venait d'encaisser les dernières nouvelles, il avait d'abord compris que ses attirances n'étaient pas celles attendues puis il avait laissé son jumeau l'embrasser. Quoi de plus déroutant ?
Il soupira, Tom venait de quitter sa chambre sans un mot d'explication et il se retrouvait seul. Il était certes un peu paumé, il restait quand même serein car Tom n'avait montré aucun signe de dégoût, ce qui constituait sa plus grande crainte.
Il prit une douche rapide et se coucha, ses écouteurs vissaient sur ses oreilles, histoire d'évacuer le stress de ces dernières heures.


Pendant les jours qui suivirent, Tom évita soigneusement de croiser Bill. Lorsqu'il se devait de lui adresser la parole, il s'arrangeait toujours pour abréger la conversation, trouvant une occupation quelconque ou prétextant un appel pour quitter les lieux.
La plupart du temps, Bill se vexait, son frère réagissait de la sorte uniquement en sa présence. Il l'avait surpris discutant avec Georg, il semblait très à l'aise et riait de bon c½ur. Bill savait que Tom n'y allait pas de toute sa sincérité, cependant il faisait au moins l'effort de le cacher en présence de ses amis, pourquoi pas lorsque lui était présent ?
Il souffrait de devoir supporter cette culpabilité car, après tout, c'est bien ce qu'il ressentait. Tom allait mal depuis ce fameux soir où il lui avait révélé quelque chose d'important et qui allait sûrement changer pas mal de chose. Puis, il y avait eu ce baiser. Quoiqu'un peu maladroit, très prononcé. Depuis, Tom s'éloignait.
C'était le terrible constat que faisait Bill et qui se confirmait au fil des jours.


Deux semaines s'étaient écoulées depuis la révélation, Tom restait distant, Bill ne cherchait même plus le contact. Pour lui, il était clair que son frère le reniait pour ses préférences. Il se faisait à l'idée qu'il devrait vivre avec, même si l'idée lui semblait un peu saugrenue. Car, jamais il ne supporterait de vivre loin de son jumeau, c'était comme ça.
Son humeur changeait et ne passait pas inaperçu ; le staff, Gustav et Georg avait bien remarqué le malaise mais ils en ignoraient totalement la cause. Tom, aussi, avait évidement deviné que son frère allait mal. Lui, savait pourquoi.
Il devait agir et ne pas laisser son jumeau se morfondre sur de fausses idées. Il devait aller lui parler, et vite. David lui avait d'ailleurs suggéré cette conversation, depuis quelques jous, Bill faisait du mauvais boulot. Ce n'était pas bon pour le groupe et, le manager, jugeait normal que ce soit Tom qui aille lui toucher deux mots.
Soit.


Ignorant son cerveau en ébullition face aux multiples attaques de son inconscient, Tom grimpa les marches qui menaient aux chambres d'hôtel.
Arrivé devant la porte de la chambre Bill, il se sentit défaillir. Ce n'était pas facile.
Sans même vraiment sans rendre compte sa main tapa trois coups contre le bois de la porte et cette dernière ne mit que très peu de temps à s'ouvrir.
-Oui ?
Bill se stoppa, était-ce vraiment son frère qui se tenait là, blanc comme un linge ?
-Je peux entrer ? Sa voix ne tremblait pas, elle était juste un peu timide.
-Oui, entre.
La minute suivante, ils étaient installés comme ce fameux soir, soir que Tom tentait désespérément d'oublier. Tous les deux assis sur le rebord du lit, mal à l'aise.
-Bon, déjà, je suis désolé. Déclara Tom sans plus approfondir, Bill devinerait sans mal qu'il faisait allusion à son éloignement.
Oui, il comprit mais il resta quand même dans l'incompréhension. Du jour au lendemain, Tom changeait son comportement et venait s'excuser. Quelque chose ne tournait pas rond et il était incapable de dire quoi.
-Tu peux m'expliquer ? demanda Bill, calmement.
Son regard croisa celui de son jumeau et il prit peur, Tom semblait effrayé, apeuré peut-être.
-Je sais pas si c'était une bêtise ou pas mais j'aurais pas du. Il soupira.
-Tom, je comprends rien là. Le brun s'énerva, Tom avait cette manie de tourner autour du pot sans rien prononcer de vive voix, c'était...frustrant.
-T'embrasser, j'aurais pas du.
Le c½ur du brun rata un battement, celui de Tom s'emballa.
-J'ai réalisé quelque chose, quelque chose de très bizarre. Poursuivit-il sans adresser un regard à son double qui se décomposait à vue d'½il.
-Tom ?
Un regard, Tom sourit doucement. Il tenait beaucoup à son jumeau, il pouvait tout lui dire, il le sentait.
Il prit une inspiration plus longue et, ses prunelles ancrées dans celles de Bill, il prononça distinctement :
-Ces dernières semaines m'ont permis de confirmer ce que j'avais réalisé après ce fameux soir, après t'avoir embrassé pour être plus exacte. Une teinte rosie apparut sur ses joues. Bill, je suis gay.




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# Posté le dimanche 29 mars 2009 05:04

Modifié le dimanche 29 mars 2009 08:09