Date d'écriture : 1er novembre 2008.
Titre : Quand le passé ressurgit.
Note : OS écrite suite à la demande de Lovestoryabouttwins. /!\ Bill et Tom ne sont pas jumeaux.
-Moi aussi.
Les deux jeunes hommes étaient encore allongés sur le grand lit commun, leurs corps nus se chevauchant alors qu'ils venaient de partager un moment d'intimité. Ils se souriaient tendrement dans l'obscurité et rien ne semblait pouvoir effriter l'amour qu'ils se portaient réciproquement. Agés tous les deux d'une vingtaine d'années (23 pour Bill et 25 pour Tom), ils filaient le parfait amour depuis 7 ans déjà.
C'était Tom qui avait fait le premier pas, s'attendrissant pour le brun qui vivait alors en situation précaire. Ses parents étant décédés lors d'un terrible accident de voiture, il avait trouvé refuge dans la drogue et le vandalisme. Il était membre d'un gang aux principes peu scrupuleux qui n'hésitait pas à voler les vieilles femmes afin de pouvoir subvenir à leur besoin. Et encore, si leurs besoins avaient été de manger et de trouver un lieu décent où dormir, peut-être les gens auraient ils mesuré leur propos ; mais non, les jeunes ne ressentaient pas le besoin de se nourrir, ni de bien vivre, il leur suffisait simplement de pouvoir se payer une bonne dose de coke et pouvoir ainsi s'évader des heures durant.
A l'époque, Tom avait été la cible de Bill alors que celui-ci était en situation de manque, mais son insuffisance ne lui permettait pas d'être cohérent dans ses paroles censées effrayer ni dans son comportement. Le blond avait eu vite fait de le maintenir plaquer au sol, éloignant d'un coup de pied la lame avec laquelle le brun le menaçait. Trop faible pour se débattre, ses yeux dans le vague, Bill avait fini par tomber dans l'inconscience. Depuis combien de temps n'avait-il pas mangé ? Dormi ?
Oubliant les évènement précédents, Tom avait porté le corps du brun jusqu'à sa voiture et conduit ensuite jusqu'à l'hôpital. Bill avait immédiatement été mis sous perfusion et il serait forcé de suivre une cure de désintoxication à son réveil. A sa plus grande surprise, Tom était venu à son chevet presque tous les jours, prenant des nouvelles auprès des infirmières, se renseignant avec précisions de son état.
Un jour, Tom était passé alors que le brun était parfaitement éveillé alors qu'habituellement il s'arrangeait pour venir lorsque son protégé dormait à point fermé. En rencontrant le visage de celui qu'il avait tenté en vain d'agresser, Bill s'enfonça sous les couvertures, cachant son visage et réclamant la présence d'une personne que Tom ne semblait pas connaître. Il murmurait le prénom d'un homme et suppliait qu'on le laisse sortir...
Bill fit des efforts considérables et acceptant la main tendue par le blond, il opta pour la cure de désintoxication. Ce fut dur, très dur car sans compter le manque de la drogue, Bill souffrait de son éloignement avec l'homme qu'il aimait plus que tout. Sous son masque de rebelle, Bill était amoureux de l'homme qui était le fondateur du gang qui l'avait fait plonger. Il se promettait que, dès qu'il serait sorti de là, il irait le rejoindre pour l'en sortir à son tour. Mais Bill était naïf et ne se rendait pas compte de la bêtise qu'il ferait s'il retournait auprès de son « chef » pour le convaincre de se faire soigner. Tom ne connaissait pas ce garçon mais il devinait sans peine ce que pouvait faire quelqu'un, sous l'emprise de la drogue, apprenant que son petit commerce allait tomber à l'eau. Tom était tiraillé par la peur. Il redoutait également que Bill s'éloigne de lui, il s'était attaché au jeune homme et ne souhaitait en aucun cas rompre le contact avec lui. Peut-être même désirait-il plus qu'une simple histoire d'amitié ?...
Des mois passèrent, Bill ne pensait qu'à lui, ne désirait que lui et ne se rendait pas compte à quel point il blessait celui qui l'avait pourtant sauvé. Ce dernier se taisait, ça ne le regardait pas et il n'avait aucunement le droit d'empêcher Bill d'aimer qui que ce soit.
Un soir pourtant, alors que Tom se rendait au centre de désintoxication, il pris conscience que Bill avait peut-être besoin d'un déclic, quelque chose qui lui permettrait de se remettre en question. Ce quelque chose était simplement un aveu. Rougi par la gêne, le blond avait fait un petit discours dans lequel il disait se sentir proche de Bill, qu'il aimait passer des heures avec lui, qu'il aimait le regarder, qu'il aimait sa voix et qu'il aimerait beaucoup pouvoir un jour le toucher. Les yeux de l'androgyne s'étaient alors agrandis sous la stupéfaction et il n'avait su que dire. Son amour pour le jeune délinquant lui avait collé des ½illères et il ne pensait pas que quelqu'un de bien pourrait un jour s'intéresser à lui.
C'était le déclic. Bill passa plusieurs jours à réfléchir et tenta une approche afin de se convaincre que lui aussi pouvait apprécier le blond. C'était un dimanche soir, Bill sortait le lendemain matin. Nouant ses bras autour du cou de Tom, Bill s'était doucement approché, déclarant vouloir lui dire un secret, puis il l'avait simplement embrassé.
Depuis ce jour, il ne s'était pas quitté et avaient même emménagé ensemble dans un petit appartement en plein c½ur de Berlin. Bill avait résolument oublié son premier amour, dans les bras de Tom il se sentait bien, il se sentait aimé.
La journée se poursuivit comme elle avait commencé, dans la tendresse et la douceur.
Tom annonça qu'il allait faire un tour du côté du centre commercial, aujourd'hui il fêtait l'anniversaire de sa mère et il désirait lui offrir quelques fleurs. Bill opina simplement de la tête, l'embrassant du bout des lèvres, il prit le chemin de la salle de bain.
Se prélassant sous l'eau chaude, il souriait bêtement en passant à la matinée qu'il avait passé avec son compagnon. 7 ans, un cap de passé. Il espérait finir ses jours avec Tom, il ne savait dire pourquoi, c'était comme ça, il lui devait beaucoup, peut-être même la vie.
Bill s'éternisa un peu dans la salle de bain, comme à son habitude, et sortit enfin pour enfiler une de ses tenues préférées. Il voulait être propre et soigné pour le repas de ce soir. Le brun appréciait beaucoup la famille de Tom et il lui semblait que c'était parfaitement réciproque. Il avait secrètement fait un petit achat pour sa belle-mère, il savait à l'avance que la jeune femme serait touchée par son geste, Tom aussi d'ailleurs.
C'est le c½ur léger qu'il se dirigea vers la cuisine pour ranger le petit-déjeuner du matin même, il chantonnait tout en s'affairant à ranger les aliments à leur place initiale et prenait même plaisir à faire la vaisselle –chose qui ne lui était jamais arrivé jusqu'à présent-
Il fut dérangé par la sonnerie de la porte d'entrée, immédiatement il pensa que Tom avait oublié ses clefs et il s'activa à venir déverrouiller la porte, promettant à son petit ami un sourire moqueur.
-Tu as encore oub/...
-Bonjour Bill. Déclara la voix d'un homme qu'il connaissait bien.
-Chris ? S'étonna Bill, sur l'effet de la surprise il échappa le torchon qu'il tenait dans sa main.
-Je peux entrer ?
Bill n'eut pas le temps de répondre que l'homme pénétrait déjà dans son appartement. A première vue, il n'avait pas changé. Ses cheveux blonds étaient coupés très court, il était grand et suffisamment musclé pour effrayer les personnes qui oseraient lui barrer le chemin. Une cicatrice ornait sa joue gauche et amplifier son côté supérieur et sûr de lui. Cette même blessure qui donnait un certain charme à son propriétaire, selon Bill.
Le brun voulut parler mais les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge, Chris était de retour, il l'avait retrouvé et à cet instant précis il ne sut s'il devait fuir à toute vitesse ou coopérer gentiment.
-Tu n'as pas changé dis-moi. Lança le blond en s'installant dans le canapé, il sortit une cigarette et la porta à ses lèvres.
-Tu ne dois pas fumer à l'intérieur. Glissa Bill en faisant face à son ancien ami.
-Ah, et pourquoi ?
-To/...Je n'aime pas ça. Murmura Bill en s'asseyant le plus loin possible de Chris.
-Eh bien tu feras un effort. Répondit l'autre en expirant la fumée de manière exagérée.
-Qu'est-ce que tu veux ? Demanda clairement Bill, il connaissait Chris et il savait parfaitement que ça n'était pas une simple visite de courtoisie.
-Tu nous manque tu sais ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
La voix de Chris était soudainement plus calme, plus attendrie et Bill eut quelques frissons. Cet homme, il l'avait aimé, il aurait fait n'importe quoi pour lui, il était bien certain de ne plus avoir de sentiments pour lui mais il gardait quand même une certaine forme d'attachement, bien qu'il ne l'aurait pas voulu.
-Je bosse dans un bar et j'ai repris les études en parallèle.
-Dans un bar ? Bill, tu vaux mieux que ça.
-Ca me plaît. S'énerva le brun.
-Eh, du calme, je suis juste venu prendre quelques nouvelles. Souffla le blond en écrasant sa cigarette dans le vase situé sur la table. Bill grimaça et tenta de garder son calme.
-Comment m'as-tu trouvé ?
-Gustav. Répondit simplement Chris.
Gustav faisait parti du gang autrefois, il s'en était sorti, comme Bill, mais avait toujours gardé ses relations d'antan. L'androgyne acquiesça d'un signe de tête et aperçu un sac de voyage au coin du mur. Ses yeux s'attardèrent sur l'objet, il se posait mille et une question et espérait que Chris n'ait pas dans l'idée de venir s'installer ici pour mener à bien son trafic. Il avala difficilement sa salive et reporta son regard sur le canapé, Chris n'y était plus.
-Alors tu es maqué ? Interrogea ce dernier, il s'était approché du mur où une photo de Bill et Tom était accrochée. Bill suivit son regard et sourit légèrement en apercevant le cliché.
-Ca ne te regarde pas.
Chris lui fit brusquement face, un sourcil arqué, il s'approcha de lui.
-Ca me regarde, tu m'aimais bien avant. Tu m'as déjà oublié ? Souffla t-il, ses lèvres à quelques millimètres de celles du brun. Celui-ci frissonna avant de s'éloigner prestement.
-Tu l'as dit, c'était avant.
-Il baise bien au moins ? Trancha t-il et Bill lui lança un regard noir.
-Casse toi ok ?
-Désolé je n'aurais pas du dire ça. Mentit le blond en reprenant sa place, très près de son ancien protégé.
-Effectivement.
-Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu tous les deux, tu devrais passer me voir de temps en temps. Dit-il en caressant maladroitement la joue blanche de Bill.
-Arrête. Sa main chassa l'autre et il se retourna, au fond de lui, il craignait de faire une erreur.
-J'ai un petit service à te demander. Glissa Chris en s'éloignant du brun.
-Je m'en doutais, que veux tu ?
-Garde ce sac jusqu'à ce que je vienne le récupérer. Il pointa du doigt le sac de sport dans l'entrée et Bill fit un effort pour garder un contact visuel avec le blond.
-Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Dit il en s'en approchant pour l'ouvrir.
-Tu es trop curieux. Le coupa Chris en retenant sa main.
-Putain, c'est de la coke ?! S'exclama t-il en s'extirpant de l'emprise de l'homme.
-Ouais, et de la bonne. Assura son interlocuteur en souriant.
-Je ne garderai pas ça.
-Si tu vas le faire.
-Non. S'énerva Bill.
-Tu le feras et ce, pour la même raison pour laquelle tu ne m'as pas dénoncé aux flics. Sourit-il.
Bill soupira et avant qu'il ne se rende compte de quoique ce soit, Chris avait quitté l'appartement.
Doucement, il dézippa la fermeture du sac et en observa le contenu. Il y en avait pour un paquet de fric mais aussi pour un paquet d'années en prison ! Il grogna et amena le sac jusqu'à la chambre, il l'enfourna dans l'armoire et le recouvrit d'une pile de vieux vêtements. Son c½ur faisait des bonds dans sa poitrine, il avait toujours aimé le danger, la sensation de se faire prendre à tout moment, mais il avait grandi et les raisonnements de son adolescence n'étaient plus les mêmes à présent.
Il s'observa une minute dans le miroir de la chambre et se mordit la lèvre, si Tom apprenait la visite de son ancien compagnon, il serait fou de rage et probablement blessé.
Ouais, valait mieux que Tom ne sache rien.
Au même moment, Tom passa la porte d'entrée et déposa ses chaussures ainsi que son blouson.
-Bill ? Cria t-il.
-J'arrive. Répondit l'interpellé en dévalant les escaliers à toute vitesse.
-Regarde les fleurs, je suis nul pour choisir ce genre de trucs.
-Non, elles sont très belles. Assura le brun sans même jeter un coup d'½il au bouquet, il avait foutrement envie d'enlacer son compagnon. Tom fut surpris de l'enthousiasme du brun mais se laissa tendrement étreindre avant de le repousser gentiment.
-Je t'ai manqué peut-être ? Sourit-il.
-Oui. Murmura le brun avant de l'embrasser.
Tom se dirigea ensuite jusqu 'au salon, annonçant qu'il allait mettre les fleurs dans le vase en attendant de les offrir à sa mère le soir même.
-Non ! Cria Bill en saisissant le bouquet, le mégot de Chris trônait encore dans le récipient.
-Mais pourquoi ? Bredouilla le blond.
-Je vais le faire. Déclara Bill sans grande conviction.
-Bon, euh, si tu veux.
Tom ne chercha pas à comprendre et regarda Bill s'en allait avec le bouquet dans une main et le vase dans l'autre. Il haussa les épaules et alluma la télévision.
De son côté, Bill soupira profondément en collant son dos contre le mur de la cuisine, une chance que Tom n'ait pas senti l'odeur du tabac dans l'appartement.
-Mais pourquoi est-ce que tu veux mettre ce tee-shirt ?! S'énerva le brun.
Ils étaient en train de se préparer pour rejoindre la demeure familial de Tom mais voilà, le dreadé voulait à tout prix mettre un tee-shirt qui se trouvait dans la pile de vêtements que Bill avait utilisé pour recouvrir le sac de Chris.
-Parce que c'est ma mère qui me l'a offert. Rétorqua sèchement Tom.
-Tu ne le mets jamais ! S'indigna l'androgyne.
-Justement. Soupira le blond en poussant le brun qui s'était fermement collé à la porte de l'armoire. Bill obtempéra et s'assit sur le lit, appréhendant la réaction de Tom.
Ce dernier farfouillait partout sans mettre la main sur l'objet de ses convoitises.
-En bas. Murmura le brun.
Tom repéra le tee-shirt et s'attarda quelques secondes sur le sac qu'il ne semblait pas reconnaître.
-C'est quoi ce sac ?
-C'est à moi.
-Qu'est-ce que tu fais avec un sac de sport ?
-On en parlera plus tard, ok ? Je n'ai pas envie qu'on s'engueule maintenant.
-Il y a des raisons pour qu'on se fâche ? S'étonna le blond en tirant sur la lanière du sac.
-S'il te plaît Tom. Dit-il en coupant court à ses mouvements.
-Tu me caches quelque chose ?
Bill se contenta de baisser la tête et promis qu'il lui parlerait dès qu'ils seraient rentrés de la soirée d'anniversaire. Tom ne répondit pas et s'enferma dans la salle de bain pour finir de se préparer...
La soirée se passa relativement bien, Simone apprécia le geste du brun autant que celui de son fils. Ils dînèrent copieusement et discutèrent jusque tard dans la soirée. Cependant, une certaine tension était palpable entre les deux jeunes hommes, Tom détestait l'idée que Bill puisse lui cacher quelque chose et Bill ne supportait pas non plus devoir mentir à celui qu'il aimait.
Une fois arrivé chez eux, Bill et Tom ne pipèrent mot et se déshabillèrent chacun de leur côté, ils se brossèrent les dents et se couchèrent dans un mouvement quasi similaire. Bill fixait le plafond dans l'obscurité alors que Tom s'était tourné sur le côté, son regard accroché à un point dans le vide.
-Tu me fais la tête ? Murmura Bill en brisant le silence.
-Qu'est-ce qu'il y a dans ce sac ? Demanda Tom en se retournant face au brun.
Bill se mordit la langue en fronçant les sourcils, Tom n'allait pas apprécier.
-Chris est venu. Le sac, c'est à lui.
-Quoi ? Cria Tom en se redressant sur les coudes.
Mu par une pulsion soudaine, il se leva, alluma la lumière et retira le sac de l'armoire. Bill le regardait faire sans rien dire et encaissa le regard furieux de Tom lorsque celui découvrit les sachets de drogue.
-Putain Bill ! Dit il en donnant un coup de pied dans le sac.
-Il va venir le récupérer, il l'a dit.
-Tu es stupide ou quoi ? Il ne viendra pas, il t'a utilisé. Si ça se trouve, ce n'est pas à lui et les mecs à qui ça appartient vont venir te butter la gueule pour récupérer leur merde ! Il était hors de lui et Bill pris peur. Pourtant, il n'était pas d'accord, il le connaissait bien Chris et il savait que jamais il ne pourrait lui faire un coup comme ça.
-Et si ça se trouve, il va venir le récupérer, point.
-Tu le défends ?
-Oui. Trancha Bill.
-J'y crois pas ! Ironisa le blond, il saisit le sac et le traîna jusqu'aux toilettes. Bill se leva pour le suivre, il n'allait pas faire ça tout de même ?
-Qu'est-ce que tu fais ? Il attrapa le sac violemment et le cacha derrière lui.
-Bill, arrête ça. Je vais tout jeter. Annonça t-il.
-Non. S'interposa le brun en lui lançant un regard noir.
-Pardon ?
-Tu ne jetteras rien du tout. Mêle toi de ce qui te regarde ! Cracha t-il avant de descendre les escaliers muni du sac et d'une tenue de rechange.
-Où tu vas ?
-Je me casse !
Il ferma son manteau et claqua la porte d'entrée. Tom resta pantois sur le seuil, Bill recommençait les conneries.
Ses cheveux lui fouettèrent le visage alors qu'une légère brise s'éleva, ses pas glissaient sur le gravier et il fût bientôt repéré par un homme. Vêtu d'habits déchirés, l'homme s'approcha et lui demanda ce qu'il foutait ici, l'air menaçant. Bill bégaya et lorsque la personne qui lui faisait face releva la tête, elle le reconnut.
-Oh putain Bill, c'est toi ? S'exclama t-il en ameutant deux de ses copains.
-Ouais, salut.
-Alors tu reviens parmi nous ? C'est pas trop tôt ! Dit-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
-Chris est là ? Dit Bill brusquement.
-Encore après lui, après tout ce temps ?! Se moqua un grand brun d'une trentaine d'années.
Un frisson parcourut le corps du brun, il n'avait jamais su être discret quant à ses sentiments vis-à-vis du chef de bande, d'autant plus lorsque la drogue coulait dans ses veines, il lui arrivait parfois de dire ouvertement ce qu'il pensait, sans se soucier de qui était présent.
-J'ai juste besoin de lui parler.
-Ouais. Répondit l'un, peu convaincu.
-Tu viens chercher une barrette ? Demanda un autre.
-Non, bon sang, où est-il ? S'énerva t-il.
-Ecoute, Chris est dans la merde, j'suis pas certain qu'il est envie de te voir. Avoua le premier.
-C'est lui qui est venu me chercher, dîtes moi où il est.
Les trois hommes soupirèrent avant d'indiquer un préau à peine éclairé, situé à côté de l'immeuble. Bill opina d'un signe de tête et se dirigea vers l'endroit indiqué.
Tout ici lui rappelait son adolescence, il ne savait s'il devait être mélancolique ou rancunier face à ceux qui l'avaient contraint à plonger dans cet univers. Quoiqu'il en soit, il gardait un bon souvenir de Chris mais peut-être ses sentiments y étaient-ils pour beaucoup...
Des bouteilles de verres jonchaient le sol et il lui sembla même apercevoir une seringue traîner quelque part dans un coin, Chris était seul, un mégot au coin des lèvres, ses yeux dans le vague. A l'entente des talons sur le sol en béton du préau, Chris releva la tête et ses yeux roulèrent d'eux-mêmes.
-Salut. Chuchota Bill, il ne savait dire pourquoi, il ne fallait que personne les entende.
-Bill, j'peux savoir ce que tu fous ici ? Cracha l'autre en appuyant un pied contre le mur derrière lui.
-On m'a dit que t'avais des emmerdes, explique. Ordonna le brun, il semblait sûr de lui.
-Pardon ?! T'es plus des nôtres petit, et même si t'es un bon gars, j'te dirais rien.
Bill savait ce qu'il entendait par « bon gars », à l'époque le brun était réputé pour sa capacité à voler en toute discrétion, il était le seul à réussir ses coups à chaque fois. Sa gueule d'ange lui permettait de faire diversion et il pouvait chaparder sans aucun complexe. Il était certain, qu'aujourd'hui, quelqu'un comme Bill serait le bienvenu.
-C'est à toi ça n'est-ce pas ? Dit Bill en remuant le sac.
-Merde ! T'as traîné ça avec toi ? S'affola Chris en jetant des coups d'oeils incessants derrière l'androgyne.
-T'allais venir le récupérer n'est-ce pas ?
-Euh, ouais. Répondit le blond au hasard.
-Putain ! T'as essayé de me rouler ? Cria Bill et il comprit de suite que Tom avait raison.
-Mais ta gueule ! Chris appuya une main sur la bouche du brun et le fit reculer jusqu'au mur. Ses yeux étaient fermement ancrés dans les siens et Bill ne se souvenait pas avoir été un jour si proche de lui.
-Gueule pas ok ? Bill hocha la tête et Chris consentit à s'éloigner. J'savais qu't'allais comprendre, tu changeras pas Bill, t'es fait pour vivre là-dedans.
-C'est pour qui cette drogue ?
-Un espèce de mafieux à deux balles, il veut la revendre, il m'a payé cash, seulement j'en ai besoin de cette coke. J'peux pas la lui donner, mes clients n'apprécieront pas. Il finit sa phrase par un petit sourire, se rendait-il vraiment compte ?
-Putain, t'es con quand tu t'y mets. Siffla Bill entre ses dents.
-Tu vas m'aider maintenant. Clarifia Chris en caressant du bout des doigts la chevelure ébène de son ancien protégé.
-Sûrement pas, démerde toi. Il s'éloigna mais fit demi-tour.
Il ne voulait certes pas participer à un plan échappatoire mais il concevait l'idée de pouvoir les aider en leur donnant quelques conseils. Non?
-Je...tu. Soudain, l'image de Tom s'immisça dans sa tête et il frissonna.
-Bill, allez, j'ai un truc à te proposer. Intima Chris en soufflant sur son visage, son haleine puait l'alcool et le renfermé, Bill manqua de vomir sur le coup.
-Quoi ? Sa voix tremblait autant que son corps.
-On va leur tendre un piège, tu apportes le sac dans lequel tu auras remplacé les sachets de coke par de la farine...Tu as bien ça chez toi hein ?
-T'es malade ! Ils vont s'en apercevoir, je vais me faire buter.
-Bien sûr que non, je sais que tu sauras très bien les amadouer. Dit-il avec un clin d'½il.
Bill comprit immédiatement le sous-entendu et sa bouche se tordit en une grimace, c'était hors de question.
-Et moi je dis que vous n'avez qu'à dégager d'ici. Cracha Bill.
-Ils nous retrouveront, c'est des malins.
-Je le ferais pas, désolé. Ouais, ça le désolait parce que, malgré tout, ça lui faisait de la peine de voir ses anciens amis et surtout Chris, dans cette situation.
-Tu le feras, rendez-vous demain à la même heure, ici.
Bill fit volte face et s'éloigna mais fut interrompit par le blond qui retenait son bras. Il lui souriait et, après un énième clin d'½il, il lui tendit le sac.
-Tu oublies ça.
Sans trop savoir pourquoi, Bill empoigna le sac et s'en alla pour de bon.
Sur tout le chemin du retour il se questionna, Chris avait voulu le piéger, Chris lui demandait son aide donc il lui faisait confiance, Chris avait du charme mais Chris serait un sale type jusqu'à la fin de ses jours. Et Tom, Tom qui avait raison depuis le début, Tom qui le protégeait et l'aimer autant que lui pouvait l'aimer.
Il se maudit d'avoir eu, l'espace d'une seconde, l'idée de faire demi tour et d'accepter de vive voix de leur venir en aide. C'était de la folie, Bill connaissait bien le genre de personne bourrées de frics, prêt es à tout pour récupérer un bien. Le genre de personne dont tu ignorerais qu'il est dans ce milieu et qui pourtant se balade 24h sur 24 avec une arme sur lui, suivi par deux armoires à glace qui sont censées être ses gardes du corps mais qui ne sont en fait que des hommes de main. Comment, après toutes ces années, pouvait-il être aussi naïf ?
Il culpabilisa en apercevant Tom penché à la fenêtre, fumant une cigarette sans grand intérêt. Tom détestait le tabac et Bill ne s'en sentit que plus coupable. Il ouvrit doucement la porte et posa le sac dans l'entrée. Il s'approcha doucement de la fenêtre et enlaça le dreadé par derrière, il s'excusa timidement et glissa ses mains froides jusqu'à son ventre dénudé. Tom ne répondit pas, se contentant d'expirer la fumée de manière désinvolte.
-Tom ? Chuchota-il au creux de son oreille.
L'interpellé lui fit face pour de bon, son regard était triste, en colère et blessé. Bill glissa juste une main sur sa joue et appuya une caresse.
-On va faire ce que tu as dit, tout jeter dans les toilettes. Annonça le brun à mi-voix.
-Où tu étais ? Demanda Tom en fronçant les sourcils.
-Là bas. Tom comprit immédiatement et ses poings se serrèrent.
-Il a fallut que t'ailles le voir lui pour être sûr ? Tu ne me fais pas confiance alors ?
-Si, c'est à moi que je ne fais pas confiance. Murmura t-il en tentant une approche vers le blond.
-Qu'est-ce que vous avez fait ?
-Rien, juste discuté.
-Discuté ?! Tu me déçois Bill, j'pensais que c'était du passé tout ça.
-C'est du passé ! Cria t-il et il comprit qu'il venait de rompre à tout jamais avec son adolescence. Jusqu'à présent, il n'avait eu que de « bons » souvenirs avec sa bande mais, là, savoir qu'on voulait l'envoyer dans la gueule du loup pour peut-être le punir d'être parti, c'était le déclic.
-Un passé qui te rattrape. Murmura Tom en se laissant choir sur le canapé. Bill vint aussitôt à ses côtés et saisit son visage en coupe.
-Le passé reste où il est. Je t'aime et excuse moi d'avoir douté de tes paroles.
-Qui me dit que tu n'y retourneras pas ?
-Moi et ça devrait suffire.
-Ils ne te manquent pas ? Demanda Tom en regrettant aussitôt.
-Non, ils sont jute jaloux parce que moi j'ai réussi et je suis heureux, avec toi. Promis t-il en collant leur front l'un contre l'autre. Tom ne résista pas plus longtemps et le serra fort dans ses bras.
-Tooooom non ! Hurla le brun en se débattant, Tom venait gentiment d'enrouler son corps de scotch et Bill n'arrivait pas à s'en dépêtrer.
Après maintes et maintes tentatives, il se délivra et courut après Tom qui zigzaguait entre les cartons qui jonchaient désormais le sol de l'appartement. Bill lui atterrit dessus et ils tombèrent à la renverse, explosant un carton qui n'était que très peu rempli. Bill rigola devant l'air effarouché de son compagnon et l'aida à se relever. Ils s'embrassèrent doucement et Bill posa son regard sur les vêtements qui s'étaient échappés de la boîte. Des vêtements de son adolescence, troués, usés, sales parfois. Tom suivit son regard et soupira en rangeant les habits dans un autre carton, Bill avait toujours voulut les garder parce qu'il était attaché à cette partie de sa vie, bien qu'elle ne fut que cauchemar en prenant du recul. Mais, aujourd'hui et depuis deux mois, Bill avait rayé cet épisode de sa mémoire et était bien décidé à tourner la page. Ce déménagement en était la preuve numéro une, il changeait carrément de ville. Bill coupa court aux mouvements du dreadé et jeta les tissus dans un coin de la pièce, il coinça le corps du blond entre ses bras et l'embrassa sur la joue.
-Le passé reste où il est.