Date d'écriture : 3 septembre 2008.
Titre : Un coca et un peu d'attention.
Note : OS écrit suite à la demande de Lovestoryabouttwins.
Depuis deux semaines, Bill passait la porte du café, déposait son sac au pied du tabouret situé à l'angle du bar, allumait une cigarette et attendait patiemment que le serveur vienne prendre sa commande. Depuis deux semaines, il arrivait à la même heure, s'installait à la même place et commandait la même chose à la même personne.
La première fois, il avait simplement passé la porte parce qu'il était assoiffé et pensait qu'un soda serait le bienvenue. En effet, sa journée de cours lui avait paru longue et l'hiver approchant, le temps semblait passé encore moins vite.
Bill étudiait dans une école spécialisée dans les arts que ce soit la musique, la danse, la peinture ou encore la photographie. Lui, ce qui l'intéressait c'était le chant et, grâce à ses nombreux cours -coûteux malgré tout- il comptait bien se perfectionner et pouvoir un jour faire de sa passion son métier.
Au plus grand damne du brun, il n'y avait pas seulement des cours de pratiques où il pouvait se détendre et chanter en se faisant plaisir ; non, il y avait les longues heures de cours théoriques qui se résumaient à gratter du papier dans le but d'enrichir sa culture. Et il n'était pas au bout de ses peines car, du haut de ses seize ans, il lui restait encore deux années d'apprentissage.
La première fois qu'il était entré dans ce bar, il ne s'imaginait pas qu'il aurait à y revenir...
Il ne croyait pas au coup de foudre, il était trop jeune et trop peu expérimenté dans ce domaine mais il croyait en l'attirance et au désir. Cette attirance, il l'avait eu dès ce fameux soir, lorsque le serveur s'était approché de lui, un immense sourire peint sur le visage. Leurs regards s'étaient croisés l'espace de quelques secondes et Bill savait d'ores et déjà qu'il reviendrait le lendemain. Ça lui paraissait cliché et stupide de réagir de la sorte, mais il ne pouvait se résoudre à ignorer ce qu'il se passait. Gay ou pas, ce jeune homme lui plaisait et il comptait bien profiter de son beau visage aussi longtemps que possible, masquant sa passion derrière son rôle de simple client régulier du café.
Le serveur en question devait bien avoir deux années de plus que lui, il portait de longues dreads qu'il coiffait en queue de cheval et qu'il cachait sous un bandeau, lui-même surmonté d'une casquette. Ses vêtements suivaient la même idée, larges et munis de motifs se rapportant au rap, au hip-hop, au bad-boy. Son look était l'opposé même de celui de Bill qui ne jurait que par le noir, que ce soit pour ses vêtements, ses cheveux, son vernis ou encore son maquillage. Il ne troquerait ses santiags pour rien au monde et il préférait mille fois rester chez lui que de sortir sans ses bijoux.
Peut-être était-ce cette différence qui était à la base de cette attirance ? Bill ne le savait pas lui-même, il avait simplement le béguin pour un serveur dont il ignorait tout, ou presque. Il connaissait son nom par le biais d'une conversation que celui-ci avait eu avec la patronne du bar, il connaissait le son de sa voix et il ne pouvait se lasser de boire ses paroles lorsque le dreadé lui annonçait seulement le montant de sa consommation.
Lorsque Bill rentrait chez lui et prenait un peu de recul, il se trouvait totalement idiot et ne comprenait pas lui-même sa propre attitude. « Une fille en chaleur ne ferait pas mieux » pensait-il. Il avait juste seize ans et commençait à entrevoir la réelle définition du mot « amour ».
Tom n'était pas dupe, il sentait sans cesse le regard du brun sur lui. Bien qu'au début il fut terriblement gêné de cette situation, aujourd'hui il se sentait flatté et s'amusait même à décrocher des sourires ou des regards charmeurs au chanteur.
Ce soir là, ça faisait exactement deux semaines que Bill passait la porte du bar, qu'il s'installait au coin du comptoir de manière à avoir un angle de vue parfait sans pour autant se faire remarquer ; et, deux semaines, qu'il commandait un coca, transperçant le blond de son regard. La réalité était que Bill faisait plus que son âge et les évènements de sa vie, notamment le départ de sa mère à sa naissance, avait fait de lui quelqu'un de mature et de réfléchi. Son caractère se lisait également dans ses résultats scolaires qui lui promettaient un brillant avenir. Il était malgré tout timide, ce qui attendrissait le dreadé qui, loin de le prendre pour un gamin, s'intéresser beaucoup à cette personne si réservée et secrète. Il avait désormais envie d'en savoir plus, peut-être même envisager une relation amicale.
Amicale ? Non, Tom savait que son jeune client était troublé, il l'était sûrement un peu lui aussi bien qu'il refusait de se l'avouer.
Cependant, il n'était pas sûr de lui et décida qu'il valait mieux confirmer ses pensées plutôt que de se ridiculiser.
Il décapsula la bouteille de soda et la déposa, ainsi qu'un verre, sur le comptoir.
-Merci. Répondit poliment le brun.
-De rien. Bill.
Ledit Bill haussa les sourcils avant de demander, en bégayant à maintes reprises, d'où Tom connaissait son prénom.
-Je l'ai lu sur un de tes cahiers qui dépassait de ton sac. Oh, je peux te tutoyer ?
-Je/ oui, bien sûr. Il ressentit une vague chaleur enveloppée son visage et son c½ur rata un battement lorsque le dreadé lui fit un clin d'½il en signe d'accord.
Contrairement aux autres soirées où Tom ne cessait d'aller et venir entre la salle et le comptoir, il resta près du brun. Torchon en main, il essuyait la vaisselle propre tout en faisant la discussion à Bill, qui se sentait poussait des ailes à chaque seconde.
Finalement, le brun apprit que le bar appartenait aux parents de Tom, ce dernier avait interrompu ses études pour les aider un peu après que leur serveuse ait démissionné. Il avait pris goût à ce job et voilà maintenant un an qu'il jouait au gentil serveur. Il était bel et bien âgé de deux ans de plus que Bill et jouait de la guitare à ses heures perdues, ce que Bill considéra immédiatement comme un point commun. C'était un garçon bourré d'humour et qui ne se prenait pas vraiment au sérieux, il était gentil et attentif. Bill ne lui trouvait aucun défauts mais il préférait tout de même rester sur ses gardes. Il ne se dévoila pas trop au blond, annonçant seulement les grandes lignes de sa vie, sautant les épisodes négatifs.
Lorsque Bill porta son regard sur la grosse horloge situé en face de lui, il manqua de s'étouffer avec son coca. Il était plus de 21h, cela faisait donc deux heures qu'il était là.
Sous l'½il interrogateur de Tom, il farfouilla dans son sac à la recherche de son portable et quand il vit les cinq appels en absence de son père, il se dépêcha d'enfiler sa veste et de déposer un billet sur le comptoir.
-Non, je te l'offre.
Tom attrapa le billet et le glissa dans la main du brun qui était encore sur le comptoir. Il accentua son geste et toucha un peu la peau douce et fraîche de sa main finement manucurée. Un frisson parcourut le corps du brun mais il se reprit et s'excusa en retirant brusquement sa main, son père allait le tuer s'il n'était pas chez lui dans les minutes à venir. Tom resta stoïque pendant plusieurs secondes, ses yeux suivants le brun quitter le bar, une idée germant dans sa tête.
Soudain, il fit le tour du comptoir et franchit à son tour la porte. Il frissonna lorsque le vent rentra en contact avec ses bras nus et lorsque la brise s'infiltra sous ses vêtements, il fit quelques pas accélérés et attrapa la manche du chanteur.
Pour la première fois, ils étaient face à face et non pas séparés par un comptoir ; Bill était presque aussi grand que le dreadé et ses yeux ne purent s'empêcher de loucher sur son visage angélique.
-Il y a une fête samedi soir, ça te dit de venir ?
Tom se surpris à se trouver terriblement mal à l'aise et maladroit, c'était juste une invitation entre amis après tout.
-Une fête ? Interrogea Bill, ne sachant plus s'il se trouvait dans un rêve ou dans la réalité.
-C'est un copain qui l'organise, je t'invite ! Ça te dit ? S'enthousiasma le blond.
-Oui, pourquoi pas. C'était officiel, il ne pouvait rien lui refuser.
-Très bien, 20h au bar ?
-J'y serais.
-Ok, à sam...à demain alors ! Se rattrapa Tom, il allait évidemment le voir demain soir pour son habituel verre de coca...
-Oh oui. Sourit Bill, l'information faisait peu à peu son cheminement dans sa tête, ses lèvres s'étirant en un doux sourire.
Bill ne revint pas au bar le lendemain, ni le jour suivant. Il ne savait pas mentir et lorsque son père avait appris qu'il « traînait les bars après les cours », il fut interdit de sortie. Bill trouvait cette punition injuste, son père savait qu'il avait peu d'amis, il aurait dû se réjouir que Bill dépasse sa timidité -bien qu'un bar ne fût pas le meilleur endroit pour faire des rencontres-.
Il débarrassa la table à la hâte et monta s'enfermer dans sa chambre, dans moins d'une heure il aurait du rejoindre Tom pour aller à la soirée promise. Il soupira profondément et enfouit son visage dans son coussin. Il avait eu l'impression que le destin lui souriait et maintenant tout s'effondrait. Il maudit une fois de plus son père et ses réactions qu'il qualifiait de « vieux jeu » et appuya sur l'interrupteur de sorte à se retrouver dans le noir complet.
Le visage de Tom s'immisçait sans cesse dans sa tête et il savait qu'il passerait sa nuit à gamberger.
Tom, quant à lui, ne savait que penser. Est-ce que Bill le fuyait ou est-ce qu'il avait peur ? Peut-être pensait-il que Tom lui voulait du mal, il semblait si fragile.
19h45. Le dernier client sorti du bar, il verrouilla la porte et se prépara rapidement à l'étage. Il se sentait étonnement déçu de l'absence de Bill, son sourire lui manquait.
Ce qu'il aimait le plus chez lui, c'était son audace. Il avait beau être timide, afficher un look aussi dérangeant et troublant était courageux et terriblement audacieux.
Une fois prêt, il sortit sur le trottoir, ses mains se frottant contre le tissus rêche de son jean dans l'espoir de se réchauffer, et attendit Bill patiemment.
Non, il ne pouvait pas rater cette soirée, simplement parce que Tom y était.
Il s'était douché, changé, maquillé et tirait nerveusement sur sa cigarette, accoudé sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. Il attendait simplement que son père aille se coucher ; le lendemain, il prenait l'avion très tôt pour un rendez-vous d'affaires. Il sursauta quand deux petits coups furent taper contre le bois de sa chambre, il écrasa rapidement sa cigarette et, d'une voix endormie, demanda quel était l'objet de ce dérangement.
-Je vais me coucher, bonne nuit mon grand.
Puis des pas se firent entendre jusqu'à la chambre du fond et bientôt, le son de la télévision couvrait le silence pesant.
Sans attendre une minute de plus, Bill s'éclipsa sur la pointe des pieds, enfila ses santiags, glissa sa clef dans la serrure et sortit en douce. Pendant le chemin qui le menait jusqu'au bar où était fixé le rendez-vous, il fut pris d'un sentiment de culpabilité, il n'aimait pas désobéir et si son père s'apercevait de son absence, il n'était pas sûr qu'il puisse demander quoique ce soit jusqu'à la fin de ses jours. Il n'eut pas le temps de culpabiliser plus, il aperçut le dreadé quelques mètres plus loin qui faisait les cent pas sur le trottoir. Ses pas se firent plus rapides, ses talons claquant sur l'asphalte. A ce son, Tom cessa ses mouvements et fit face au brun en soupirant de soulagement.
-J'ai bien cru que tu n'allais pas venir.
-Je suis désolé, je suis là maintenant. Sourit Bill.
Ils marchèrent jusqu'à la voiture du blond et, pendant le chemin qui les menait à la fête, Bill expliqua ses absences répétées mais omis volontairement de préciser qu'il avait fait le mur pour être présent ce soir là.
Bill angoissait un peu à l'idée de se retrouver avec une vingtaine de personnes qu'il ne connaissait pas, dans un lieu totalement inconnu. Tom remarqua vite son anxiété et déposa une main sur son genou pour le rassurer. Ce geste, si infime soit-il, déclencha un frisson dans tous le corps du brun et il préféra porter son attention sur le paysage nocturne.
La maison était immense, il y avait même une piscine et Bill était certain d'avoir aperçu un terrain de golf. Il s'émerveillait devant tant de richesse alors que l'hôte récupérer sa veste et son sac. Tom lui confia qu'il avait eu la même réaction en venant ici pour la première fois, il le présenta ensuite à son ami qui n'émit aucune réticence face à sa présence.
-Fais comme chez toi, Bill. Annonça le grand blond avant de repartir auprès de ses autres invités.
Le malaise s'était bien vite dissipé, enchaînant les verres d'alcool, il discutait gaiement avec Tom qui ne l'avait pas lâché de la soirée. Tous deux étaient affalés dans un immense canapé, à l'écart de la piste de danse où tous le monde se pressait.
Bill était désormais très sûr de lui ; quant à Tom, il n'était pas certain de pouvoir répondre de ses actes. Il était fasciné par la beauté de son interlocuteur, ses yeux ne le lâchant plus, il n'écoutait même plus ce que celui-ci lui disait.
-Tom ? Demanda le brun, troublé par le regard insistant sur lui.
Le dreadé ne répondit pas, s'approchant un peu plus du chanteur, il glissa ses doigts sur ses joues et souffla sur ses lèvres.
-Je trouve que tu es très beau.
Les mains du brun se crispèrent sur son verre vide et il ne bougea plus d'un cil, seuls ses yeux naviguaient de la bouche au regard de Tom.
Il n'eut pas le temps de se demander si Tom était sincère ou non que les lèvres de ce dernier se posèrent sur les siennes. Il trembla un peu lorsque la main du blond se glissa dans sa nuque pour approfondir le baiser. Leurs langues se rencontrèrent dans un doux échange puis, plus langoureusement. Bill renversa son corps en arrière, entraînant avec lui le blond qui gémit au contact de leurs deux corps.
Ils ne cessaient de s'embrasser, s'enfermant un peu plus dans leur bulle. L'excitation montait en eux, Tom partait à la découverte du corps de son vis-à-vis, touchant son ventre dénudé, ses bras ou encore ses cheveux lisses où il glissait ses doigts.
Leurs bouches se séparèrent et Tom enfouit sa tête dans le cou du brun pour l'embrasser ; après quoi, il positionna ses lèvres tout contre son oreille et murmura tendrement :
-J'ai envie de toi.
Une douce chaleur enveloppa le corps du chanteur et ses yeux se fermèrent lorsque Tom reprit possession de ses lèvres. Ses pensées étaient incohérentes et il se laissait aller au désir qui le saisissait.
Tom se releva et lui tendit une main, Bill obtempéra et tous deux s'éclipsèrent à l'étage. Ils manquèrent de tomber, l'alcool troublant un peu leur vision, mais arrivèrent finalement à bon port. Ils s'engouffrèrent dans une des nombreuses chambres de ce palace et s'embrassèrent à nouveau, se dirigeant vers le lit en titubant.
Ils avaient parfaitement conscience de la situation et Bill stressait à mesure que son corps se dénudait sous les caresses du blond. Il se laissait entraîner dans ce cocon de douceur, les mots que Tom lui glissait à l'oreille le rassurait et il savait qu'il était désormais trop tard pour tout stopper. Il en avait envie, il avait envie que ce soit Tom et personne d'autre.
Les mains du guitariste lui retirèrent son dernier vêtement et Bill fit de même avec le sien, leurs corps nus se retrouvèrent aussitôt, provoquant de longs gémissements répétés. Ils se frottaient sensuellement l'un contre l'autre, leurs sexes s'entrechoquant alors que leurs mains se découvraient à travers des caresses appuyées et de tendres baisers.
Bill paniqua un peu quand Tom remonta ses jambes afin de pouvoir se placer correctement entre ses cuisses, il souleva également son bassin et sa virilité cogna contre son intimité. Le brun voulut parler mais les mots restèrent bloquer au fond de sa gorge, seul un gémissement s'échappa de ses lèvres. Tom sourit dans l'obscurité, la vision de Bill le réjouissait, il le trouvait tellement beau : ses cheveux éparpillés sur le matelas, ses yeux mi-clos, sa bouche légèrement entrouverte et dont les lèvres étaient particulièrement rougies, son corps mis à nus. Il l'embrassa une dernière fois et le pénétra lentement.
Bill aurait voulu hurler face au déchirement qu'il ressentit, jamais il n'aurait cru percevoir une telle douleur. Ses mains se crispèrent sur le draps et ses yeux se fermèrent avec force ; Tom fut surpris d'entendre un cri plaintif de la part de son vis-à-vis mais oublia rapidement en sentant les mains du brun s'agripper à son cou. Leurs bouches se connectèrent et Bill le supplia de bouger, il avait mal et il lui fallait dissiper la douleur au plus vite. Tom se retira alors pour refaire le chemin inverse, il plaqua une de ses mains sur le sexe durci de son partenaire, lui offrit quelques caresses et se concentra sur ses allers et venus. Le brun gémissait oubliant le mal que cette échange avait crée au tout début. Désormais, il se surprenait à en demander encore et à donner lui même des coups de rein. Tom appréciait ses initiatives et s'aventurait à ralentir brusquement ses mouvements pour ensuite accélérer, cela rendait fou Bill et il le faisait bien comprendre à son partenaire. Tom prenait un réel plaisir à le taquiner tout en lui offrant quelques caresses intimes ; jamais il n'avait couché avec un homme et regrettait presque de ne pas y avoir goûté plus tôt. Bill était étroit et le sentir autour de lui était une sensation formidable qu'il n'était pas sûr de pouvoir oublier un jour.
Ses coups de rein se firent plus brusques et Tom sentit qu'il allait venir sous peu, il voulut se retirer du corps en sueur de son amant mais ce dernier le retint en encerclant son buste de ses longues jambes.
Dans un râle étouffé, le dreadé jouit en Bill alors que celui ci se déversait à son tour entre leur deux corps unis. Ils reprirent leur souffle tant bien que mal et Tom se laissa aller contre le corps de Bill, il souffla sur sa peau nue et embrassa son front puis ses lèvres. Bill déposa sa bouche contre sa joue et glissa ses mains le long de son dos avant d'emmêler ses doigts dans ses dreads. Il sourit un peu et d'un commun accord, ils se glissèrent sous les draps pour finalement s'endormir quelques minutes plus tard.
Pour Bill, il n'y avait plus aucun doute, il était bel et bien tombé amoureux de Tom...
Tom ouvrit un ½il, puis deux, ses sourcils se crispèrent lorsqu'il rencontra la lumière du jour. La maison était silencieuse et pourtant il avait l'impression que la fête battait encore son plein dans sa tête, une atroce migraine le saisissait alors qu'il se retournait dans les draps pour cacher son visage de la lumière.
Il fut d'abord surpris en rencontrant le corps endormi d'un jeune homme, nu, près de lui puis tout lui revint en mémoire de manière désordonnée. La soirée, Bill, l'alcool, Bill, le baiser, Bill, la chambre et Bill. Il ne regrettait en aucun cas les évènements passés, si tout ceci avait eu lieu c'est qu'il en avait eu envie. Et même s'il n'avait pas su modérer la consommation d'alcool, il savait que d'une manière ou d'une autre il aurait succombé aux charmes du brun. Il n'était pas sûr de ses sentiments, il avait passé un agréable moment et il souhaitait plus que tout qu'il en soit de même pour son protégé.
Il sourit un peu en entendant un grognement de la part de l'androgyne et se décida à se rhabiller et remettre la chambre un peu en ordre. Bien que son ami soit quelqu'un d'exceptionnellement compréhensif, la moindre des choses était de ranger et nettoyer. De plus, il craignait un peu la réaction de ses proches s'ils venaient à apprendre qu'il avait couché avec un garçon.
Il se leva donc et s'apprêtait à enfiler son boxer lorsque quelque chose accrocha son regard et stoppa ses mouvements. La couette où lui et Bill avaient précédemment fait l'amour était tâchée de sang, Tom prit peur et porta aussitôt son attention sur le brun qui commençait à émerger.
Ce dernier se redressa en grimaçant légèrement, un picotement le tiraillait un peu de l'intérieur. Il fut surpris en rencontrant le regard appuyé et désabusé de Tom sur lui puis ses yeux se stoppèrent à son tour sur la tâche rouge qui couvrait la couette. Il rougit violemment et se recoucha aussitôt, cachant son visage sous un oreiller.
-Bill ? Interogea Tom.
Il se rapprocha du lit après avoir enfilé son boxer ainsi que son baggy, il s'assit sur le bord et retira l'oreiller du visage du brun. Bill se sentait mal à l'aise, il avait volontairement menti à Tom et il allait devoir en payer les pots cassés.
-Je suis désolé. Murmura t-il.
-C'était ta première fois ? Demanda le dreadé sans grande conviction, il ne pouvait pas le croire. Il ne voulait pas le croire. La colère montait en lui ; Bill hocha simplement la tête et il retint sa main de le gifler.
Il se releva et enfila son tee-shirt en jurant, il était furieux.
-Tu aurais du me le dire. Cracha t-il. Je passe pour quoi moi maintenant ?! Dois-je te rappeler que je suis majeur, ce qui n'est pas ton cas. Bon sang ! Où avais-tu la tête ?
Bill s'était levé à son tour, s'habillant à la va vite, il avait eu tort de lui cacher une information aussi importante et maintenant il le regrettait. Il s'assit pour enfiler ses santiags et profita du fait que Tom ne pouvait pas voir son visage pour déclarer de manière presque inaudible :
-Si je te l'avais dit, tu aurais fui.
-Qu'est-ce que tu en sais ? Tom s'approcha rapidement, s'accroupit et attrapa le visage de Bill entre ses mains. Si tu me l'avais dit, je ne t'aurais pas fait du mal.
Là était le problème, Tom s'en voulait de l'avoir blessé, il s'en voulait de lui avoir volé sa première fois, de ne pas avoir fait de ce moment quelque chose d'unique et de beau. Comment avait-il pu passer à côté d'une telle chose ? Il ne se le pardonnerait jamais.
Il quitta la chambre, prévenant Bill qu'il l'attendait dans la voiture pour le ramener ensuite jusqu'au bar.
Désemparé, Bill plaqua son visage dans ses mains et soupira profondément. Ne voulant cependant pas faire attendre Tom, il finit de se préparer, fit un saut dans la salle de bain pour ajuster son maquillage et sa coiffure puis descendit l'escalier. Il remarqua plusieurs personnes endormies dans le canapé, d'autres à même le sol et certaines devaient également occuper les autres chambres à l'étage. Il se saisit de son sac et quitta la maison sans faire de bruit.
Il monta dans la voiture et boucla sa ceinture, Tom ne lui adressa pas un seul regard, se concentrant sur la route en ruminant tout seul.
-Tom. Tenta Bill mais celui ci ne répondit pas. Je suis désolé, vraiment.
-Pas autant que moi. Déclara Tom en prenant un virage un peu trop rapidement.
-C'est de ma faute, tu ne me verras plus, promis. Souffla Bill.
Tom s'arrêta brusquement sur le bas côté, il laissa le contact et se tourna pour se retrouver face au brun.
-Tu ne comprends pas, j'ai l'impression de t'avoir sali. Il hésita. Est-ce que tu as vraiment eu mal ?
-Non. S'empressa de répondre le brun.
-Bill. Insista Tom.
-Un peu, mais après plus du tout, c'était très bien. Il se sentit rougir mais n'y prêta pas attention, il ne voulait pas que Tom culpabilise. Il était le seul fautif.
-Mon dieu, qu'est-ce que j'ai fais ? J'aurai jamais dû t'inviter à cette stupide soirée.
Il embraya, passa la première vitesse et rejoint la route. Bill resta silencieux, les mots de Tom l'avaient profondément blessé.
Tom gara sa voiture près du bar et tous deux en descendirent, Bill s'en alla directement, sans un regard pour le blond. Tom ne comprit pas tout de suite ce soudain changement de comportement, c'est seulement quand il repensa aux mots prononcés quelques minutes plus tôt qu'il se donna une claque mentale avant de s'élancer à la poursuite du brun.
Quand il arriva à sa hauteur, il reprit une marche normale, l'androgyne l'ignorant complètement.
-Pardon, c'est pas ce que je voulais dire, je suis content que tu sois venu avec moi mais...
-Mais tu n'avais pas dans l'idée que tu te taperais un puceau comme moi! Continua Bill, la voix pleine de reproches.
Il s'était arrêté et plongeait son regard noir dans celui de Tom qui n'osait répondre. Bill soupira et reprit sa marche jusqu'à chez lui.
Ça ne pouvait pas se finir comme ça, Tom le rattrapa une fois de plus, le saisissant par la manche, il l'obligea à se retourner. A son grand étonnement, les yeux du brun étaient embués de larmes et Tom l'attira aussitôt dans ses bras en frottant son dos. Il murmura quelques mots de consolation et s'excusa à maintes reprises, il avait été maladroit mais il tenait beaucoup au brun et il espérait que leur histoire irait plus loin. Bill finit par s'apaiser dans les bras du dreadé et recula un peu son visage pour l'embrasser sur la joue, il sourit faiblement.
-C'était génial cette nuit et je me fiche d'avoir eu mal au début, je n'aurais voulu le faire avec personne d'autre que toi. Ses joues prirent une teinte rosie et Tom l'embrassa en retour.
-Viens, je t'offre un verre.
Bill accepta, son père n'était de retour que le soir même. Ils firent donc demi tour, leurs doigts se frôlant avant de s'entremêler pour ne plus se lâcher. Tom glissa la clef dans la serrure et poussa la porte, il referma derrière eux et fit le tour du bar.
-Coca ?
Le brun acquiesça et se jura que plus jamais il n'aurait de secrets pour Tom.