OS n°18

OS n°18


Date d'écriture : 3 septembre 2008.
Titre : Un coca et un peu d'attention.
Note : OS écrit suite à la demande de Lovestoryabouttwins.







-Bonsoir, un coca s'il vous plaît.

Depuis deux semaines, Bill passait la porte du café, déposait son sac au pied du tabouret situé à l'angle du bar, allumait une cigarette et attendait patiemment que le serveur vienne prendre sa commande. Depuis deux semaines, il arrivait à la même heure, s'installait à la même place et commandait la même chose à la même personne.

La première fois, il avait simplement passé la porte parce qu'il était assoiffé et pensait qu'un soda serait le bienvenue. En effet, sa journée de cours lui avait paru longue et l'hiver approchant, le temps semblait passé encore moins vite.
Bill étudiait dans une école spécialisée dans les arts que ce soit la musique, la danse, la peinture ou encore la photographie. Lui, ce qui l'intéressait c'était le chant et, grâce à ses nombreux cours -coûteux malgré tout- il comptait bien se perfectionner et pouvoir un jour faire de sa passion son métier.
Au plus grand damne du brun, il n'y avait pas seulement des cours de pratiques où il pouvait se détendre et chanter en se faisant plaisir ; non, il y avait les longues heures de cours théoriques qui se résumaient à gratter du papier dans le but d'enrichir sa culture. Et il n'était pas au bout de ses peines car, du haut de ses seize ans, il lui restait encore deux années d'apprentissage.

La première fois qu'il était entré dans ce bar, il ne s'imaginait pas qu'il aurait à y revenir...
Il ne croyait pas au coup de foudre, il était trop jeune et trop peu expérimenté dans ce domaine mais il croyait en l'attirance et au désir. Cette attirance, il l'avait eu dès ce fameux soir, lorsque le serveur s'était approché de lui, un immense sourire peint sur le visage. Leurs regards s'étaient croisés l'espace de quelques secondes et Bill savait d'ores et déjà qu'il reviendrait le lendemain. Ça lui paraissait cliché et stupide de réagir de la sorte, mais il ne pouvait se résoudre à ignorer ce qu'il se passait. Gay ou pas, ce jeune homme lui plaisait et il comptait bien profiter de son beau visage aussi longtemps que possible, masquant sa passion derrière son rôle de simple client régulier du café.

Le serveur en question devait bien avoir deux années de plus que lui, il portait de longues dreads qu'il coiffait en queue de cheval et qu'il cachait sous un bandeau, lui-même surmonté d'une casquette. Ses vêtements suivaient la même idée, larges et munis de motifs se rapportant au rap, au hip-hop, au bad-boy. Son look était l'opposé même de celui de Bill qui ne jurait que par le noir, que ce soit pour ses vêtements, ses cheveux, son vernis ou encore son maquillage. Il ne troquerait ses santiags pour rien au monde et il préférait mille fois rester chez lui que de sortir sans ses bijoux.
Peut-être était-ce cette différence qui était à la base de cette attirance ? Bill ne le savait pas lui-même, il avait simplement le béguin pour un serveur dont il ignorait tout, ou presque. Il connaissait son nom par le biais d'une conversation que celui-ci avait eu avec la patronne du bar, il connaissait le son de sa voix et il ne pouvait se lasser de boire ses paroles lorsque le dreadé lui annonçait seulement le montant de sa consommation.
Lorsque Bill rentrait chez lui et prenait un peu de recul, il se trouvait totalement idiot et ne comprenait pas lui-même sa propre attitude. « Une fille en chaleur ne ferait pas mieux » pensait-il. Il avait juste seize ans et commençait à entrevoir la réelle définition du mot « amour ».

Tom n'était pas dupe, il sentait sans cesse le regard du brun sur lui. Bien qu'au début il fut terriblement gêné de cette situation, aujourd'hui il se sentait flatté et s'amusait même à décrocher des sourires ou des regards charmeurs au chanteur.
Ce soir là, ça faisait exactement deux semaines que Bill passait la porte du bar, qu'il s'installait au coin du comptoir de manière à avoir un angle de vue parfait sans pour autant se faire remarquer ; et, deux semaines, qu'il commandait un coca, transperçant le blond de son regard. La réalité était que Bill faisait plus que son âge et les évènements de sa vie, notamment le départ de sa mère à sa naissance, avait fait de lui quelqu'un de mature et de réfléchi. Son caractère se lisait également dans ses résultats scolaires qui lui promettaient un brillant avenir. Il était malgré tout timide, ce qui attendrissait le dreadé qui, loin de le prendre pour un gamin, s'intéresser beaucoup à cette personne si réservée et secrète. Il avait désormais envie d'en savoir plus, peut-être même envisager une relation amicale.
Amicale ? Non, Tom savait que son jeune client était troublé, il l'était sûrement un peu lui aussi bien qu'il refusait de se l'avouer.
Cependant, il n'était pas sûr de lui et décida qu'il valait mieux confirmer ses pensées plutôt que de se ridiculiser.
Il décapsula la bouteille de soda et la déposa, ainsi qu'un verre, sur le comptoir.
-Merci. Répondit poliment le brun.
-De rien. Bill.
Ledit Bill haussa les sourcils avant de demander, en bégayant à maintes reprises, d'où Tom connaissait son prénom.
-Je l'ai lu sur un de tes cahiers qui dépassait de ton sac. Oh, je peux te tutoyer ?
-Je/ oui, bien sûr.
Il ressentit une vague chaleur enveloppée son visage et son c½ur rata un battement lorsque le dreadé lui fit un clin d'½il en signe d'accord.

Contrairement aux autres soirées où Tom ne cessait d'aller et venir entre la salle et le comptoir, il resta près du brun. Torchon en main, il essuyait la vaisselle propre tout en faisant la discussion à Bill, qui se sentait poussait des ailes à chaque seconde.

Finalement, le brun apprit que le bar appartenait aux parents de Tom, ce dernier avait interrompu ses études pour les aider un peu après que leur serveuse ait démissionné. Il avait pris goût à ce job et voilà maintenant un an qu'il jouait au gentil serveur. Il était bel et bien âgé de deux ans de plus que Bill et jouait de la guitare à ses heures perdues, ce que Bill considéra immédiatement comme un point commun. C'était un garçon bourré d'humour et qui ne se prenait pas vraiment au sérieux, il était gentil et attentif. Bill ne lui trouvait aucun défauts mais il préférait tout de même rester sur ses gardes. Il ne se dévoila pas trop au blond, annonçant seulement les grandes lignes de sa vie, sautant les épisodes négatifs.

Lorsque Bill porta son regard sur la grosse horloge situé en face de lui, il manqua de s'étouffer avec son coca. Il était plus de 21h, cela faisait donc deux heures qu'il était là.
Sous l'½il interrogateur de Tom, il farfouilla dans son sac à la recherche de son portable et quand il vit les cinq appels en absence de son père, il se dépêcha d'enfiler sa veste et de déposer un billet sur le comptoir.
-Non, je te l'offre.
Tom attrapa le billet et le glissa dans la main du brun qui était encore sur le comptoir. Il accentua son geste et toucha un peu la peau douce et fraîche de sa main finement manucurée. Un frisson parcourut le corps du brun mais il se reprit et s'excusa en retirant brusquement sa main, son père allait le tuer s'il n'était pas chez lui dans les minutes à venir. Tom resta stoïque pendant plusieurs secondes, ses yeux suivants le brun quitter le bar, une idée germant dans sa tête.
Soudain, il fit le tour du comptoir et franchit à son tour la porte. Il frissonna lorsque le vent rentra en contact avec ses bras nus et lorsque la brise s'infiltra sous ses vêtements, il fit quelques pas accélérés et attrapa la manche du chanteur.

Pour la première fois, ils étaient face à face et non pas séparés par un comptoir ; Bill était presque aussi grand que le dreadé et ses yeux ne purent s'empêcher de loucher sur son visage angélique.
-Il y a une fête samedi soir, ça te dit de venir ?
Tom se surpris à se trouver terriblement mal à l'aise et maladroit, c'était juste une invitation entre amis après tout.
-Une fête ? Interrogea Bill, ne sachant plus s'il se trouvait dans un rêve ou dans la réalité.
-C'est un copain qui l'organise, je t'invite ! Ça te dit ? S'enthousiasma le blond.
-Oui, pourquoi pas. C'était officiel, il ne pouvait rien lui refuser.
-Très bien, 20h au bar ?
-J'y serais.

-Ok, à sam...à demain alors ! Se rattrapa Tom, il allait évidemment le voir demain soir pour son habituel verre de coca...
-Oh oui. Sourit Bill, l'information faisait peu à peu son cheminement dans sa tête, ses lèvres s'étirant en un doux sourire.

Bill ne revint pas au bar le lendemain, ni le jour suivant. Il ne savait pas mentir et lorsque son père avait appris qu'il « traînait les bars après les cours », il fut interdit de sortie. Bill trouvait cette punition injuste, son père savait qu'il avait peu d'amis, il aurait dû se réjouir que Bill dépasse sa timidité -bien qu'un bar ne fût pas le meilleur endroit pour faire des rencontres-.
Il débarrassa la table à la hâte et monta s'enfermer dans sa chambre, dans moins d'une heure il aurait du rejoindre Tom pour aller à la soirée promise. Il soupira profondément et enfouit son visage dans son coussin. Il avait eu l'impression que le destin lui souriait et maintenant tout s'effondrait. Il maudit une fois de plus son père et ses réactions qu'il qualifiait de « vieux jeu » et appuya sur l'interrupteur de sorte à se retrouver dans le noir complet.
Le visage de Tom s'immisçait sans cesse dans sa tête et il savait qu'il passerait sa nuit à gamberger.

Tom, quant à lui, ne savait que penser. Est-ce que Bill le fuyait ou est-ce qu'il avait peur ? Peut-être pensait-il que Tom lui voulait du mal, il semblait si fragile.

19h45. Le dernier client sorti du bar, il verrouilla la porte et se prépara rapidement à l'étage. Il se sentait étonnement déçu de l'absence de Bill, son sourire lui manquait.
Ce qu'il aimait le plus chez lui, c'était son audace. Il avait beau être timide, afficher un look aussi dérangeant et troublant était courageux et terriblement audacieux.
Une fois prêt, il sortit sur le trottoir, ses mains se frottant contre le tissus rêche de son jean dans l'espoir de se réchauffer, et attendit Bill patiemment.

Non, il ne pouvait pas rater cette soirée, simplement parce que Tom y était.
Il s'était douché, changé, maquillé et tirait nerveusement sur sa cigarette, accoudé sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. Il attendait simplement que son père aille se coucher ; le lendemain, il prenait l'avion très tôt pour un rendez-vous d'affaires. Il sursauta quand deux petits coups furent taper contre le bois de sa chambre, il écrasa rapidement sa cigarette et, d'une voix endormie, demanda quel était l'objet de ce dérangement.
-Je vais me coucher, bonne nuit mon grand.
Puis des pas se firent entendre jusqu'à la chambre du fond et bientôt, le son de la télévision couvrait le silence pesant.

Sans attendre une minute de plus, Bill s'éclipsa sur la pointe des pieds, enfila ses santiags, glissa sa clef dans la serrure et sortit en douce. Pendant le chemin qui le menait jusqu'au bar où était fixé le rendez-vous, il fut pris d'un sentiment de culpabilité, il n'aimait pas désobéir et si son père s'apercevait de son absence, il n'était pas sûr qu'il puisse demander quoique ce soit jusqu'à la fin de ses jours. Il n'eut pas le temps de culpabiliser plus, il aperçut le dreadé quelques mètres plus loin qui faisait les cent pas sur le trottoir. Ses pas se firent plus rapides, ses talons claquant sur l'asphalte. A ce son, Tom cessa ses mouvements et fit face au brun en soupirant de soulagement.
-J'ai bien cru que tu n'allais pas venir.
-Je suis désolé, je suis là maintenant.
Sourit Bill.
Ils marchèrent jusqu'à la voiture du blond et, pendant le chemin qui les menait à la fête, Bill expliqua ses absences répétées mais omis volontairement de préciser qu'il avait fait le mur pour être présent ce soir là.

Bill angoissait un peu à l'idée de se retrouver avec une vingtaine de personnes qu'il ne connaissait pas, dans un lieu totalement inconnu. Tom remarqua vite son anxiété et déposa une main sur son genou pour le rassurer. Ce geste, si infime soit-il, déclencha un frisson dans tous le corps du brun et il préféra porter son attention sur le paysage nocturne.


La maison était immense, il y avait même une piscine et Bill était certain d'avoir aperçu un terrain de golf. Il s'émerveillait devant tant de richesse alors que l'hôte récupérer sa veste et son sac. Tom lui confia qu'il avait eu la même réaction en venant ici pour la première fois, il le présenta ensuite à son ami qui n'émit aucune réticence face à sa présence.
-Fais comme chez toi, Bill. Annonça le grand blond avant de repartir auprès de ses autres invités.

Le malaise s'était bien vite dissipé, enchaînant les verres d'alcool, il discutait gaiement avec Tom qui ne l'avait pas lâché de la soirée. Tous deux étaient affalés dans un immense canapé, à l'écart de la piste de danse où tous le monde se pressait.
Bill était désormais très sûr de lui ; quant à Tom, il n'était pas certain de pouvoir répondre de ses actes. Il était fasciné par la beauté de son interlocuteur, ses yeux ne le lâchant plus, il n'écoutait même plus ce que celui-ci lui disait.
-Tom ? Demanda le brun, troublé par le regard insistant sur lui.
Le dreadé ne répondit pas, s'approchant un peu plus du chanteur, il glissa ses doigts sur ses joues et souffla sur ses lèvres.
-Je trouve que tu es très beau.
Les mains du brun se crispèrent sur son verre vide et il ne bougea plus d'un cil, seuls ses yeux naviguaient de la bouche au regard de Tom.
Il n'eut pas le temps de se demander si Tom était sincère ou non que les lèvres de ce dernier se posèrent sur les siennes. Il trembla un peu lorsque la main du blond se glissa dans sa nuque pour approfondir le baiser. Leurs langues se rencontrèrent dans un doux échange puis, plus langoureusement. Bill renversa son corps en arrière, entraînant avec lui le blond qui gémit au contact de leurs deux corps.

Ils ne cessaient de s'embrasser, s'enfermant un peu plus dans leur bulle. L'excitation montait en eux, Tom partait à la découverte du corps de son vis-à-vis, touchant son ventre dénudé, ses bras ou encore ses cheveux lisses où il glissait ses doigts.
Leurs bouches se séparèrent et Tom enfouit sa tête dans le cou du brun pour l'embrasser ; après quoi, il positionna ses lèvres tout contre son oreille et murmura tendrement :
-J'ai envie de toi.
Une douce chaleur enveloppa le corps du chanteur et ses yeux se fermèrent lorsque Tom reprit possession de ses lèvres. Ses pensées étaient incohérentes et il se laissait aller au désir qui le saisissait.
Tom se releva et lui tendit une main, Bill obtempéra et tous deux s'éclipsèrent à l'étage. Ils manquèrent de tomber, l'alcool troublant un peu leur vision, mais arrivèrent finalement à bon port. Ils s'engouffrèrent dans une des nombreuses chambres de ce palace et s'embrassèrent à nouveau, se dirigeant vers le lit en titubant.

Ils avaient parfaitement conscience de la situation et Bill stressait à mesure que son corps se dénudait sous les caresses du blond. Il se laissait entraîner dans ce cocon de douceur, les mots que Tom lui glissait à l'oreille le rassurait et il savait qu'il était désormais trop tard pour tout stopper. Il en avait envie, il avait envie que ce soit Tom et personne d'autre.

Les mains du guitariste lui retirèrent son dernier vêtement et Bill fit de même avec le sien, leurs corps nus se retrouvèrent aussitôt, provoquant de longs gémissements répétés. Ils se frottaient sensuellement l'un contre l'autre, leurs sexes s'entrechoquant alors que leurs mains se découvraient à travers des caresses appuyées et de tendres baisers.
Bill paniqua un peu quand Tom remonta ses jambes afin de pouvoir se placer correctement entre ses cuisses, il souleva également son bassin et sa virilité cogna contre son intimité. Le brun voulut parler mais les mots restèrent bloquer au fond de sa gorge, seul un gémissement s'échappa de ses lèvres. Tom sourit dans l'obscurité, la vision de Bill le réjouissait, il le trouvait tellement beau : ses cheveux éparpillés sur le matelas, ses yeux mi-clos, sa bouche légèrement entrouverte et dont les lèvres étaient particulièrement rougies, son corps mis à nus. Il l'embrassa une dernière fois et le pénétra lentement.
Bill aurait voulu hurler face au déchirement qu'il ressentit, jamais il n'aurait cru percevoir une telle douleur. Ses mains se crispèrent sur le draps et ses yeux se fermèrent avec force ; Tom fut surpris d'entendre un cri plaintif de la part de son vis-à-vis mais oublia rapidement en sentant les mains du brun s'agripper à son cou. Leurs bouches se connectèrent et Bill le supplia de bouger, il avait mal et il lui fallait dissiper la douleur au plus vite. Tom se retira alors pour refaire le chemin inverse, il plaqua une de ses mains sur le sexe durci de son partenaire, lui offrit quelques caresses et se concentra sur ses allers et venus. Le brun gémissait oubliant le mal que cette échange avait crée au tout début. Désormais, il se surprenait à en demander encore et à donner lui même des coups de rein. Tom appréciait ses initiatives et s'aventurait à ralentir brusquement ses mouvements pour ensuite accélérer, cela rendait fou Bill et il le faisait bien comprendre à son partenaire. Tom prenait un réel plaisir à le taquiner tout en lui offrant quelques caresses intimes ; jamais il n'avait couché avec un homme et regrettait presque de ne pas y avoir goûté plus tôt. Bill était étroit et le sentir autour de lui était une sensation formidable qu'il n'était pas sûr de pouvoir oublier un jour.

Ses coups de rein se firent plus brusques et Tom sentit qu'il allait venir sous peu, il voulut se retirer du corps en sueur de son amant mais ce dernier le retint en encerclant son buste de ses longues jambes.
Dans un râle étouffé, le dreadé jouit en Bill alors que celui ci se déversait à son tour entre leur deux corps unis. Ils reprirent leur souffle tant bien que mal et Tom se laissa aller contre le corps de Bill, il souffla sur sa peau nue et embrassa son front puis ses lèvres. Bill déposa sa bouche contre sa joue et glissa ses mains le long de son dos avant d'emmêler ses doigts dans ses dreads. Il sourit un peu et d'un commun accord, ils se glissèrent sous les draps pour finalement s'endormir quelques minutes plus tard.
Pour Bill, il n'y avait plus aucun doute, il était bel et bien tombé amoureux de Tom...


Tom ouvrit un ½il, puis deux, ses sourcils se crispèrent lorsqu'il rencontra la lumière du jour. La maison était silencieuse et pourtant il avait l'impression que la fête battait encore son plein dans sa tête, une atroce migraine le saisissait alors qu'il se retournait dans les draps pour cacher son visage de la lumière.
Il fut d'abord surpris en rencontrant le corps endormi d'un jeune homme, nu, près de lui puis tout lui revint en mémoire de manière désordonnée. La soirée, Bill, l'alcool, Bill, le baiser, Bill, la chambre et Bill. Il ne regrettait en aucun cas les évènements passés, si tout ceci avait eu lieu c'est qu'il en avait eu envie. Et même s'il n'avait pas su modérer la consommation d'alcool, il savait que d'une manière ou d'une autre il aurait succombé aux charmes du brun. Il n'était pas sûr de ses sentiments, il avait passé un agréable moment et il souhaitait plus que tout qu'il en soit de même pour son protégé.

Il sourit un peu en entendant un grognement de la part de l'androgyne et se décida à se rhabiller et remettre la chambre un peu en ordre. Bien que son ami soit quelqu'un d'exceptionnellement compréhensif, la moindre des choses était de ranger et nettoyer. De plus, il craignait un peu la réaction de ses proches s'ils venaient à apprendre qu'il avait couché avec un garçon.
Il se leva donc et s'apprêtait à enfiler son boxer lorsque quelque chose accrocha son regard et stoppa ses mouvements. La couette où lui et Bill avaient précédemment fait l'amour était tâchée de sang, Tom prit peur et porta aussitôt son attention sur le brun qui commençait à émerger.

Ce dernier se redressa en grimaçant légèrement, un picotement le tiraillait un peu de l'intérieur. Il fut surpris en rencontrant le regard appuyé et désabusé de Tom sur lui puis ses yeux se stoppèrent à son tour sur la tâche rouge qui couvrait la couette. Il rougit violemment et se recoucha aussitôt, cachant son visage sous un oreiller.
-Bill ? Interogea Tom.
Il se rapprocha du lit après avoir enfilé son boxer ainsi que son baggy, il s'assit sur le bord et retira l'oreiller du visage du brun. Bill se sentait mal à l'aise, il avait volontairement menti à Tom et il allait devoir en payer les pots cassés.
-Je suis désolé. Murmura t-il.
-C'était ta première fois ? Demanda le dreadé sans grande conviction, il ne pouvait pas le croire. Il ne voulait pas le croire. La colère montait en lui ; Bill hocha simplement la tête et il retint sa main de le gifler.
Il se releva et enfila son tee-shirt en jurant, il était furieux.
-Tu aurais du me le dire. Cracha t-il. Je passe pour quoi moi maintenant ?! Dois-je te rappeler que je suis majeur, ce qui n'est pas ton cas. Bon sang ! Où avais-tu la tête ?
Bill s'était levé à son tour, s'habillant à la va vite, il avait eu tort de lui cacher une information aussi importante et maintenant il le regrettait. Il s'assit pour enfiler ses santiags et profita du fait que Tom ne pouvait pas voir son visage pour déclarer de manière presque inaudible :
-Si je te l'avais dit, tu aurais fui.
-Qu'est-ce que tu en sais ?
Tom s'approcha rapidement, s'accroupit et attrapa le visage de Bill entre ses mains. Si tu me l'avais dit, je ne t'aurais pas fait du mal.
Là était le problème, Tom s'en voulait de l'avoir blessé, il s'en voulait de lui avoir volé sa première fois, de ne pas avoir fait de ce moment quelque chose d'unique et de beau. Comment avait-il pu passer à côté d'une telle chose ? Il ne se le pardonnerait jamais.
Il quitta la chambre, prévenant Bill qu'il l'attendait dans la voiture pour le ramener ensuite jusqu'au bar.

Désemparé, Bill plaqua son visage dans ses mains et soupira profondément. Ne voulant cependant pas faire attendre Tom, il finit de se préparer, fit un saut dans la salle de bain pour ajuster son maquillage et sa coiffure puis descendit l'escalier. Il remarqua plusieurs personnes endormies dans le canapé, d'autres à même le sol et certaines devaient également occuper les autres chambres à l'étage. Il se saisit de son sac et quitta la maison sans faire de bruit.

Il monta dans la voiture et boucla sa ceinture, Tom ne lui adressa pas un seul regard, se concentrant sur la route en ruminant tout seul.
-Tom. Tenta Bill mais celui ci ne répondit pas. Je suis désolé, vraiment.
-Pas autant que moi. Déclara Tom en prenant un virage un peu trop rapidement.
-C'est de ma faute, tu ne me verras plus, promis. Souffla Bill.
Tom s'arrêta brusquement sur le bas côté, il laissa le contact et se tourna pour se retrouver face au brun.
-Tu ne comprends pas, j'ai l'impression de t'avoir sali. Il hésita. Est-ce que tu as vraiment eu mal ?
-Non. S'empressa de répondre le brun.
-Bill. Insista Tom.
-Un peu, mais après plus du tout, c'était très bien. Il se sentit rougir mais n'y prêta pas attention, il ne voulait pas que Tom culpabilise. Il était le seul fautif.
-Mon dieu, qu'est-ce que j'ai fais ? J'aurai jamais dû t'inviter à cette stupide soirée.
Il embraya, passa la première vitesse et rejoint la route. Bill resta silencieux, les mots de Tom l'avaient profondément blessé.

Tom gara sa voiture près du bar et tous deux en descendirent, Bill s'en alla directement, sans un regard pour le blond. Tom ne comprit pas tout de suite ce soudain changement de comportement, c'est seulement quand il repensa aux mots prononcés quelques minutes plus tôt qu'il se donna une claque mentale avant de s'élancer à la poursuite du brun.
Quand il arriva à sa hauteur, il reprit une marche normale, l'androgyne l'ignorant complètement.
-Pardon, c'est pas ce que je voulais dire, je suis content que tu sois venu avec moi mais...
-Mais tu n'avais pas dans l'idée que tu te taperais un puceau comme moi!
Continua Bill, la voix pleine de reproches.
Il s'était arrêté et plongeait son regard noir dans celui de Tom qui n'osait répondre. Bill soupira et reprit sa marche jusqu'à chez lui.

Ça ne pouvait pas se finir comme ça, Tom le rattrapa une fois de plus, le saisissant par la manche, il l'obligea à se retourner. A son grand étonnement, les yeux du brun étaient embués de larmes et Tom l'attira aussitôt dans ses bras en frottant son dos. Il murmura quelques mots de consolation et s'excusa à maintes reprises, il avait été maladroit mais il tenait beaucoup au brun et il espérait que leur histoire irait plus loin. Bill finit par s'apaiser dans les bras du dreadé et recula un peu son visage pour l'embrasser sur la joue, il sourit faiblement.
-C'était génial cette nuit et je me fiche d'avoir eu mal au début, je n'aurais voulu le faire avec personne d'autre que toi. Ses joues prirent une teinte rosie et Tom l'embrassa en retour.
-Viens, je t'offre un verre.
Bill accepta, son père n'était de retour que le soir même. Ils firent donc demi tour, leurs doigts se frôlant avant de s'entremêler pour ne plus se lâcher. Tom glissa la clef dans la serrure et poussa la porte, il referma derrière eux et fit le tour du bar.
-Coca ?
Le brun acquiesça et se jura que plus jamais il n'aurait de secrets pour Tom.




£µtt!

# Posté le vendredi 05 septembre 2008 15:17

Modifié le vendredi 05 septembre 2008 16:19

OS n°19

OS n°19
Date d'écriture : 23 juillet 2008.
Titre : Mon frère.
Note : Dédicace à mon Nénuphar.
[OS non twincest.]



Encore un échec ; où es-tu Tom ?

Le froid me saisit dès que je passe la porte, je frissonne en enfonçant mes mains dans mes poches. Heureusement, l'appartement n'est pas très loin.
Je repasse en boucle les nouveaux éléments que j'ai appris aujourd'hui, si infimes soient-ils.
Tom a été adopté à l'âge de sept ans, un an après notre séparation. Je ne sais pas par qui, la mairie n'a pas le droit de me fournir le nom des parents adoptifs, informations trop personnelles selon la femme qui m'a reçu. Tant pis, je vais me débrouiller mais je trouverai.
Je te retrouverai Tom.

Maintenant que maman est décédée, elle ne se mettra plus en travers de mon chemin. Je ne lui en veux pas pour ce qu'elle a fait lorsque nous étions enfants, juste pour ce qu'elle m'a empêché de faire jusqu'à présent...
1989, les temps étaient durs, papa est parti à l'autre bout du monde et maman s'est retrouvée seule, sans revenu, à élever deux enfants. Des jumeaux.
Elle a tenu, six ans. Aidée par ses amies, elle subvenait à tous nos besoins, on logeait dans un petit appartement au Nord de Hambourg et elle commençait même à retrouver confiance en elle dans les bras de Gordon. Hélas, la vie en a décidé autrement. Gordon n'était que de passage dans sa vie, un profiteur de plus, ses amies l'avaient pourtant prévenu... Maman n'a pas voulu les écouter, les reniant ; lorsque Gordon l'a quitté, elle s'est à nouveau retrouvée seule.
C'est là qu'elle a pris la pire décision de sa vie, et de la mienne par la même occasion.
Un enfant vaut mieux qu'un. Elle a abandonné mon frère, mon jumeau, mon Tom.
Je n'ai pas compris, j'avais six ans.
Tom est parti un jour de décembre et je ne l'ai plus revu mais je ne l'ai jamais oublié.

On lui en faisait voir à maman ! Elle nous aimait profondément, tous les deux, mais la vie est injuste et vous pousse parfois à faire des choses horribles.
Je crois que la culpabilité la rongeait au plus profond d'elle-même et pourtant elle m'a toujours interdit de faire quoique ce soit pour retrouver mon frère, peut-être avait-elle peur d'affronter un possible regard de reproche ou de mépris.
La vie est injuste, je n'ai pas de père, mon frère a été abandonné et ma mère vient de mourir d'une maladie orpheline emportant avec elle tous ses secrets.
Je refuse de continuer de vivre en sachant que mon jumeau est peut-être à quelques rues d'ici, je vais désobéir, pour une fois.
J'ai assez d'argent pour entreprendre toutes les démarches qu'il faut, j'ai fait des études de journalisme et j'ai été engagé il y a quelques mois dans une boite. Je gagne bien ma vie, même si plus de la moitié de mon salaire est passé dans les soins pour ma mère, je vis dans un appartement spacieux juste à côté de mon lieu de travail et je peux me permettre quelques jours de congés.
S'il faut, je me ruinerai pour retrouver Tom.

Tout ce que j'ai pu récupérer de lui, c'est un carton que maman cachait dans le garage.
Je n'ai que ça pour te retrouver.

Je claque la porte et frictionne mes mains gelées, je dépose mon manteau dans l'entrée et part de suite explorer le carton poussiéreux entreposé dans mon salon depuis un mois déjà.
Des photos, de nous, enfants. J'en garde une que je glisse dans ma poche, je me souviens parfaitement du jour où elle a été prise.
Je soupire chassant ma tristesse et retourne à mes recherches.
Un acte de naissance, beaucoup de paperasse mais rien qui ne me renseigne sur les parents adoptifs de Tom ou la ville où il aurait habité.
J'allais reposer le carton dans un coin de la pièce lorsqu'une enveloppe tombe au sol, le cachet de la poste m'indique qu'elle a été posté l'année suivant le départ de Tom.
Je l'ouvre et en sors une feuille jaunie par le temps, certains mots ne sont plus lisibles pour ne pas dire tous... Mais je m'attarde sur cette lettre, à l'affût de la moindre information.
Rien, je ne décode absolument rien. Tout ce que je sais c'est que c'est la mère adoptive de Tom qui a écrit, elle écrivait peut-être pour donner quelques nouvelles.
Je replace la feuille dans l'enveloppe et l'observe. Je fais un bond quand je réalise que j'ai failli passer à côté de quelque chose de primordial ; le cachet ne comporte pas seulement la date mais aussi la ville d'où la lettre a été posté.
Je me redresse, cours dans ma chambre, je jette quelques vêtements dans un sac et quitte l'appartement.
Tom a passé son enfance à Magdeburg.

Ma voiture fait des siennes et je maudis le froid environnant, le moteur ronronne à plusieurs reprises avant de s'arrêter brusquement. Je jure à voix haute et tourne à nouveau la clef, miracle ! Le moteur émet un bruit sourd et je démarre en trombe.
Il me faudra bien deux heures pour atteindre Magdeburg, d'autant plus que la nuit est tombée...


Ça fait deux semaines que je suis installé dans un hôtel miteux en plein centre ville et pas de nouvelles de Tom.
Ne connaissant pas son non de famille actuel, il m'est difficile de trouver une piste concrète.

Je m'étale sur le lit et sors la photo de ma poche, je tends mon bras dans le vide et observe pour la énième fois le cliché.
Il me ressemble tellement.
Il me manque tellement.
Est-ce qu'il se souvient seulement de moi ?
Où es-tu Tom ?
Je soupire et replace la photo au fond de ma poche avant de tomber dans les bras de Morphée...

Les rayons du soleil s'immiscent dans ma chambre, m'aveuglant.
Je déteste m'endormir encore habillé, je suis sale et j'ai faim. Depuis quand est-ce que je n'ai rien avalé ? Si maman était là, elle n'aurait pas manqué de me passer une rouste, se foutant pas mal du fait que j'ai vingt ans et que je suis capable de m'occuper de moi, seul.
A son souvenir, un petit sourire étire mes lèvres, elle me manque beaucoup. Mais je sais que là où elle est désormais, elle ne souffre plus et c'est peut-être mieux comme ça.
Je me redresse faisant craquer mon dos et mes membres, j'ai l'impression d'être une loque humaine pourtant il faut que je me remette à mes recherches.

J'ai arpenté les rues en long et en large, montrant la photo de Tom enfant dans l'espoir que quelqu'un se souvienne de lui mais rien, strictement rien.
Je suis à bout, je n'ai toujours rien mangé et mon paquet de clopes et résolument vide.
Mes pas résonnent sur l'asphalte entrecoupé par le son d'une musique rock provenant d'un pub de l'autre côté de la rue. Un coup d'½il à ma montre m'annonce qu'il est déjà 22h.
Attiré, je traverse la rue et passe la porte en bois rouge du bar. Quelques visages se tournent vers moi mais les autres restent scotchés à la scène, sur laquelle trois adolescents font leur show.
Je m'installe au bar et commande un café, j'achète également un paquet de cigarette.
Mon regard se porte finalement sur la scène et sur chacun des membres du groupe, j'aurais jamais pensé qu'un bad boy pourrait faire du rock !
Je pourrais peut-être envisager de faire un article sur eux ; je prends deux trois notes dans mon calepin et concentre mon attention sur la musique.
Toutes mes pensées s'envolent, mais, le concert prend fin.
Je croise le regard du guitariste, celui au look de rappeur, et lui sourit avant d'applaudir.
Les discussions prennent place et je m'installe correctement face au bar, allumant ma cigarette, mon regard perdu dans le vide. Je pense à demain et aux autres jours qui vont suivre, il faut que je trouve un nouvel élément. Il faudrait que je me rende à l'école, il n'y en a qu'une, Tom a sûrement du la fréquenter, ils pourront peut-être me renseigner. Je l'espère.
Je tire à nouveau sur ma cigarette, laissant la nicotine s'immiscer dans ma gorge en fermant les yeux puis j'expire l'air, lentement, observant la fumée se disperser dans l'espace.

-Tu aurais du feu ?

Je tourne ma tête sur ma droite et rencontre le regard brun du guitariste. Il me fait un sourire et je lui montre mon paquet, il l'ouvre et récupère le briquet avec lequel il allume sa cigarette.

-Le concert t'a plu ?
-Oui, beaucoup.
-Je t'ai jamais vu par ici, tu es nouveau ?

Apparemment il a envie de faire la conversation, je tombe de fatigue mais un peu de compagnie ne me fera aucun mal.
Je vais tâcher de ne pas trop m'étendre sur ma vie, passer une soirée tranquille et peut-être récolter quelques informations supplémentaires sur Tom, ce garçon a à peu près le même âge que moi, ils étaient peut-être ensemble à l'école.

-Non. Je suis venu...voir mon frère.
-Ah.

L'espace de quelques secondes je décèle une lueur de tristesse dans ses grands yeux bruns mais la fatigue et le chagrin me jouent des tours.
Je lui adresse un sourire timide et lui demande depuis quand il joue de la musique.

On parle pendant plus d'une heure, il s'appelle Tomas, il a vingt ans, il fait des études de droit mais il se passionne pour la musique.
Je me surprends à oublier ma préoccupation première : mon jumeau et profite de ma soirée, ce dreadé a beaucoup d'humour, rire me fait beaucoup de bien.

-Et toi tu as des frères et s½urs ?

Il se crispe un peu et son sourire disparaît instantanément, je m'excuse et lui explique qu'il n'est pas obligé de répondre si ce sujet le dérange.

-Non c'est que...J'ai été adopté, j'ai deux s½urs mais de mes vrais parents j'ai un frère, jumeau, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Il s'appelle Bill.

L'air me manque et mes yeux s'ouvrent largement à mesure qu'il parle.
Non.
J'échappe la tasse que je tenais dans mes mains sur le sol, la laissant se briser en mille morceaux dans un bruit de fracas.
C'est ce que je voulais mais pas comme ça. Je ne m'y attendais pas, je ne suis pas préparé. J'ai l'impression de recevoir une gifle magistrale ; je me lève brusquement faisant tanguer mon tabouret qui finit sur le sol dans un bruit sourd.
Je n'arrive pas à détacher mes yeux de Tomas qui n'est autre que Tom, mon Tom.
Je porte une main à ma bouche alors qu'il me regarde incrédule. Je recule, trébuchant sur tout ce qui se trouve sur mon chemin. Je tente de rejoindre la sortie, j'ai besoin d'air.
Ma gorge se noue à chacun des pas qu'il fait vers moi en me demandant ce qui se passe ; comment ai-je fait pour ne pas reconnaître ce regard si semblable au mien ?
Il me tend une main rassurante mais, bizarrement, son geste m'effraie et j'accélère le pas vers la sortie, mon pied cogne contre quelque chose de dur et je tombe à la renverse.

Ma tête me fait mal, mon c½ur bat la chamade et les larmes glissent le long de mes joues sans que je ne puisse les retenir. J'ai mal.
Il fait noir, étrangement noir.
Je me sens léger puis étonnamment lourd, très lourd, comme si je m'enfonçais dans le sol
J'ai l'impression de faire un effort surhumain pour soulever mes paupières, Tom est assis près de moi, il y a du sang sur son tee shirt. Il est terrifié, ma tête repose sur sa main, dans son autre main il tient un téléphone.

-Ne t'endors pas, j'appelle les urgences.

Les urgences ? Je n'ai mal nul part, ou plutôt si : partout. Je sais pas, je sais plus.
Je vois flou et j'ai profondément sommeil mais je lutte, ne voulant en aucun cas manquer mes retrouvailles avec mon jumeau. J'ai des centaines de question à lui poser ; est-ce qu'il était heureux ? Est-ce que ses s½urs sont gentilles ? Est-ce qu'il est marié ? Est-ce qu'il vit encore chez ses parents ? Est-ce qu'il aime le miel autant que moi ? Quelle est sa couleur préférée ? Sa chanson préférée ? Son film préféré ? Son plat préféré ? Est-ce qu'il sort souvent ? Est-ce qu'il a un chien comme il le voulait tant quand il était petit ?...
Il se souvient de moi, il l'a dit mais est-ce qu'il aimerait me revoir ?

-Comment tu t'appelles ? Parle-moi.

Je me noie dans ses prunelles, mes larmes ne s'arrêtent plus de couler.
Il bouge un peu sa main, posant ma tête sur le sol le temps d'attraper ce qui semble être un torchon. Sa main est ensanglantée, il l'essuie sur son tee shirt et je manque de vomir en voyant tout ce rouge. Il appuie sous ma tête à l'aide du tissu et réitère sa question, m'obligeant à rester éveillé.
Je détache mes yeux juste quelques secondes de Tom et remarque qu'il y a beaucoup de monde autour de nous, ils me regardent tous horrifiés et choqués.
Je commence à prendre peu à peu conscience des évènements ; pourquoi est-ce que je ne ressens rien sinon les battements affolés de mon c½ur ?
Je me concentre, comme si articuler nécessitait un effort important et reporte mon attention sur...mon frère.

-Je m'appelle Bill. Tom, c'est moi.

Son regard s'affole et il manque de lâcher ma tête sur le sol, il scrute mon visage dans les moindres détails. Sa bouche s'ouvre puis se referme sans qu'aucun mots n'en sortent alors qu'un flot de larmes dégringole sur ses joues.
Mon c½ur se serre dans ma poitrine et à nouveau le souffle me manque.
J'halète et parviens à attraper la photo abîmée dans la poche de mon jean, j'en déchire un morceau dans mon geste brusque et lui tends le cliché.
Il l'attrape et son regard jongle entre la photo et moi, de ma main je viens toucher la peau de sa joue humide. Je la caresse du bout des doigts, une bouffée de bonheur me submerge mais mes yeux se ferment...
Je sombre peu à peu, rester éveiller devient une véritable épreuve. Mon bras retombe sur ma poitrine, une douleur profonde se réveille à l'arrière de ma tête, tout le long de ma colonne vertébrale et dans mon c½ur. Je ne vois plus rien, tout est noir. Encore.
J'entends seulement Tom qui sanglote et qui murmure mon prénom, sa main libre passant inlassablement sur mon visage dans de douces caresses.
Je l'ai retrouvé. Mon frère, mon jumeau, mon Tom.
Est-ce que je suis vraiment en train de sourire ?
Je perçois le son d'une sirène puis plus rien.
Le noir fait place au blanc.
Où suis-je ?



Je rêve encore. J'en ai marre de rêver.
Depuis quand est-ce que je rêve ?

Toujours ce blanc, toujours ce vide.
Etrangement je me sens plus fort que d'habitude ; j'ai déjà essayé d'ouvrir les yeux, dire à Tom que tout allait bien et le ramener avec moi, chez moi, rattraper le temps perdu. En vain, je restais prisonnier de cette étendue blanche, incapable de faire le moindre mouvement, de dire ou d'entendre quoique ce soit.
Mais là, c'est différent, je me sens serein et j'ai l'impression de déborder d'énergie. Autant la mettre à profit ; je concentre toutes mes pensées sur Tom et parviens à soulever mes paupières.
Le blanc disparaît peu à peu et fait place à quelque chose de plus flou, gris, peut-être bleu. Je patiente et distingue clairement le gris bleuté d'un mur, je suis allongé dans un lit d'hôpital. Un lit d'hôpital ?
Mon dieu mais qu'est-ce que je fais là ?
Quelques secondes de plus et je sens que ma main droite est prisonnière, je tourne un peu ma tête et mon c½ur s'emballe quand j'aperçois une tête blonde.
Tom s'est endormi, sa tête enfoncée dans le matelas, sa main dans la mienne, son corps à deux doigts de tomber du fauteuil en cuir bleu.
Je remue mes orteils pour être sur que mon cerveau est à nouveau aux commandes de mon corps et sourit à m'en décrocher la mâchoire ; enfin presque. J'ai un horrible masque sur la bouche qui m'empêche de prononcer le moindre mot mais qui m'est tout de même nécessaire pour respirer.
Je bouge les doigts de ma main droite, frôlant ceux de mon jumeau qui ne tarde pas à se réveiller. Il fronce les sourcils et s'assoit correctement sur son siège avant de porter son attention sur moi.
Ses yeux s'ouvrent largement quand il rencontre les miens.
Depuis quand est-ce que je dors ?
Je ne peux retenir mes larmes qui viennent mourir sur le gros oreiller blanc sur lequel repose ma tête. Il approche ses mains de mon visage et essuie mes joues avec ses pouces mais je n'arrête pas de pleurer pour autant, trop d'émotions.
J'accroche mes mains à ses bras, touchant sa peau douce, la même que maman. Il prend mes mains dans les siennes et pose un baiser sur mon front, je broie ses doigts l'empêchant de s'éloigner de moi. Il sourit.

-Je vais appeler un médecin pour qu'on te retire le masque et qu'il te fasse les examens nécessaires.

Je suis pas malade. Je comprends pas et il le voit, il m'explique que lorsque je suis tombé dans le bar je me suis ouvert la tête, profondément. Puis, jusqu'à aujourd'hui j'étais dans le coma et ce, depuis un mois déjà...
Ça fait un mois que j'ai retrouvé mon frère et je ne pense qu'à dormir ?! Ah non ! Qu'il l'appelle ce médecin et que je sorte d'ici, vite.
L'impatience prend le dessus, je gesticule dans le lit, arrache le masque d'une main et m'extirpe des draps avec difficultés.
J'ai à peine le temps de remarquer que je porte une de ces horribles blouses bleue que je me jette sur Tom. J'encercle son cou de mes bras et cale ma tête sur son épaule ; sans le masque j'ai des difficultés à respirer et l'émotion n'améliore guère la situation. Je suffoque mais je ne lâche pas le corps de mon frère, je l'étreins à l'en étouffer. Il m'a tellement manqué.
Ses bras se nouent autour de ma taille et je sens ses larmes inonder mon cou, son souffle court sur ma peau réveillant mon épiderme.
Petit à petit, ma respiration se fait plus régulière et je caresse la peau de son cou du bout de mon nez, je respire son odeur pour ne plus l'oublier.
A partir d'aujourd'hui je ne le lâcherai pas d'une semelle, quitte à passer pour un chieur, Tom m'aura à ses basques jusqu'à la fin de sa vie, et de la mienne par la même occasion.




£µtt!

# Posté le jeudi 30 octobre 2008 05:07

Modifié le jeudi 30 octobre 2008 05:53

OS n°20

OS n°20
Date d'écriture : 13 août 2008.
Titre : Le coup de pouce de Georg.
Note : J'ai aimé écrire cet OS du POV de Georg mais, la chute de l'histoire arrive peut-être un peu trop vite...




POV Georg.


-Depuis quand Bill porte des jupes ?!
Je croise le regard étonné de Tom, il s'approche de moi et attrape son portable entre mes mains.
Je m'étais permis d'aller farfouiller du coté de ses photos et voilà que je retrouve Bill, assis sur un banc dans le quartier où résident les jumeaux, et visiblement vêtu d'une jupe noire.
Je retiens un rire moqueur alors que Tom me regarde incrédule, ses yeux passant de l'écran de son mobile à mon visage rieur.
-Mais ce n'est pas Bill.
Mon visage se crispe, je reprends le mobile et lit le titre donné à la photo en question.
Ma bouche s'ouvre involontairement et il me semble que ma respiration s'accélère ; alors j'avais raison. J'avais raison depuis ce jour là...


-Flash-back-


-Toi, t'es pas en forme. Je lance à l'attention de Tom, en train d'agoniser sur une marche de notre hôtel.
Il me répond par un vague sourire et porte sa cigarette à ses lèvres dans un geste que je qualifierais de nerveux. Je m'assois près de lui et tapote gentiment dans son dos ; il pose ses coudes sur ses genoux et maintient sa tête entre ses mains. Il relève un peu la tête et croise mon regard, il a bu. Beaucoup bu.
-T'as vidé combien de litres pour être dans cet état ?! Je lui demande, la voix calme.
Il me répond par un simple haussement d'épaules avant d'exploser de rire, sa tête se renversant en arrière. Il inspire une nouvelle bouffée de nicotine et rejette la fumée sur mon visage, je toussote sous l'effet de surprise et l'oblige à se redresser. Ses pupilles naviguent de droite à gauche, comme si elles cherchaient désespérément à se stabiliser. Je rigole un peu devant son air benêt, je l'ai déjà vu dans cet état, maintes et maintes fois, mais là, il y a autre chose et je ne lèverais pas mon cul de cet escalier de béton avant qu'il n'ait lâché le morceau.
-Où étais-tu pendant tout ce temps ?
C'est vrai, je me souviens être resté avec lui une bonne partie de la soirée -comme d'habitude- et après il a disparu. J'imagine qu'il a sûrement du se trouver une jolie fille et s'il est assis sur les marches d'un hôtel, ce n'est pas pour rien. Et alors ? Qu'est-ce qui ne va pas là-dedans ? Tom fait tout le temps ça ; il sort, il boit, il ramène une fille, il la baise et il se casse. Il a toujours fonctionné comme ça, c'est sa manière à lui de « profiter de sa jeunesse » et je crois être celui qui comprend le mieux cela. Avec Tom, je partage beaucoup de choses, c'est mon meilleur ami mais je n'aime pas trop ce terme, il n'y a pas de « meilleur ». Tom, c'est Tom. Avec lui j'ai fait les pires conneries, je me suis pris les meilleurs fous rires, j'ai également pleuré, et bien sûr j'ai vécu et je vis un rêve : Tokio Hotel.
Bien sûr, il y Gustav et Bill, je suis aussi très proche d'eux mais ce n'est pas pareil. Tom et moi, on se comprend, on a le même humour et les mêmes principes.
-Geo' j'crois que j'ai fait une trèèèès grosse bêtise.
J'aurais envie de rire, seulement malgré l'alcool qui coule dans son sang, il semble apeuré. Il entame une deuxième cigarette, ne manquant pas, une fois de plus, de m'envoyer la fumée en pleine figure.
-Bill m'a chauffé ce con.
C'est plus fort que moi, un petit rire sonore sort de ma bouche. Bill tient encore moins l'alcool que son frère alors j'imagine déjà le spectacle.
-Il avait pas bu une goutte, ou alors juste un verre. Ajoute-t-il, soudainement très sûr de lui.
Je lui fais un signe de tête pour l'encourager à continuer, quelque chose me dit que ça va pas être triste ! Tom a toujours tendance à exagérer les choses ; quoi ? Ils ont couché avec la même fille ? Et alors, on l'a bien fait nous -enfin presque, avec la même fille mais pas le même soir-
Tom se concentre, ses yeux se fermant l'espace de quelques secondes, pour remettre ses idées dans l'ordre pensais-je ce jour là. Or, aujourd'hui je sais qu'il retenait simplement ses larmes. Oui, car malgré son apparence de gros dur, je l'ai déjà trouvé en pleurs dans sa chambre, soit parce que ses nerfs lâchaient, soit parce qu'il s'était fâché avec Bill -et Dieu sait à quel point il a horreur de ça-, soit parce que...parce qu'il avait juste envie de pleurer.
-Je crois, poursuit-il, que j'avais déjà trop bu. Je sais pas pourquoi, y'avait toutes ces lumières, toutes ces couleurs, je n'entendais plus que la musique et je ne voyais plus que lui. Il termine dans un souffle et je comprends qu'il parle de la boîte de nuit où nous étions sortis ce soir là. Je saisis aussi qu'il fait allusion à son frère.
-Toi, dit-il en pointant son index sur mon torse, tu vas me détester.
Ses yeux brillent dans l'obscurité, son visage reflète le regret et la tristesse.
Que s'est-il passé bon sang ?!
-Tom, tu voudrais pas aller prendre une douche ?
-Non. Je veux pas rentrer !
Son visage se retrouve à nouveau entre ses mains et il commence à se balancer d'avant en arrière, murmurant des choses totalement incompréhensibles.
-Je te laisse pas le choix, je comprends que dalle à c'que tu me racontes. Allez hop ! Où est ta clef ?
Il se lève brusquement, me balançant un gentil « Merde » au visage, et longe le trottoir jusqu'au banc situé un peu plus loin. Il manque de tomber à deux reprises mais arrive sain et sauf sur l'assise, il s'y allonge comme un pauvre clochard.
Je le rejoins en aussi peu de temps qu'il faut pour le dire, le saisis par les épaules et l'oblige à me faire face.
-Tom. Mon ton est plus méchant que ce que j'avais prévu, peut-être parce qu'une certaine hantise m'envahit.
Je le secoue par les épaules et une larme glisse le long de sa joue.
-J'ai couché avec Bill, mon frère putain !
Il se retire de mon emprise et s'éloigne un peu plus de l'hôtel.

Je reste comme un con sur le trottoir, la bouche ouverte, mon regard ancré sans intérêt dans la bâtisse qui me fait face. Je ne peux pas le croire, c'est juste...impossible.
Tom et Bill.
Ils ont toujours été très proches mais jamais comme ça ; ils s'aiment d'un amour qu'eux seuls sont aptes à comprendre mais de là à...Non.
Est-ce que l'alcool le fait divaguer à ce point ?
Mille et une pensées traversent mon esprit, Tom a disparu de mon champ de vision, si ce qu'il dit est vrai alors je veux bien comprendre qu'il ait besoin de s'isoler.
Un coup d'½il à ma montre m'annonce qu'il est très tard, ou très tôt. Je décide de laisser Tom seul, il en a sûrement besoin, de toute façon je ne sais pas où il se trouve, j'espère seulement qu'il ne fera pas de conneries.
J'attrape la clef de ma chambre au fond de la poche de mon jean et, en passant devant la chambre de Tom je remarque que la porte est mal refermée. Je la pousse doucement, espérant inconsciemment que Tom soit rentré se doucher ou se coucher, enfin remédier à son état en somme. Je regrette aussitôt d'avoir ouvert la porte quand je remarque la présence, non pas de Tom mais de Bill, dans le lit, visiblement peu vêtu. Le drap blanc enveloppé maladroitement autour de son corps et s'arrêtant juste en bas de son dos. Sa tête repose sur ses mains jointes et il dort profondément puisqu'un faible ronflement me parvient aux oreilles.
Je comprends maintenant pourquoi Tom ne voulait pas rentrer prendre sa douche...
Mais comment ont-ils pu en arriver là ?
Je referme la porte délicatement et m'en retourne à ma chambre, bien que l'idée de dormir m'est fatalement passée.
Je ne prends pas la peine de me déshabiller et me glisse sous mes draps, mes pensées toutes dirigées vers une seule et même chose. J'analyse le pour et le contre, des images plus ou moins intimes s'immiscent parfois involontairement dans ma tête.
Ils sont jumeaux, victimes de ce fameux « lien », les évènements (l'alcool, l'ambiance, le jeu qui s'était installé entre eux...) ont fait que leurs sentiments respectifs se sont exprimés d'une autre manière. Ou alors peut-être se vouent-ils secrètement un amour sans limite ? Non, ça j'ai du mal à le croire, Tom m'en aurait parlé, ou alors il me l'aurait sous-entendu.
Je me retourne une fois de plus dans mon lit lorsqu'on frappe à ma porte, je regarde l'heure, cela fait seulement une heure que je suis couché.
-C'est Tom, tu dors ?
Je me lève et lui ouvre, il est là, tout penaud sur le pas de la porte, il semble s'être dégrisé. Il s'assoit sur le bord du lit et m'explique qu'il ne préfère pas rentrer dans sa chambre parce que Bill s'y trouve, nu. Il reprends depuis le début, ne lésinant pas sur certains détails...
-Y'avait une bonne ambiance dans cette boîte, Bill était en forme ! Il sourit tendrement. Je crois qu'il était fier du concert de la veille, remarque y'avait de quoi !
Je retiens difficilement une petite vanne dans laquelle j'assurerais que le succès de ce concert n'est dû qu'à mon incroyable talent de bassiste, Tom m'en dissuade par un regard désolé.
-Je t'écoute.
Il prend une nouvelle inspiration et poursuit :
-J'étais assis, avec toi d'ailleurs, en train de mater les beaux lots de cette soirée et puis tu es passé à l'attaque. J'étais seul et Bill s'est ramené avec sa gueule d'ange, il s'est assis sur mes genoux et je sais pas ce qui lui a pris mais il a commencé à me dire des trucs, il hésite, des trucs très cons...mais très excitants.
Il tente un regard vers moi et je lui fais comprendre d'un signe de tête que je suis prêt à entendre la suite. Enfin, presque.
-J'avais pas mal bu, ça me faisait rire. Je suis rentré dans son petit jeu, ne pensant pas une seule fois aux conséquences, si seulement... Je sais pas comment, ni pourquoi mais je l'ai embrassé. En plein milieu de la boîte, quelqu'un aurait pu nous voir.
Je déglutis face aux images qui défilent dans ma tête ; si David apprenait ça il les tuerait, c'est certain.
-Evite de faire ce genre de tête, c'est pas très encourageant. Lance t-il alors que j'imagine les grumeaux en train de se rouler un patin.
-Excuse, ça fait beaucoup en une soirée mais continue, au point où j'en suis !
Il rigole un peu, un rire faux. Lui, ça ne l'amuse pas.
-Bref. Tout s'est précipité, je n'ai que de vagues souvenirs jusqu'au moment où...
A nouveau, son regard croise le mien et j'y lis toute la détresse et la désolation que ce souvenir lui procure. Je l'encourage d'un faible sourire et passe une main rassurante dans son dos.
-Jusqu'au moment où on s'est retrouvé dans ma chambre, plutôt excités. La suite, j'ai pas besoin de te la raconter. Comment j'ai pu lui faire ça ?!
Il plaque ses mains sur son visage et soupire profondément, je fronce les sourcils face à sa dernière phrase. Je l'interroge donc quant à ses précédentes paroles.
-Tu sais, c'est moi qui...enfin...tu vois quoi. J'ai l'impression de l'avoir sali, de lui avoir volé quelque chose. Je m'en veux tellement, tellement.
Oui, je vois et je ne suis pas d'accord avec lui, mais alors pas du tout. Je l'oblige à me faire face et tente de donner un air sévère à mon regard.
-Vous étiez deux à le faire. Tu n'as pas à penser que tu es coupable de quoi que ce soit. D'accord ?
Il se contente d'hocher la tête sans grande conviction.
La soirée, ou plutôt la nuit, se poursuit ; j'apprends qu'il regrette évidemment ce qu'il s'est passé mais que malgré tout, pour lui, ça reste un bon moment parce que c'est Bill. Son Bill.


Deux jours plus tard, Tom était venu disputer une partie de playstation avec moi et il avait vaguement évoqué sa discussion avec Bill, suite à leur « erreur ». Celui ci avait apparemment décidé qu'il valait mieux ne plus en parler et oublier. Tom s'était contenté d'obéir et j'avais du, à mon tour, faire la promesse que tout cela devait rester secret, pour ne pas dire tabou. Mais je savais, je savais parfaitement que, ni lui, ni Bill, ne banniraient cet épisode de leurs mémoires...
Ce soir là, les jumeaux avaient réveillé de nouveaux sentiments, plus forts, et ils ne pourraient pas passer outre le restant de leur vie. Il y aurait forcément un jour où il y aurait une faille, une dispute qui amènerait à en reparler ou autre chose, comme cette photo.
Elle n'est certes pas de très bonne qualité, j'aurais mis ma main à couper qu'il s'agissait bien de Bill assis sur ce banc, légèrement de profil, une main cachant une partie de son visage.
Mais non, l'intitulé le signifie bien, il s'agit d'Eva, la petite amie attitrée de Tom depuis deux semaines maintenant. Il avait prévu de nous la présenter demain, ça avait l'air sérieux, il ne cessait de nous vanter les qualités de sa jeune compagne. Enfin, surtout quand Bill était présent. Je ne suis pas dupe, il cherchait juste à le rendre jaloux parce qu'il l'aime bien plus qu'il ne veut l'avouer et, même si leur relation est dérangeante, je suis prête à l'accepter parce que je les aime ces deux petits cons, comme des frères. Je veux leur bonheur et si c'est ensemble qui le trouve alors je les soutiendrai, et Gustav aussi.
Mais pour l'instant, je dois faire en sorte que chacun se rende compte de leur bêtise ; oui, car leur erreur n'est pas d'avoir couché ensemble mais plutôt d'avoir voulu oublier cet épisode. Sérieusement, aurez-t-ils fait l'amour s'ils n'en avaient pas envie ? Parfois, je me dis que j'ai bien fait de faire des études de psychologie, sans moi ces garçons seraient perdus ! Ah, modestie quand tu nous tiens !

-C'est vraiment Eva, « la » Eva ?
-Ben oui, qu'est-ce que tu crois ?

Il m'arrache le portable des mains et le pose sur la table de nuit avant de s'étaler sur son lit encore défait. Je ne bouge pas d'un pouce, debout au milieu de la chambre, j'attends une explication, une révélation.
-Quoi ? Me lance t-il.
-Rien, tu ne trouves pas qu'elle a un air de ressemblance avec ton frère ?
-N'importe quoi !
Rit-il avant de se redresser pour s'asseoir.
-Tom.
-Je sais ce que tu vas me dire, tu te trompes !
Lâche t-il, son sourire s'effaçant instantanément.
-Ah ? Et qu'est-ce que j'allais te dire ? Je demande avec grand intérêt.
-J'ai pas envie d'en parler, laisse-moi tu veux ?
-Je me trompe pas et tu le sais, ta nana c'est le sosie de ton frère. Elle s'habille pareil, se maquille pareil, elle a les cheveux noirs, les yeux bruns, elle a le même piercing, me dis pas que c'est un hasard.

Je m'énerve, leur entêtement m'exaspère.
Tom ne me répond pas, il sait que j'ai raison et son silence me le confirme. Ses yeux se braquent sur la fenêtre alors qu'il me demande, une fois de plus, de quitter sa chambre. Je sais qu'il ne me tiendra pas rigueur de tout ce que je lui inflige, c'est quelqu'un de bien. Et puis, je fais ça pour lui, pour eux.
-Une dernière chose Tom, tâche d'aller parler à Bill.
-Je n'irai pas.
-Très bien. Moi, j'irai.

Ses yeux croisent à nouveau les miens.
-Je te le déconseille.
-Je vais pas me gêner !

Je claque la porte et vais de ce pas toquer à celle de Bill, quelques mètres plus loin.

Il m'ouvre au bout d'un court instant, vêtu uniquement d'un boxer, ses yeux endormis, sa main frottant sa joue comme pour se réveiller pour de bon. Je lui fais mon plus beau sourire mais je n'échappe pas pour autant à ses reproches. Bill a horreur d'être dérangé le matin, d'autant plus quand il sommeille encore.
Il me laisse entrer et s'engouffre sous la grosse couverture, m'écoutant d'une oreille.
-Tu l'as déjà vu la copine de Tom ?
Sa tête se redresse légèrement et il m'offre un regard méprisant.
-Me dis pas que t'es venu me réveiller pour me parler de...d'elle.
-Pas exactement. Alors, déjà vu ?
J'insiste.
-Oui, on s'est croisé une fois. Soupire t-il avant de reposer sa tête sur l'oreiller.
-T'en pense quoi ?
-Je m'en fous !
Il rage, sa main tapant sur la couette.
Je l'appelle, et réitère ma question. Il finit par s'asseoir sur le lit, voyant que je ne suis pas prêt de le laisser dormir. Il cale son dos contre le mur et me dit qu'il la trouve plutôt « cool », peut-être un peu timide.
-Elle a le même look que toi. Je précise.
-Oui, je devrais demander des droits ! rigole t-il.
-Tu ne trouves pas qu'elle te ressemble ?
-Non.

-Bill. Je soupire.
-Quoi ?
-Si tu devais avoir une jumelle, ce serait elle, sans aucun doute.
-Un jumeau me suffit.
Annonce t-il avec une pointe d'humour.
-Tiens, parlons-en de ton jumeau.
La seule réponse que j'obtiens est un long soupir désintéressé. Bill sait que je suis au courant des évènements de la soirée, datant d'il y a deux mois maintenant, il n'approuve pas mais il n'a pas le choix.
-T'es aussi borné que ton frère ! Cette Eva là, c'est ton portrait craché. Tout ce qui fait la différence, c'est sa poitrine, et encore. Certains traits diffèrent aussi mais la ressemblance est frappante, y'a bien que toi et Tom qui l'ignoraient.
-Bon, peut-être qu'elle me ressemble un peu, et alors ?
-« Et alors ? »
Je répète avec énervement.
Ils sont en train de me faire devenir chèvre ! Un petit effort, c'est trop demandé ?
Je m'écrase dans le fauteuil rouge dans l'entrée, laissant paraître mon exaspération et ma fatigue. Oui, je suis fatigué de jouer les entremetteurs, fatigué de leur mâcher les mots.
-Bill, Tom va mal.
Il baisse la tête, lui aussi vit mal ce passage mais il a toujours plus de facilités à cacher ses émotions, seulement on ne peut pas feindre éternellement...
-C'est à cause de cette soirée, hein ? Sa question résonne plus comme une affirmation et je hoche la tête alors qu'il ne me regarde même pas, ses yeux dans le vague.
-Va lui parler.
-Je peux pas, je lui ai déjà dit d'oublier.
-Parce que tu croies qu'il a pu ?!

On dirait deux gamins, mais je me surprends à les trouver mignons. Ils me font de la peine, tout comme ils s'en font réciproquement.
Avant même que Bill ne me pose la question, je l'informe que Tom est dans sa chambre, parfaitement réveillé, n'attendant que lui. Je souris quand je vois Bill enfiler son jogging turquoise et un vieux tee shirt blanc sur lequel trône le logo de notre groupe.
Il quitte sa chambre et j'attends quelques secondes pour le suivre et coller mon oreille à la porte... Quoi ?! Je m'assure simplement qu'ils seront sincères et que mon plan n'a pas échoué.

-Je peux te parler ? Lance timidement Bill.
-Georg est venu te voir n'est-ce pas ?
-Oui mais je serais venu quand même.

Alors ça, ça m'étonnerait !
-Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Demande Tom, plutôt méfiant.
-Rien, juste que ta copine me ressemblait.
-Oh c'est pas vrai !

Je m'agenouille sur la moquette et regarde discrètement par la serrure, Tom est assis sur le lit, légèrement penché en arrière, ses mains de part et d'autre de son corps le maintenant en appui. Bill est debout devant lui, les mains dans les poches, un faible sourire sur les lèvres.
-Si, c'est un peu vrai quand même.
Le brun rejoint son frère sur le lit, leurs regards s'accrochant pour ne plus se lâcher. Dans ces moments, je me sens toujours de trop, c'est tellement intime, inaccessible, personnel.
-Ecoute Bill, je sais de quoi tu es venu discuter.
-On avait dit qu'on oubliait tout.
Présente Bill de façon mensongère.
-Je peux pas oublier, je ne peux pas t'oublier.
J'aperçois juste les joues de Bill prendre une teinte rosie alors que Tom s'élance dans la chambre, est-il en colère ou simplement à bout ?
-Moi non plus je ne peux pas oublier. C'est presque un murmure qui met fin aux allers retours incessants de Tom dans la chambre.
Il revient et s'agenouille devant son frère, toujours assis sur le lit. Il ferme les yeux, rassemblant tout son courage pour faire sa demande. Comment je le sais ? Je le connais par c½ur ce gosse, rien de plus. Quand il ferme les yeux ainsi c'est qu'il concentre son sérieux. Les mains de Bill saisissent celles de son jumeau et je me sens terriblement gêné d'assister à ce spectacle.
-Bill, tu es tout ce que je souhaite et...et... Il soupire, ce n'est pas facile pour lui.
Tom n'est pas un grand sentimental, loin de là. Je reste scotché face à son annonce, je trouve ça beau et tellement logique. Je n'avais jamais pensé que les jumeaux pourraient vivre avec quelqu'un d'aussi parfait que leur reflet ; pour Tom, Bill est parfait et la réciproque est véridique.
Un timide sourire se dessine sur les lèvres du brun alors que ses mains se resserrent autour de celles de son double, à en voir la jointure qui blanchit.
-Je crois qu'il me manque le 95 C ! lance t-il dans un petit rire, je souris à mon tour remarquant que Bill n'a pas fait abstraction de ce que je lui avais dit peu de temps auparavant.
Tom ne sourit pas, ce qui refroidit un peu Bill. Il est tellement sérieux que ça en est troublant, je ne pensais pas que ça lui tenait tant à c½ur. Oui il n'allait pas bien depuis cette fameuse soirée mais à ce point... Tom est toujours le premier à sortir une blague vaseuse, à rigoler de celles des autres, là, c'est comme s'il n'avait pas entendu. Il pose leurs mains liées sur les cuisses du brun et tâche de rencontrer le regard de ce dernier.
-Je m'en fiche de ça. J'aimerais qu'on essaye quelque chose...tous les deux.
Ses mots sont confus, j'ai l'impression de me prendre une baffe magistrale, je ne connais pas ce Tom là. Le Tom sensible, amoureux ? Bill est aussi perplexe que moi, sa bouche s'ouvre légèrement sans qu'aucun mot n'en sorte et ses yeux naviguent de droite à gauche sur le visage du blond.
-Je comprends que tu ne veuilles pas ou que tu aies peur mais voilà, je préfère que tu le saches.
Il se lève, dénouant leurs mains, je pense qu'il prend le silence de son frère pour un refus. Il a tort, Bill est dans le même état d'esprit, il est juste surpris.
-Et Eva ? Demande t-il, peu sûr.
Tom s'arrête au milieu de la chambre, tournant le dos à son double, sa voix grave prend le dessus.
-Elle m'a largué, tu prenais trop de place, c'est ce qu'elle a dit.
Trop de place dans son c½ur.
Bill se lève rapidement et attrape le poignet de son frère avant qu'il ne quitte la chambre (c'est là que je réalise que je n'avais pas pensé à déguerpir !).
Le blond se retourne et caresse tendrement la joue de son jumeau, je me surprends à frissonner face à ce geste, puis lui fait un sourire, sourire de compréhension.
-Je veux, je veux bien essayer.
Comment ça je suis niais ?
Une pointe de fierté se fait sentir, c'est un peu moi qui les ai poussés l'un vers l'autre. Même si j'appréhendais ma propre réaction face à leur couple, je suis plutôt heureux. Tom et Bill, c'est juste une évidence et je les soutiendrais autant qu'il le faut.
Je sors de mes réflexions et reporte mon regard sur la serrure, ils s'embrassent. Leurs mains liées entre leurs deux corps. Je suis ému.
Le baiser prend fin et Bill glisse sa bouche vers l'oreille de son jumeau, ce dernier sourit avant de s'exclamer :
-Georg dégage !
Oups.
Et voilà comment on est remercié !
Heureux, je rejoins ma chambre et les laisse se retrouver comme il se doit...



£µtt!

# Posté le jeudi 30 octobre 2008 05:22

Modifié le jeudi 30 octobre 2008 05:54

OS n°21

OS n°21

Date d'écriture : 28 septembre 2008.
Titre : Election.
Note : Je tiens beaucoup à cet OS et j'ai besoin de vos avis sincères. /!\ Bill et Tom ne sont pas jumeaux.






Avril 2008.

Pour les animaux, c'était la saison des amours. Les oiseaux batifolaient dans le ciel, les chats erraient dans la rue quand il faisait jour et arpentaient les toits des maisons dès que la nuit tombait sur la ville. Certains, plus discrets, faisaient appel à leur sens et à leur capacité particulière pour héler le sexe opposé et entamer une douce relation qui serait pourtant éphémère.
Pour les végétaux, c'était simplement le printemps. Les arbres bourgeonnaient, les fleurs s'épanouissaient au soleil, leurs pétales colorées en ébullition attirant tous les insectes alentours. L'herbe verdoyait et partout les arbres fruitiers donnaient naissance à leur production sucrée et parfumée.
Pour les habitants, l'heure était aux élections. Les affiches des candidats postulants jonchaient les murs des mairies et autre lieu de passage, personne ne pouvait y échapper. Ces élections engendraient une forte pression médiatique dans tout le pays, les journaux télévisés y consacraient au minimum une demi-heure et plusieurs émissions naissaient dans le but de soutenir tel ou tel candidat et engager des débats sur des sujets plus ou moins en rapport avec la politique.

Pour Bill, cette époque de l'année signifiait amour, printemps et élection. Seulement, lui, ne savait pas qu'il aurait à y faire face...


Bill était un jeune homme heureux, il aimait sa femme profondément avec laquelle il envisageait de fonder une petite famille comprenant trois enfants au minimum.
Son travail de journaliste le passionnait, plus particulièrement parce qu'il s'investissait pour la rubrique « musique » d'un célèbre magasine allemand. Chaque semaine, il allait à la rencontre de groupes plus ou moins connus et réaliser des articles sincères, qui lui avaient d'ailleurs valu une réputation. En effet, sa subjectivité pouvait effrayer certains personnes, il ne mâchait pas ses mots quand le groupe qu'il avait interviewé précédemment ne lui plaisait pas, et, il avait peut-être tendance à en faire un peu trop lorsque le groupe, au contraire, lui faisait battre le c½ur. C'était comme ça et son patron ne semblait pas s'en plaindre, les lecteurs en redemandaient toujours plus, appréciant la sincérité et l'audace dont faisait preuve le jeune homme.
Marié à l'âge de 21 ans, Bill n'avait eu d'autre choix que d'emménager avec sa jeune épouse, âgé de 19 ans seulement à l'époque. Aujourd'hui, il avait 24 ans et était un homme comblé bien que son travail prenait parfois le dessus sur sa vie personnelle et familiale.


13 avril.

Ses santiags claquaient sur le sol alors qu'il se rendait à son travail, son sac sur l'épaule, un classeur dans la main, il semblait serein ce matin là. Et il avait de quoi, on lui avait annoncé une nouvelle interview.
Il aimait la musique et détestait le fait qu'il ne soit doué pour aucun instrument, il avait pourtant essayé à maintes et maintes reprises mais son impatience et son entêtement avait eu raison de lui et il avait abandonné toute tentative. C'est pourquoi il portait une grande admiration pour toutes les personnes qui parvenaient à le faire voyager rien qu'en assemblant quelques notes de musique et accords fastidieux. Malheureusement, il arrivait des jours où certaines se présentaient et faisaient ce que Bill appelait « du bruit ». Bill n'aimait pas le bruit, il n'aimait pas qu'on gâche un si bel art -la musique- en prétendant qu'il s'agissait d' « un nouveau son qui allait faire fureur ». Ça, non, il en était certain et il se faisait une joie de le faire savoir à tous les lecteurs et lectrices du magazine.

Il glissa son pass le long de la borne automatique et la porte se déclencha, il la poussa et rejoignit directement son bureau sur lequel il posa ses affaires de manière désordonnée. Il ressortit pour aller saluer ses collègues et s'arrêta à la machine à café pour sa dose de caféine journalière. Un coup d'½il à sa montre lui annonça qu'il était l'heure de retrouver « The swap », c'était la seule information qu'il possédait à l'heure actuelle : le nom du groupe.
Il entra dans la petite pièce consacrée aux interviews et salua chacun des membres du groupe, ils étaient trois et semblaient tous à peu près du même âge. Il prit place sur le siège en face d'eux et débuta l'interview par quelques questions banales. Comment avait-il commencé la musique ? Comment s'étaient-ils rencontrés ? Qui écrivait les morceaux ? Qui jouait quoi ?
-Je joue de la guitare. Lança un dreadé au style assez décalé pour être membre dans un groupe de rock.
Bill adorait ça, il aimait la différence et l'originalité. Dès son entrée dans la pièce, ses yeux s'étaient arrêtés sur le guitariste en question et avaient eu du mal à se détourner sur les autres musiciens que Bill trouvait plus « banals ». Il s'appelait Tom et Bill s'avait d'avance que le jeune homme avait un grand avenir devant lui, sans même l'avoir écouté jouer.
Il enchaîna les questions, s'intéressant de près au look peu commun du dreadé.
-Je pense que seule la musique compte, le look, c'est secondaire.
Bill n'avait pu qu'approuver, lui qui cherchait toujours la petite faille avait laissé filer une occasion de réduire en miette ce groupe encore peu connu de la population. Il aurait pu dire qu'avec un accoutrement pareil, jamais personne n'écouterai leur musique, pensant que le groupe ne savait pas ce qu'était le rock en réalité. Pourtant, Bill croyait le contraire et aujourd'hui il n'était pas d'humeur à casser les espoirs de trois jeunes hommes en manque de reconnaissance.
Bill ne se faisait une opinion concrète seulement après avoir écouté un morceau interprété par les groupes mais ce matin là, il savait déjà que son article serait positif.
-Bien. Je vais vous laisser vous installer et me jouer l'un de vos morceaux. Proposa Bill, son regard allant se perdre une fois de plus dans les yeux chocolats du guitariste.
Les trois garçons opinèrent et rejoignirent la petite plate-forme sur laquelle les attendaient leurs instruments respectifs. Georg jouait de la basse et Gustav de la batterie, mais ce que Bill avait le plus retenu c'est que le blond à la lèvre percé s'initiait à la guitare.

Bill avait été chamboulé par la mélodie, c'était triste, c'était mélancolique et débordant d'émotions. Ses pensées s'étaient toutes envolées, il avait voyagé, signe que le groupe faisait de la « bonne » musique. Il remercia chaleureusement les trois garçons, sa main s'attardant un peu sur celle du guitariste et il rejoignit à grand pas son bureau pour réaliser son article.


Deux jours plus tard, le magazine sortait dans les kiosques et autres librairies. On pouvait y lire les grands titres, notamment un sur les futures élections, et, dans un petit coin à gauche, un encadré stipulait l'article réalisé par Bill : « Découverte musique : The swap par Bill K. ».
A la page 19, une photo de trois garçons était imprimée sur le haut de la page, le nom de leur groupe la barrant à l'horizontale. En dessous, les caractères graphiques noirs et bleus retranscrivaient l'interview puis, juste à côté, régnait la rubrique « Mon opinion ».
Ce vendredi 15 avril, on pouvait y lire les mots suivants :

« Enfin du bon son. Comme vous, chers lecteurs et lectrices, je m'impatientais de découvrir un nouveau maillon à cette grande chaîne qu'est la musique. Loin des paroles sans aucun intérêt, The swap propose des mélodies aux racines pop et rock, tout en jouant la franchise en ajoutant des accords plus récents, plus électriques et plus entraînants encore.
Parmi les 15 titres que vous pouvez retrouver sur leur album, 3 rejoignent le thème de la balade. Une sorte d'évasion et de voyage dans un monde parallèle, qui fait s'ouvrir vos sens et battre votre c½ur. De plus, les trois garçons à l'origine de ce petit chef d'½uvre sont d'une gentillesse et d'une sincérité époustouflante, leurs charisme n'est pas à faire et l'harmonie qui règne entre eux ne peut être que prometteur. Pour conclure, je dirai que cette musique est une gourmandise à laquelle il ne faut pas se priver.
» Bill K.

Bill rentra chez lui le soir, un sourire aux lèvres. Il avait passé une bonne journée, avait reçu les félicitations de son patron pour l'article paru le jour même et avait même ouï dire que sa paye pourrait être à la hausse le mois prochain.
La porte était ouverte, Ana, sa femme, étant déjà rentré du travail. Il l'embrassa tendrement et s'affala dans le canapé en réclamant un verre d'eau. Il était heureux mais fatigué. Ana disparut quelques secondes dans la cuisine et revint avec de l'eau, elle s'assit auprès de son mari et passa une main dans ses cheveux corbeaux. Il lui sourit et sa fatigue laissa place à son enthousiasme.
-Tu as lu mon article aujourd'hui ? Demanda t-il, fier de lui, un immense sourire peint sur son visage.
-Bill, je ne vais pas acheter cette connerie juste pour lire ton article. Cracha t-elle, son regard se portant immédiatement sur la télé qu'elle venait d'allumer.
-Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ?
-J'en ai marre de ton boulot, tu pars tôt le matin, tu rentres le soir comme un zombie. Tu es épuisé et pourtant tu continues de faire l'éloge de ce stupide magazine.
Cette fois, elle était énervé. Elle s'était levée et agitait ses bras dans tous les sens.
-Ce n'est pas un stupide magazine, tu n'as jamais pris la peine de le lire.
-Je n'en ai pas la moindre envie.
Elle se laissa retomber à l'opposé de Bill sur le canapé, ses cheveux formant un rideau tout autour de son visage pâle.
-Tu ne t'es jamais intéressée à ce que je faisais. Dit Bill, la voix calme et sereine.
-Ton boulot prend beaucoup trop de place. Elle avait relevé ses yeux, elle aussi était épuisée.
Le c½ur de Bill se serra un peu dans sa poitrine, il se leva et vint encercler le corps de sa jeune épouse en lui murmurant des mots doux.
La crise passée, ils dînèrent dans le calme et allèrent se coucher tôt. Bill devait être au journal à l'aube le lendemain...


Il arriva en retard au bureau, son réveil n'ayant pu lutter face à sa fatigue. Tant pis, il pouvait bien s'accorder une petite heure de sommeil supplémentaire, non ?
Non. Lorsqu'il passa la porte principale, il tomba nez à nez avec son patron. Celui ci semblait l'attendre de pied ferme, ses bras croisés sur la poitrine, ses yeux lançant des éclairs.
-Vous êtes en retard. Affirma t-il.
-Je sais, c'est...
-Je me fous de vos excuses, vous avez des horaires, vous devez les respecter.
Le coupa t-il. Bill ne broncha pas, il est vrai qu'il ne pouvait pas se permettre tout et n'importe quoi sous prétexte qu'il avait fait du bon boulot. Il s'excusa une fois de plus et rejoint son bureau, promettant de se noyer sous la paperasse. Le travail lui permettant ainsi d'oublier ses soucis et le fait que cette journée commençait vraiment mal...

A dix heures, on toqua à sa porte. Il se leva, contourna son bureau et pressa la poignée pour enfin faire face à...Tom. Ses yeux durent s'écarquiller et son corps s'immobiliser un bon moment puisque le blond se racla la gorge. Bill reprit ses esprits et bredouilla quelque chose d'incompréhensible avant de laisser rentrer le guitariste dans son bureau. Il se maudit en tombant sur le désordre qui y régnait, il n'y avait même pas la place de poser une tasse à café. Il s'excusa prestement et reprit sa place initiale.
Ce fut Tom qui rompit le silence, il leva la tête et leurs regards s'accrochèrent pour ne plus se lâcher.
-J'ai lu votre article, je voulais juste vous remercier. Personnellement.
Bill sourit en retour, son job c'était sa petite fierté.
-C'était sincère. Assura Bill, se sentant soudainement troublé par le regard appuyé de son vis-à-vis.
-Merci. Je lis souvent vos articles et j'espérais vraiment ne pas rentrer dans la catégorie des « bruyants » ! Sourit-il.
C'est comme ça que Bill qualifiait les groupes qu'il n'aimait pas et qui le décevait. L'androgyne fut surpris d'apprendre que le blond connaissait bien le magazine alors que celui ci plaisait surtout à la gente féminine.
-Vous êtes abonnés ? Demanda t-il prudemment.
-Non ! Je lis seulement vos articles, sur le net.
Un immense sourire prenait place sur ses lèvres et Bill n'était pas certain de pouvoir répondre de ses actes. Il était complètement omnibulé par le blond, ses mains étaient étrangement moites et sa jambe droite bougeait nerveusement.
Un silence pesant s'installa entre eux, amplifiant un peu plus la gène du brun.
-Euh, je vais peut-être y aller.
Le temps que Bill reprenne ses esprits, Tom était déjà près de la porte, sa main appuyée sur la clenche de la poignée. Il se leva rapidement et le rejoignit près de la porte, ils se serrèrent rapidement la main et Tom abaissa la poignée mais se retourna brusquement, faisant sursauter le brun.
-J'étais pas venu seulement pour vous remercier en fait.
-Ah ?
Fut tout ce que Bill pu dire, ses yeux restant bloqués sur le visage du blond, seulement à quelques millimètres du sien.
-On pourrait aller prendre un verre ? Sa bouche se tordit comme s'il se préparer à un refus.
-Oui. Se surprit à répondre le brun. Je débauche à 18h.
Une once de sourire se dessina sur ses lèvres et Tom acquiesça, prévenant qu'il l'attendrait au petit café de la place principale.
La porte se referma sur lui et il se donna une tape sur la tête, pourquoi fallait-il qu'il soit aussi niais et idiot face au jeune homme ? Il ne comprenait pas, et s'il y avait bien une chose que Bill Kaulitz détestait par-dessus tout (après le bruit) c'était bien de ne pas avoir le contrôle. Quelque chose lui échappait dans sa réaction face au blond et il était bien décidé à mettre des mots là-dessus. Ce « quelque-chose » l'empêcha tout de même de bosser toute la journée et il préféra ne pas imaginer la réaction de son patron si celui ci venait à l'apprendre.

A 18h, il marchait en direction du petit café. Malgré le printemps, une légère brise s'infiltrait sous ses vêtements et il frissonna, accélérant sa marche.
Il aperçut Tom au loin, fidèle à lui-même avec ses larges vêtements et sa casquette vissée sur la tête. Ils se saluèrent par un simple sourire et entrèrent dans le bar. L'ambiance y était chaleureuse, les tons de rouge et de chocolat se mariaient parfaitement bien ; des petites tables rondes étaient disposés de manière irrégulière et le bar était taillé en ovale dans le fond de la pièce. Seulement trois tables étaient encore disponibles, à cette heure ci les gens se rencontraient, prenaient l'apéritif et Bill se demanda l'espace d'une seconde s'il avait bien fait d'accepter l'invitation. Ses doutes s'envolèrent quand il croisa le regard du blond et que celui ci lui souriait, encore. Il lui proposa de s'asseoir sur la seule table restante près de la baie vitrée, une petite bougie y était allumée et tous deux pensèrent que cet élément à connotation romantique n'avait rien à faire entre eux. Pourtant, ils fixèrent la flamme quelques secondes avant d'engager la conversation pour de bon.
Etrangement, la gêne avait complètement disparue ; ayant le même âge, ils se tutoyèrent rapidement et se découvraient de multiples points communs à mesure que les minutes passaient. Un cocktail entre les mains, ils échangèrent leur numéro de téléphone, évoquèrent les élections à venir et débattirent du temps inadéquat pour un mois d'avril. Ils parlèrent évidemment de musique mais aussi de cinéma et de peinture, ils s'intéressèrent à leur vie professionnelle et familiale. A l'évocation du mot « famille », Bill fit un bond sur sa chaise avant de regarder l'heure sur l'horloge murale. Il manqua de renverser son verre et se leva brusquement sous le regard incrédule du blond qui avait laissé sa phrase en suspend.
-Merde. Lâcha t-il. Ana.
Il fit claquer une bise sur la joue du blond et s'enfuit à toute vitesse du bar, laissant Tom pantois face à la situation.

Quand il passa la porte de chez lui, Ana l'attendait les bras croisés, son corps appuyé contre le dossier du canapé. Bill eut la vague impression de remonter le temps et il put aisément comparer sa femme à son patron le matin même quand il était arrivé en retard. Il fit une moue des plus désolée à sa compagne mais celle ci ne comptait pas en rester là.
-Je peux savoir où tu étais ? Demanda t-elle sèchement.
Bill se sentait ridicule, il ne pouvait pas se laisser marcher dessus ainsi, bien qu'il soit le seul fautif dans l'histoire.
-Au travail. Déclara t-il tout en retirant ses chaussures.
-Mauvaise réponse. J'ai appelé à ton boulot et on m'a dit que tu étais parti depuis bien trois heures maintenant.
Aïe. Bill s'approcha du canapé pour serrer son épouse dans ses bras, la prendre par les sentiments était la dernière option. Il ne savait pourquoi, il ne pouvait se résoudre à lui dire la vérité. Ana le repoussa et donna un air sévère à son visage, elle était foutrement en colère mais aussi blessé que son mari lui mente.
-Ok. J'étais avec un ami. Avoua t-il bien qu'il ne considérait pas Tom comme son ami, du moins, pas encore.
-Un ami ?! Et quel ami ? Interrogea t-elle, une pointe d'ironie dans sa voix.
-Tu ne le connais pas. Poursuivit Bill, il savait d'avance que ça ne suffirait pas à se faire pardonner.
-De mieux en mieux ! Si ça n'était qu'un ami, pourquoi ne me l'as-tu pas dit dès le début ?
Bill bredouilla qu'il ne savait pas, il se confondit en excuses et l'implora de le croire. Il était fatigué et n'avait aucune envie d'avoir à faire face à une dispute conjugale. Elle ne broncha pas, Ana était une personne à fort caractère, elle mettait plusieurs jours à accepter et digérer des excuses. Ce soir là, elle n'était même pas d'humeur à les écouter, elle annonça froidement qu'elle allait se coucher, seule. Bill comprit de suite qu'il passerait la nuit dans le canapé, soupirant, il attrapa une couverture dans le placard et s'allongea sur son lit de substitution sans prendre la peine de se dévêtir.

Trois jours qu'Ana ne lui adressait plus la parole, trois putains de jours où elle se bornait à rester sur ses positions. Bill n'avait pourtant rien fait de mal. Il arracha une page de son cahier avant de la froisser et de la jeter dans la poubelle, cette histoire le déconcentrait au point qu'il ne réussissait plus à faire d'articles corrects. Il rumina, seul dans son bureau avant d'être interrompu par la sonnerie de son mobile. Il fronça les sourcils en lisant le prénom qui s'affichait sur l'écran.
« -Oui ?
-Salut Bill, c'est Tom.
-Oui je sais.
Dit-il rieur, sa mauvaise humeur semblant le quitter.
-Tu vas bien ? L'autre fois, tu es parti un peu précipitamment et...
-Oh.
Le coupa le brun. Oui, c'est euh, ma femme.
-Tu es marié ?! Sa surprise était parfaitement décelable dans le ton de sa voix.
-Ouais. Je l'avais oublié. A nouveau, sa colère refit surface.
-Tu avais oublié ta femme ?! Visiblement, la situation amusait beaucoup le blond ce qui fit sourire Bill, il avait vraiment exagéré.
-Oui, ça craint, vraiment.
-Elle l'a pris comment ?
Demanda prudemment Tom, il ne voulait surtout pas se mêler de ce qui ne le regardait pas.
-Mal. Très mal. Surtout quand je lui ai menti sur les raisons de mon retard.
-Ah. Désolé.
Annonça sincèrement Tom.
-Tu n'y es pour rien, arrête.
-Ben si quand même.

-Laisse tomber. Bill semblait au bout du rouleau, il voulait terminer au plus vite sa journée mais, paradoxalement, il n'avait aucune envie de rentrer chez lui pour affronter une fois de plus les reproches muets de sa compagne.
-Il vaudrait mieux que je te laisse.
-Non !
Répondit prestement Bill. J'ai besoin de m'aérer l'esprit, on peut se voir ce soir ? Cette demande sonnait comme un rencard et il y eut un vague silence dans le combiné, Bill se mordit la lèvre, se demandant comment il pouvait être aussi maladroit ces derniers temps.
-Si tu veux. Même lieu, même heure ?
-D'accord, merci, à tout à l'heure Tom.
-Bon après-midi. »
Bill raccrocha, un petit sourire flottait sur ses lèvres. Tom était bien la seule personne qu'il avait envie de voir, discuter un peu lui ferait le plus grand bien. Sachant pertinemment qu'il s'enlisait un peu plus, Bill prit quand même la décision de prévenir Ana qu'il ne rentrerait pas pour le dîner de ce soir. Celle ci ne répondit pas à son message, tant pis, cette fois ci au moins elle était prévenue.

Bill alluma une cigarette, il ne fumait que quand il était stressé et, aussi bizarre que cela puisse paraître, il angoissait depuis qu'il avait quitté le bureau pour rejoindre Tom.
Il pressa le pas et reconnu le blond, les mains dans les poches, qui l'attendait devant le café. Ils se serrèrent rapidement la main et Tom fit un sourire crispé, le bar était exceptionnellement fermé ce jour là, il y avait eu un décès dans la famille. Les autres bars de la ville nécessitait qu'ils empruntent un moyen de transport.
-On a qu'à aller chez moi. Proposa le blond.
Le jour commençait à tomber et Bill frissonna, les yeux de Tom étaient semblables à deux diamants et ses joues rougissaient à vue d'½il.
-D'accord. Se surprit à prononcer Bill.
-J'habite juste là. Il pointa du doigt un immeuble au coin de la rue, Bill fit un signe de tête et tous deux se dirigèrent vers la bâtisse.

L'endroit était chaleureux et accueillant, on sentait que Tom aimait la musique. Il y avait quelques affiches de concerts, une immense étagère avec des centaines de cd et bien sûr deux guitares, posées à l'angle d'un mur. Les mains dans les poches, Bill fit le tour du salon, scrutant les quelques photos et autres objets personnels.
-C'est très chouette. Annonça t-il.
-Merci. Vas-y installe-toi, je vais nous chercher à boire.
Le brun opina et déposa son manteau dans l'entrée, il jeta cependant un coup d'½il par-dessus le bar qui séparait la cuisine du salon et vit Tom déposer des gâteaux salés et deux grands verres sur un plateau. Tom sursauta en rencontrant le regard du brun et ce dernier rigola, Tom sourit à son tour avant de lui demander ce qu'il souhaitait boire. « Comme toi » fut la simple réponse de Bill et il repartit en direction du salon, s'installant dans le canapé.
Tom le rejoignit et déposa le plateau sur la table basse, il avait ôté sa casquette et son bandeau entre temps et Bill ne put s'empêcher de le trouver beau. Leurs regards s'accrochèrent et Bill se sentit de nouveau mal à l'aise.
Leur bulle éclata lorsque Tom prit place sur le canapé, allumant une chaîne musicale sur le câble. Ils discutèrent un long moment, Tom évitant soigneusement de parler d'Ana et, à les voir ainsi, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'amis de longue date, se retrouvant autour d'un verre pour se remémorer le bon vieux temps.
Au grand damne de Bill, son ventre se mit à grogner, ce qui provoqua l'hilarité de son hôte. Ce dernier se leva, ramena le plateau vide dans la cuisine et revint avec un prospectus.
-Tiens choisi. Il lui tendit le papier sur lequel figurait une liste de pizza.
-Non, non. Je suis juste venu prendre un verre, je veux pas te déranger.
-Tu as faim il me semble.
Sourit Tom.
-Je...
-Oh. Ta femme t'attend peut-être ? Excuse-moi. Ses lèvres se crispèrent et il posa le prospectus sur la table.
-Non, elle ne m'attend pas. Pas cette fois-ci. Un sourire prit place sur ses lèvres, valait mieux relativiser.
-Bien. Alors reste. S'il te plaît.
-D'accord. Soupira t-il, il semblait qu'il ne pouvait rien lui refuser.

Ils attendaient patiemment le livreur, un silence pesant régnait dans la pièce et Bill avait juste très envie d'une cigarette. Son regard était perdu sur l'écran de télévision mais il n'était pas certain de pouvoir affirmer ce qu'il regardait.
Il tourna la tête et ses yeux rencontrèrent ceux du blond, ils étaient étonnamment proches et Bill sentit un frisson parcourir son échine. Le son de la télévision semblait lointain et ils se sentaient emporter tous deux dans un cocon que, ni l'un, ni l'autre, n'étaient aptes à contrôler. Tom fit glisser une de ses mains sur la joue du brun et s'appropria tendrement sa nuque, il rapprocha leurs visages sans que leurs yeux ne se quittent une seconde. Bill se sentit défaillir, ses paupières clignèrent et se fermèrent pour de bon alors que la bouche de Tom vint frôler la sienne. Une de ses mains glissa sur la cuisse de son vis-à-vis et il captura plus franchement les lèvres du dreadé. C'était doux et sensuel. Ils approfondirent le baiser, leurs langues se découvraient et se cajolaient, rien ne semblait pouvoir les arrêter...
Pourtant, la sonnerie de l'interphone brisa leur échange. Tom se leva alors que Bill s'enfonça un peu dans le canapé, tentant vainement de calmer les battements de son c½ur.
La réalité refit surface brusquement, ils s'étaient embrassés mais il était marié.
Bill n'avait pas souvenir d'avoir été un jour attiré par un garçon ; il aimait sa femme ou peut-être que les années avaient fait que l'amour s'était peu à peu transformé en affection. Quoiqu'il en soit, il tenait beaucoup trop à elle pour la faire souffrir de la sorte, il fallait qu'il s'en aille, qu'il sorte de ce cocon si chaleureux mais tellement dangereux. Ses pensées furent coupées par l'arrivée de Tom, pizza en main. Il lui souriait et Bill comprit que quitter Tom ne serait pas tâche facile.
Le repas fut rapidement abandonné sur la table, il fallait qu'ils discutent. Forme de courage ou non, Bill emprisonna la main de Tom dans la sienne et l'obligea à lui faire face.
-Je sais pas quoi dire. Je peux pas faire ça. Les yeux de Tom se voilèrent et Bill fut pris d'un violent sentiment de culpabilité.
-Ana, mh ? Bill hocha la tête, il était complètement déboussolé et personne ne pouvait l'aider.
-Tom. Ça sonnait comme une plainte et l'interpellé serra un peu plus sa main dans la sienne.
-Reste, juste ce soir. Intima le blond.
Bill se contenta de fermer les yeux et se laissa doucement étreindre.
Les choses n'allèrent pas en sa faveur lorsque Tom l'embrassa du bout des lèvres, il ne pouvait résister et il prit lui-même l'initiative de réitérer le baiser. Plus langoureux, plus passionné. Ils se retrouvèrent bientôt allongés sur le canapé, Tom surplombant Bill. Ce dernier profitait du moment, sans penser aux éventuelles conséquences de ses actes.

Lorsqu'ils se retrouvèrent en boxer, ils marquèrent une courte pause, leurs yeux s'accrochant dans la pénombre. Tom voulait être certain que Bill acceptait d'aller plus loin et qu'il n'agirait pas à contrec½ur ; sa demande fut dûment acceptée, le brun appuya sur la tête du blond le forçant à se rapprocher. Il fit se frôler leurs lèvres et glissa sa main le long du dos de son partenaire. Le fait que Tom soit un homme ne semblait pas le perturber outre mesure, il aimait ce qu'il découvrait et il en redemandait. Tom gémit en sentant la main finement manucurée de Bill s'immiscer dans son boxer, il enfouit sa tête dans son cou et recouvrit la peau laiteuse ainsi offerte d'une myriade de baisers. Leurs gémissements emplirent la pièce alors que leurs deux corps, désormais nus, se frottaient l'un contre l'autre.
La soirée se poursuivit dans la chambre du blond, Bill tremblant d'impatience et Tom aimant Bill du mieux qu'il le pouvait. Leur union mêlait l'amour et la trahison, le bien et le mal, la passion et l'oubli.
Certains diront que Bill était en train de commettre l'irréparable, pour d'autres, une nouvelle page se tournait.


Un bruit strident vint déranger le sommeil de Bill, le réveil de son portable. Il se redressa brusquement dans le lit, ses yeux vacillèrent de droite à gauche et sa main glissa dans ses cheveux. Son portable n'était pas sur la table de nuit comme tous les matins chez lui, les draps ne sentait pas la vanille comme chez lui, la fenêtre n'était pas située à côté du lit comme chez lui et surtout sa femme ne dormait pas près de lui. L'espace d'une seconde, il se refusa à croire que les évènements de la veille étaient bien réels. Son portable sonna une autre fois, provoquant le ronchonnement de Tom à ses côtés. Bill osa tourner la tête vers le blond, ce dernier se réveiller petit à petit, ses sourcils se fronçant lorsque ses yeux rencontraient la lumière du jour. Le brun s'attendrit et se leva péniblement, il réalisa alors qu'il était nu et ses joues prirent une teinte rosie. Pudique, il reprit place sur le lit et remonta le drap sur son corps, cherchant des yeux un quelconque vêtement qui lui permettrait d'aller éteindre ce foutu portable qui n'avait de cesse de sonner. Lassé, il s'avança jusqu'au salon adjacent dans sa tenue d'Adam et éteignit son portable après s'en être saisi dans la poche de son jean. Il soupira, enfila son boxer qui jonchait le sol et s'affala dans le canapé. Tom le rejoignit quelques secondes plus tard, le regard fatigué mais toujours ce petit sourire flottant sur ses lèvres. Bill détailla son corps, corps qu'il avait eu le loisir de toucher et d'apprécier toute la nuit durant, et tapota la place à côté de lui. Tom avait enfilé un boxer propre et attaché ses dreads en une espèce de queue de cheval désordonnée, Bill le trouvait séduisant et se sentait particulièrement flatté d'avoir été choisi par le blond.
Aussitôt Tom près de lui, Bill vint se caler dans ses bras, il avait besoin de lui plus que jamais. Le dreadé le cajola, une main glissant dans les cheveux corbeaux de son vis-à-vis. Il embrassa le sommet de sa tête et murmura quelques mots qui réchauffèrent le c½ur de Bill.
-Je dois aller travailler. Prononça-t-il à mi-voix.
Il se dégagea de l'étreinte du blond et commença à ramasser ses affaires pour les enfiler, il n'aimait pas trop l'idée de porter les mêmes vêtements que la veille mais il n'avait pas le temps de passer chez lui. Il se passa un coup d'eau sur le visage et réajusta son maquillage à l'aide d'un crayon de secours caché dans son sac. Tom l'attendait sur le pas de la porte, il avait simplement enfilé un de ses grand tee-shirt. Bill s'approcha et posa sa bouche sur la sienne, sa main enserrant le bras du blond avec possessivité.
-Quand est-ce qu'on se revoit ? Demanda Tom, faisant abstraction de sa peine.
-Je sais pas.
-Je tiens à toi Bill, vraiment. Déclara t-il sincèrement.
-Je t'appelle.
La seconde d'après, la porte se refermait derrière le brun.

La journée lui sembla interminable, il ne pouvait résolument pas se mettre à travailler. Dans quel pétrin s'était-il encore fourré ? Il pensait trop, ça l'énervait. Il essayait de se donner contenance en allant chercher un café à la machine mais l'abus de caféine l'obligeait à réfléchir toujours plus et réveillait sa colère. Il tapa du point sur son bureau, pourquoi tout lui échappait de la sorte ?
Il aimait Ana mais il aimait beaucoup Tom. Ce qu'il avait partagé avec lui la nuit dernière lui avait donné l'impression d'être le roi du monde, Tom lui accordait une telle importance et tellement d'attention qu'il n'était pas certain de pouvoir faire abstraction de ses sentiments naissants dans les jours à venir. Ça non, il ne pourrait pas oublier ce moment si intime qui l'avait fait se sentir vivant, heureux et aimé.
Bill avait perdu ses parents très tôt et avait donc manqué d'amour durant son adolescence et une partie de son enfance ; Ana s'était révélée comme la femme idéale, lui accordant tout ce qu'il voulait. Mais ça, c'était au début. Une sorte de routine s'était installée entre eux, tous deux en étaient conscients mais ils espéraient que leur amour serait assez fort pour surmonter cette période de doutes. Etait-ce le cas ou Tom était-il la preuve même du contraire ?
Trop de questions, trop de doutes, trop de craintes, Bill s'assoupit, sa tête reposant sur ses bras croisés sur son bureau où régnait un désordre incroyable.

Lorsqu'il se réveilla, il était plus de 18h, une migraine le menaçait, il se sentait sale et épuisé. Il se leva, grimaçant en sentant son dos courbaturé, attrapa son sac et fuit son bureau. Durant les quelques minutes de trajet qui séparait son lieu de travail de sa maison, il fut à nouveau assailli par ses pensées et ses incontournables questions. Il se dépêcha de garer sa voiture et passa la porte en bois, appréhendant une éventuelle conversation avec sa femme.
Celle ci l'attendait de pied ferme dans le salon, elle ne semblait pas énervée, juste confuse.
-Bonsoir Ana. Dit Bill poliment. Il hésita avant de venir l'embrasser.
-Bill ?
Celui avait pris le chemin de la salle de bain, sans même avoir ôté ses chaussures et son manteau. Il se retourna et essaya de se donner un air calme et enjoué mais peut-être en faisait-il trop.
-Je pense qu'il faudrait qu'on discute. Annonça t-elle.
Bill failli lui rétorquer que c'était tout de même elle qui ne lui adressait plus la parole depuis plusieurs jours, mais il s'abstint en réalisant qu'il était en train de la faire souffrir, bien plus qu'elle ne pouvait le penser. Il fit demi-tour et s'écrasa dans un des fauteuils, il ferma les yeux quelques secondes et quand il les rouvrit, Ana était assise devant lui sur la table basse.
-Tu travailles trop. Dit-elle doucement.
-J'aime mon travail. Son ton était plus froid qu'il ne l'aurait souhaité.
-Je...Où as-tu passé la nuit ?
Pourquoi ne s'énervait-elle pas ? Ce serait tellement plus simple si elle lui en voulait, si elle lui crachait sa haine. Mais non, elle était sereine, bien qu'au fond d'elle ses doutes étaient bien présents.
-Ça n'a pas d'importance. Soupira Bill, il ne pouvait pas lui faire ça.
-Bien sûr que si ça en a ! J'ai le droit de savoir, je suis ta femme, tu sembles l'oublier. Le c½ur de Bill se serra un peu dans sa poitrine, il fuit automatiquement le regard d'Ana et soupira bruyamment. Il ne répondit pas, attendant que celle ci parle à sa place.
-Est-ce que... Enfin tu, est-ce que tu as rencontré quelqu'un ? Sa peine se lisait dans ses yeux et Bill eut l'impression de se prendre une enclume sur la tête. Il ne pouvait pas lui faire ça mais il ne pouvait pas non plus lui mentir.
-Ana. Il s'interrompit, il n'y avait rien à dire. A ce moment précis, il se détestait.
Elle ne releva pas et s'en alla vers la cuisine annonçant, comme si de rien n'était, que le repas serait près dans une heure. Décontenancé, Bill la suivit du regard et se décida enfin à aller prendre une douche. Il lui avait bien fait comprendre qu'il avait fait une erreur, la pire qui puisse exister dans un couple, et, elle, se comportait tout à fait naturellement. Son comportement ne servait qu'à le faire culpabiliser un peu plus, elle souffrait mais elle le cachait. Pire, elle semblait prête à passer l'éponge.

Bill profita pleinement de sa douche, savourant l'eau chaude glissant sur son corps, puis il rejoint Ana dans la cuisine pour dîner. Elle lui sourit, sourire qu'il ne lui rendit pas.
Le début du repas se passa dans le silence le plus totale seulement entrecoupé par le bruit des couverts et des assiettes.
Bill portait sa fourchette à sa bouche lorsqu'Ana prit enfin la parole :
-Est-ce que tu l'aimes ? Demanda t-elle le plus naturellement possible.
Bill manqua de s'étouffer et toussa à plusieurs reprises.
-Bon dieu Ana ! Pourquoi est-ce que tu agis comme ça ? S'énerva t-il.
-Tu n'as pas répondu à ma question. Dit-elle en enfournant un morceau de pain dans sa bouche.
-Arrête. Cria t-il.
-J'ai rien fait moi, c'est à toi d'arrêter. Elle cherchait à le blesser et ça fonctionnait à merveille.
-Qu'est-ce que tu veux ? Il était prêt à tout pour qu'elle lui pardonne, il avait terriblement peur des conséquences de ses actes.
-Qu'est-ce que je veux ?! Lança t-elle en rigolant, on aurait dit une folle et un frisson parcourut le corps de l'androgyne. C'est simple, je veux que tout redevienne comme avant.
-Tu sais que ça n'est pas possible. Et c'était vrai, la confiance qui régnait entre eux avait été brisé.
-J'oublierai, à toi de faire de même.
Bill voulut répondre mais aucun mots ne sortit de sa bouche, est-ce que c'était aussi simple ? Est-ce qu'il voulait vraiment que ce soit aussi simple ? Ses yeux se perdirent sur la nappe blanche alors qu'Ana débarrassait avec entrain. Elle passa près de lui et l'embrassa sur le coin de la bouche.
-Bonne nuit chéri. Chuchota t-elle près de son oreille.
Il ne répondit pas et su qu'à nouveau il passerait la nuit sur le canapé, Ana attendait une réponse concrète : c'était elle ou l'autre.


Deux semaines avaient passé. Bill ne dormait plus ou alors très peu et mal, il n'arrivait plus à travailler comme avant, il fumait beaucoup plus qu'à l'accoutumée, il rentrait tard le soir et ne parlait presque plus. Ana continuait de jouer la femme modèle et ça l'exaspérait profondément ; son comportement l'incitait à rester près d'elle, parce qu'aucune autre femme n'aurait accepter d'excuser l'infidélité de son mari, parce qu'aucune autre femme ne lui préparerait des bons petits plats après ce qu'il avait fait, parce qu'aucune femme ne continuerait de l'aimer après avoir été trahie. Ana semblait parfaite et Bill se sentait complètement perdu. Elle n'avait jamais été comme ça, si il était tombé amoureux d'elle c'était bien parce qu'il voyait en Ana une personne dotée d'un fort caractère mais qui ne cachait pas pour autant sa sensibilité. Aujourd'hui, tout cela avait disparu et, plus les jours passaient, plus Bill se rendait comte qu'il n'aimait plus sa femme comme au premier jour. Ce n'était que de l'affection et beaucoup de respect.
Et puis, il y avait Tom. Tom lui manquait un peu plus chaque jour, seulement il ne pouvait se résoudre à réduire en miettes tous ces efforts. Même si son amour pour Ana n'était plus le même, il se devait d'être près d'elle comme il lui avait promis le jour de leur mariage. Ça semblait tellement normal et logique que Bill n'avait jamais pensé qu'un jour il pourrait quitter sa femme pour quelqu'un d'autre.

Ce lundi 2 mai était bien triste pensait le brun en jetant un regard par la fenêtre de son bureau ; ne trouvant aucune inspiration pour ses articles, il s'ennuyait à mourir et passait son temps à gamberger. Son patron était venu le matin même pour lui passer un savon, ils avaient pris du retard par sa faute. De plus, il lui avait annoncé que le rythme allait s'accélérer car il prévoyait la sortie d'un magazine « Best-of ». Bill n'avait su que soupirer et avait promis qu'il allait s'y atteler et mettre de côtés ses « petits problèmes personnels ». Sauf que ces petits problèmes en question étaient bien trop importants pour les évacuer.
Bill rumina une bonne partie de l'après-midi, sa main glissant de temps à autre sur les touches de son mobile mais à chaque fois il faisait machine à arrière, il ne pouvait pas faire ça. Pourtant, pour la énième fois, il tapa le numéro de Tom qu'il connaissait déjà par c½ur et porta le téléphone à son oreille. Son c½ur battait la chamade et sa main libre bougeait nerveusement sur sa cuisse. La tonalité sonna à deux reprises et il faillit raccrocher mais la voix du blond, essoufflée, résonna dans le combiné et il sourit. Tom lui manquait vraiment et entendre sa voix était une véritable bouffée d'oxygène.
« -Bonjour Tom, c'est moi. Dit-il doucement.
-Oh Bill. Ça va ?
-J'aimerais te voir. Répondit-il simplement, c'était la stricte vérité.
-Je suis chez moi, tu...
-J'arrive. L'interrompit le brun, il attrapait déjà sa veste et son sac.
-Tu n'es pas au travail ? Demanda Tom, surpris.
-Si mais ça n'est pas important.
-Bill.
Soupira le blond.
-J'arrive. » Annonça t-il et il raccrocha.

Pour la première fois depuis longtemps, Bill n'avait pas envie de fumer. Il vérifia que personne ne l'avait vu quitter le bureau et il se dirigea vers l'immeuble où habitait Tom. Il souriait comme un bienheureux, Tom lui donnait ce petit quelque chose qui faisait qu'il oubliait sa situation désastreuse.
Il pressa le bouton de l'interphone et la porte s'ouvrit, il monta rapidement les deux étages et toqua contre le bois de la porte. Celle ci s'ouvrit très vite et Bill s'engouffra dans l'appartement, il referma la porte derrière lui et saisit Tom par le col pour le rapprocher de lui. Leurs yeux s'accrochèrent, ils brillaient avec la même intensité et le c½ur de Bill faisait des bonds dans sa poitrine. Il laissa Tom le plaquer doucement contre la porte et ils s'embrassèrent, tous deux gémirent, la séparation avait été insupportable. Bill glissa ses bras autour du cou de son partenaire alors que Tom avait pris possession des hanches fines du brun. Le baiser pris fin, Bill enfouit sa tête dans le cou du dreadé et murmura à mi-mots à quel point il lui avait manqué. Ils se cajolèrent quelques secondes encore, leurs bouches se frôlant, puis Tom prit l'initiative de s'éloigner un peu de l'entrée.
Bill remarqua que, par la fenêtre de Tom, cette journée ne semblait pas si mauvaise, le soleil frappait contre le carreau et la flore verdoyait au loin. Il sourit et suivit Tom jusqu'à sa chambre, il déposa ses chaussures et sa veste dans un coin avant de s'allonger sur le lit.
-Qu'est-ce qu'on regarde ? Demanda t-il alors que le blond introduisait un DVD dans le lecteur.
-Le concert de Green Day, le dernier. Sourit-il.
-Super.
-Mais avant, je voudrais te demander quelque chose. Dit-il en triturant le bas de son tee-shirt.
-Je t'écoute. Répondit le brun en se redressant un peu.
-Où en es-tu avec Ana ?
-Nulle part. Soupira Bill, il n'avait aucune envie d'entendre parler d'elle, surtout pas avec Tom.
-C'est que, tu vois, j'ai pas forcément envie de te partager avec quelqu'un.
Bill se sentit flatté mais comprit vite ce à quoi Tom faisait allusion. Ce dernier ne voulait pas se contenter d'être l'amant du brun et Bill le comprenait parfaitement bien. A nouveau, on lui imposait un choix : Tom ou Ana.
-On en parlera plus tard, pour l'instant j'ai envie d'oublier tout ça. Viens là. Dit-il en tapotant le matelas près de lui. Tom sourit doucement, il faisait confiance à Bill.
Le blond s'allongea donc à son tour et attira Bill dans ses bras, la lumière de la télé était le seul éclairage. Bill posa sa tête sur le torse de Tom, il profitait du moment et tentait d'évacuer ses pensées défaitistes. Il n'avait pas l'impression de faire quelque chose de mal, il était si bien là.
Le concert fut coupé par des images backstage et Bill en profita pour prendre la parole, sans pour autant quitter des yeux l'écran.
-A la boîte, ils envisagent de faire un magazine avec nos coups de c½ur, une sorte de « Best-of ». Et, pour ma rubrique, j'aimerais bien faire un article sur vous. Ça vous dit de revenir ? vous serez rémunérés bien sûr, tu pourras en parler à Gustav et Georg ? Tu sais...
-Je t'aime. Murmura Tom, faisant brusquement se redresser le brun.
Ce dernier faisait désormais face au blond et ses yeux traduisaient sa surprise mais aussi sa peine. Il amena une main jusqu'à la joue du châtain et émit une douce caresse.
-Non Tom.
-Si.
Renchérit le blond, il attrapa la main de Bill et l'embrassa tendrement.
Leurs regards s'étaient à nouveau connectés et Bill se sentit défaillir, Tom disait vrai. L'androgyne pris lui même l'initiative de rapprocher leurs visages et ils s'embrassèrent avec passion, Tom renversa le corps du brun sur le dos et s'allongea sur lui, ne cessant pas le baiser. Leurs mains se firent plus taquines et glissèrent sous leurs vêtements, les faisant soupirer d'aise.
Le groupe débutait sa prochaine chanson, « Wake me up when september ends », Bill appuya sa main contre la tête de Tom et approcha ainsi sa bouche de son oreille.
-J'ai envie de toi. Susurra t-il.
Ce à quoi Tom répondit par un sourire avant de l'embrasser, tout en glissant ses mains sous la fine chemise de Bill.
Ils allaient faire l'amour pour la première fois.


Mercredi 4 mai.

Bill remonta la couverture sur sa tête alors qu'il semblait bien parti pour faire la grasse matinée ; les volets du salon n'avaient pas été fermés et il subissait les assauts des premiers rayons de soleil. Il se réveilla de mauvais poil, son patron lui avait accordé une journée de repos et il ne pouvait même pas en profiter. Déjà qu'il avait peiné à fermer l'½il le soir, il fallait en plus qu'il soit réveillé à l'aube. Il grogna et rejoint la cuisine, une tasse de café serait la bienvenue. Il s'installa en boxer sur un des tabourets et il enfouit sa tête dans ses mains. Il était tourmenté et il n'arrivait pas à prendre une quelconque décision. Il avait pensé à quitter la ville et refaire sa vie ailleurs, seul, mais il tenait beaucoup trop à son travail pour tout abandonner du jour au lendemain. Et puis mince, quitter Tom lui semblait inenvisageable. Il avait découvert tellement de choses dans ses bras, pas seulement du point de vue sexuel, non, il s'était emparé de nouveaux sentiments que jamais il ne pourrait oublier.
La cafetière filtrait doucement le café et Bill commençait à s'impatienter, rien n'allait ces derniers temps. Pour couronner le tout, Ana débarqua dans la cuisine, vêtue de son grand peignoir gris, elle souriait. Peut-être souriait-elle parce que son mari souffrait ; après tout, il l'avait bien mérité alors il laissait faire.
-Tu es bien matinal. Lança t-elle.
Bill grogna en retour et versa le café prêt dans un bol.
-Est-ce que tu as réfléchi un peu ? Demanda t-elle.
-Je fais que ça Ana ! S'énerva t-il.
-Et tu en viens à quelles conclusions ? Poursuivit-elle, son ton était presque enjoué.
-Est-ce que tu pourrais te comporter en adulte ?! Pleure, crie, fais quelque chose mais arrête de faire celle qui ne ressens rien ! Ses bras s'agitaient dans tous les sens, il voulait simplement qu'elle craque.
-Me comporter en adulte ?! C'est la meilleure ça ! Lequel de nous deux a été voir ailleurs déjà ?! Ah oui, toi. Sa colère prenait peu à peu forme et Bill se sentit étrangement apaisé, peu importe ce qu'elle allait lui dire, au moins elle extériorisait.
-Pourquoi es-tu prête à oublier ? Demanda t-il posément.
-Tu es stupide ou tu le fais exprès ? Elle se leva et vint se placer juste devant son mari, ses yeux humides ancrés dans les siens. Parce que je t'aime.
-Ana. Soupira t-il ; ce n'était pas elle qui allait craquer mais lui. Il baissa le regard et les premières larmes glissèrent sur ses joues. Ana fut d'abord surprise mais finit par enlacer le brun, celui ci ne refusa pas l'étreinte mais il n'y participa pas pour autant. Les bras le long du corps, il laissait sa femme le berçait et lui murmurait qu'ils allaient s'en sortir. Bill aurait voulu y croire, tellement, mais il portait beaucoup trop d'importance à Tom pour le rayer de sa vie.
-Ana. Réitéra Bill, ses pleurs ayant cessés. Ça n'est pas possible.
-De quoi ? Une de ses mains glissait dans ses cheveux corbeaux mais il la lui retira.
-Nous. Je t'ai fait du mal, je ne pourrais pas vivre comme avant.
Elle eut un mouvement de recul et son pied heurta un tabouret.
-Non, ça c'est trop facile Bill. Ses sourcils se froncèrent, Bill ne pouvait pas avoir le beau rôle.
-Je...
-Tu l'aimes alors ?
L'interrompit-elle en prenant place sur le tabouret qu'elle avait précédemment bousculé.
-Je suis désolé. Murmura t-il, il se sentait minable.
-Sûrement pas autant que moi. Va t-en ! Ordonna t-elle mais Bill ne cilla pas. Elle pleurait.
-Ana. Geignit-il. Je voulais pas que ça se finisse comme ça.
-Va t-en ! Hurla t-elle.
-Je t'ai vraiment aimé et je ne regrette pas notre mariage. Avoua t-il avec sincérité.
-Dégages ! Fous le camp ! Elle sanglotait, sa tête appuyée sur ses mains.
Bill obéit et quitta la cuisine, il avait mal. Avait-il fait le bon choix ?

Bill avait passé sa matinée à faire ses cartons et ranger ses vêtements dans deux grosses valises, il n'avait pas recroisé Ana qui s'était enfermée dans leur chambre, il l'avait écouté pleurer puis plus rien, sans doute s'était-elle endormie.
Bill rangea les cartons dans sa voiture, il jeta un dernier coup d'½il sur sa maison et démarra.

Alors qu'il roulait, Bill regardait les jardins des maisons le long de la route. C'était le printemps et il ne s'en souvenait même pas, les couleurs étaient magnifiques, le soleil était bien présent et certains arbres fruitiers bourgeonnaient, promettant la cueillette prochaine de beaux fruits. Bill avait toujours aimé le printemps, les animaux y étaient beaucoup plus présents que pendant les autres saisons de l'année. C'était un peu comme une grande fête où la faune et la flore se donnaient rendez-vous pour partager leurs émotions.
Bill prit un virage à gauche et ses yeux s'arrêtèrent quelques secondes sur un panneau d'affichage sur lequel trônait les photos des différents candidats aux élections. Ça aussi, il l'avait oublié. Il comprenait un peu l'angoisse des électeurs qui suivaient de près la politique, faire un choix était vraiment une tâche difficile.
Ana ou Tom, Tom ou Ana. Bill s'imagina en train de voter et, bêtement, du bout des doigts, sur le tableau de bord, il écrivit « T O M ».
Il appuya sur l'accélérateur et se gara le long de l'immeuble situé à côté du journal, il sortit à la hâte et tapa un message sur son portable :
« Je t'aime aussi. »

Tom était simplement l'élu de son c½ur.



£µtt!

# Posté le jeudi 30 octobre 2008 05:45

Modifié le vendredi 19 décembre 2008 05:24

OS n°22

OS n°22
Date d'écriture : 12 octobre 2008.
Titre : Lâcheté.
Note : J'ai passé énormément de temps sur cet OS, j'ai besoin de vos avis sincères ;)





-Tom ?
Bill ouvrait ses yeux péniblement, sa tête était frappée par une atroce migraine et ses membres tout engourdis. Ses paupières se soulevèrent entièrement et il fit face à un espace blanc. Il lui fallut plusieurs secondes avant de comprendre qu'il était allongé et que la surface blanche n'était autre que le plafond. Mais un plafond qu'il ne semblait pas reconnaître ; il tourna sa tête sur le côté dans un mouvement lent et ses yeux se posèrent sur son jumeau.
Tom était assis sur une chaise en bois, son visage caché dans ses mains et ses coudes en appuis sur ses genoux. Etait-il en train de dormir ?
Bill parcourut la pièce des yeux, c'était blanc. Des murs blancs, des draps blancs, des rideaux blancs et le seul meuble de la salle était également blanc. Ça ressemblait à un hôpital et un frisson parcourut l'échine du brun. Il voulut se redresser et paniqua en sentant une résistance au niveau de ses poignets et de ses chevilles. Il haleta vivement, ses bras secouant les liens qui le retenaient à cet affreux lit qui sentait l'alcool et le renfermé.
-Tom ! Qu'est-ce que je fous ici ? Tom !

Etait-il en train de rêver où est-ce que son frère lui parlait ?
Difficilement, Tom releva la tête et son c½ur rata un battement à la vue de son jumeau qui se débattait dans son lit d'hôpital. Il se leva prestement et s'approcha de celui-ci, il glissa sa main sur la joue pâle du chanteur et lui intima de se calmer. Mais Bill ne pouvait se résoudre à s'assagir, totalement perdu, il commençait à pleurer fort, s'étouffant dans ses propres sanglots.
-T-om, Tom, détache-moi. Suppliait-il, il se blessait en tirant sur les liens.
Le blond laissait libre cours à ses larmes lui aussi, il ne pouvait pas croire qu'il était à l'origine de tout ça. Il murmurait des « pardons » que Bill ne saisissait pas, caressant sans cesse le visage de son frère. Il souffrait, peut-être autant que lui.
-Je suis tellement désolé Bill. Dit-il, sa main enlevant une mèche de cheveu noir du visage apeuré de son double.
Bill consentit à se calmer et respira profondément, il cessa de se débattre et plongea son regard dans celui de son jumeau.
-Désolé de quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe Tom ?
L'interpellé ouvrit largement les yeux à l'entente de ses mots. Bill ne se souvenait donc pas ?
Il recula d'un pas, essuyant ses larmes d'un revers de manche. Il se rappela par la suite que le médecin avait informé ses parents que les médicaments qu'il avait prescrit au brun pouvait obstruer sa mémoire, mais seulement de manière temporaire.
-Je t'en prie Tom, détache-moi. Tenta une nouvelle fois Bill.
L'estomac du blond se broyait à l'intérieur de lui, son c½ur semblait en miettes et ses oreilles bourdonnaient. Il se rapprocha doucement du lit et dénoua les liens, caressant doucement les poignets et chevilles blessés de son jumeau. Il pleurait encore sous le regard incrédule de Bill qui se sentait totalement déboussolé.
Une fois qu'il fut libre, Bill se redressa et encercla le corps de son double qui s'était assis près de lui. Tom le serra fort, aussi fort qu'il le pouvait, il respirait bruyamment, son nez se délassant de l'odeur rassurante de son frère.
Bill sanglotait, il avait peur, terriblement peur. Pourquoi ne comprenait-il pas ? Qu'allait-il lui arrivait ? Que lui était-il arrivé ?
Tom embrassa doucement la peau de son cou, le faisant soupirer de bien-être. Bill s'apaisait peu à peu dans les bras de son jumeau et tentait de faire abstraction du lieu. Cependant, il ne pouvait pas rester dans l'ignorance, il avait besoin de savoir, de comprendre la détresse et la peine de Tom. Il rompit l'étreinte et chassa du bout des doigts les larmes qui dévalaient les joues de son double.
En retour, le dreadé glissa une main dans les cheveux corbeaux de Bill, il adorait faire ça, il les trouvait soyeux.
-Tom, où on est ? Demanda prudemment l'androgyne, bien que la réponse lui semblait évidente.
-A l'hôpital. Il prit une forte inspiration. A l'hôpital psychiatrique.
Bill eut un mouvement de recul, ses yeux s'agrandissant, son angoisse ne faisant qu'accroître.
-Mais...Bredouilla t-il. Pourquoi ?
-Tu ne te souviens de rien ? Questionna le dreadé en saisissant le bras de son frère.
Bill se concentra pendant plusieurs secondes, ses sourcils se froncèrent et petit à petit les évènements passés lui revinrent en mémoire, d'abord de manière désordonnée puis, très clairement...


Flash-back


Ils ne s'étaient pas vus de la journée ; Tom avait passé la journée avec leur ami Andréas alors que Bill était sorti faire un peu de shopping. Tous deux s'impatientaient de retrouver leur moitié, les séparations étaient toujours difficiles à vivre, qu'importe la durée.
Bill avait écourté sa sortie et attendait Tom sur le canapé du salon. Il était prévu que leurs parents ne rentrent que tard dans la soirée et Bill se réjouissait de pouvoir passer un moment en toute intimité avec son jumeau. Il souriait en zappant les différentes chaînes que proposait le petit écran, l'air rêveur.
Une petite heure défila avant que Tom ne passe la porte de la maison familiale, il souriait comme un bienheureux. Bill se redressa prestement et fit face au dreadé, un immense sourire était également peint sur son visage.
Dans un premier temps, leurs regards s'accrochèrent et ils restèrent un long moment sans piper mot. Puis Bill rompit leur échange en s'approchant doucement de son jumeau, il toucha ses épaules du bout des doigts et fit ensuite glisser ses mains le long de ses bras et atteint enfin ses doigts qu'il enserra dans les siens. Tom avança faisant reculer le brun jusqu'au mur derrière lui, il plaqua leurs deux corps ensemble et soupira malgré lui. Dans ses moments, ni l'un, ni l'autre n'avait la notion du temps, ils étaient simplement dans leur monde et personne ne semblait pouvoir les atteindre.
Enfin leurs lèvres se trouvèrent en une douce caresse qui se fit peu à peu plus pressante. Bill gémit, accueillant la langue de Tom dans sa bouche. Il passa ses bras autour du cou de son frère et se laissa embrasser paresseusement, ils adoraient tous les deux que leurs mouvements soient lents et passionnés, ça faisait accroître leur désir et leur avidité l'un envers l'autre. Leurs bouches se séparèrent et Bill prit le contrôle en échangeant les positions, il plaqua à son tour Tom contre le mur opposé à la porte d'entrée et attrapa la lèvre percée du blond entre ses dents. Il sourit et consentit à relâcher sa prisonnière pour l'honorer d'un doux baiser. Ils s'embrassèrent à plusieurs reprises, leurs corps se frottant l'un contre l'autre. Bill enserrait les poignets de son frère dans un geste possessif et gémissait à mesure que leurs corps s'enflammaient. Il glissa ensuite sa bouche dans le cou du dreadé et suça la peau, encouragé par Tom qui massait le bas de son dos en glissant ses doigts en dessous de son tee-shirt.
Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit laissant apparaître Simone et Gordon qui riaient de bon c½ur. Leurs sourires s'effacèrent dès que leurs yeux se posèrent sur les jumeaux. Bill n'entendait rien et ne voyait rien puisqu'il tournait le dos à la porte mais Tom, lui, commença à paniquer et rapidement il repoussa son double. La violence de son geste envoya Bill sur le sol qui ne put retenir un cri ; lentement son visage se tourna vers le point que Tom ne quittait pas des yeux et il rencontra les prunelles affolées de ses deux parents.
-Mais que...Que faisiez-vous ? Demanda Simone en lâchant son sac sur le sol.
Le c½ur de Tom battait à tout rompre ; après tant d'années de mensonges, tout ne pouvait pas éclater et s'écrouler ainsi. Il paniquait, il n'était pas certain de ce qu'il allait faire. C'était lâche, méchant et horrible mais c'est tout ce qui lui passait par la tête à ce moment là. Il rejoignit d'un pas rapide ses parents et bredouilla les mots qui brisèrent le c½ur de son double autant que le sien.
-C'est Bill. Je sais pas ce qui lui a pris, il m'a sauté dessus. Mon Dieu...
Tom évitait soigneusement le regard appuyé de son frère ; toujours au sol, ce dernier ne pouvait pas croire ce qu'il entendait. Il appela son jumeau mais celui ci ne répondit pas, il jouait son rôle. Bill se sentit trahi, humilié, il avait simplement envie de vomir, de disparaître. Il avait honte autant que Tom pouvait avoir honte.
-Tom ? Réessaya le brun, il allait se réveiller, tout cela ne pouvait être qu'un affreux cauchemar.
-Bill ? Demanda Simone, son ton était ferme, elle se laissait piteusement convaincre par son enfant et accablait Bill de ses yeux bruns.
-C'est faux ! Tom ? Il était apeuré, il plaqua son visage dans ses mains et soupira.
Il tremblait et quand il voulut se relever il tangua avant de s'évanouir.
D'instinct, Tom voulu lui venir en aide mais il se ravisa à la dernière minute. Il était lui aussi à deux doigts de s'évanouir, il se faisait pitié et se sentait minable. Simone releva le corps de son garçon et, avec l'aide de Gordon, l'emmena dans sa chambre. Quand elle redescendit, Tom était effondré dans le canapé, il pleurait bruyamment et ses pleurs furent mal interprétés par sa jeune mère. Elle le prit dans ses bras et le berça, insistant sur le fait que Bill n'avait pas mauvais fond, il était juste malade et elle ferait en sorte qu'il se remette de son état au plus vite, quitte à employer les grands moyens. Tom pleura de plus belle, il avait tout gâché et il ne se le pardonnerait jamais.
Le lendemain, Bill fut emmené de force par deux infirmiers. Il n'avait de cesse de hurler le prénom de son frère en se débattant. Simone assistait à la scène, impuissante, une main plaquée sur sa bouche, elle pleurait toutes les larmes de son corps. Elle se disait qu'il valait mieux que ce soit ainsi plutôt que de risquer que ses deux fils finissent en prison pour inceste. Puis, elle pensait réellement que Bill avait dérayé et que son séjour en clinique ne serait que de courte durée.
Tom s'était enfermé dans sa chambre, ses doigts appuyés fortement sur ses oreilles pour masquer les hurlements de son double. Sa respiration était saccadée, sa souffrance était aussi bien physique que mentale. Il voulait sortir, leur dire toute la vérité et se laisser enfermer lui aussi, il voulait tellement. Mais il était bien trop lâche et maintenant qu'il avait mis la machine en route, il n'était pas certain de pouvoir l'arrêter.
-Tom. Gémit Bill alors qu'un des infirmiers lui administrait un somnifère par injection.

Fin flash-back



-Tu m'as fait interner. Déclara Bill en se reculant prestement du corps de son frère.
Il calla son dos contre le mur et remonta ses genoux contre son corps, Tom voulut avancer sa main mais Bill se brusqua et refusa le contact.
-Je suis tellement désolé. Bredouilla Tom.
-Tu les as laissé m'emmener. Ajouta le brun, son ton montrait parfaitement à quel point il était blessé.
-Bill. Geignit son frère.
-Tu leur as dit que j'étais fou. Poursuivit Bill, son regard se perdant sur l'immense fenêtre qui était également munie de barreaux.
-Bill. Réitéra le blond dans l'espoir que son frère lui accorde ne serait-ce qu'un regard.
-Tu m'as fait enfermer. Un sanglot se bloqua dans sa gorge alors qu'il faisait face à la terrible réalité.
Tom baissa simplement la tête, s'apitoyant un peu plus sur son sort.
Trois coups furent tapés sur la porte et une voie féminine annonça que « les visites étaient terminées ». Tom soupira bruyamment, il avait remué ciel et terre pour que ses parents et le personnel acceptent qu'il rentre seul dans la chambre et, maintenant, il se demandait si ça en valait vraiment la peine. Bill ne lui pardonnerait jamais sa lâcheté, il le paierait jusqu'à la fin de ses jours.
-Vas-t-en avant qu'ils ne croient tous que je t'ai encore sauté dessus. Ah non. J'oubliais, je suis attaché. Il s'allongea sur le lit et noua une de ses mains au rebord du lit, d'un regard il fit comprendre à Tom qu'il avait besoin de lui pour attacher son autre main et ses chevilles. Tom obéit, Bill se laissait faire en pleurant silencieusement. Le blond, quant à lui, hoquetait désormais, ses sanglots n'avaient pas cessé depuis qu'il était entré dans la chambre. Il osa s'approcher de son frère et glissa une de ses mains sur sa joue, mais Bill tourna la tête du côté opposé et ferma les yeux.
Peu après, il entendit le cliquetis de la porte, signe que son jumeau était parti, et il pleura plus fort. Il se sentait seul, sale et malheureux.

Une semaine avait passé, Tom s'arrangeait toujours pour passer du temps seul à seul avec son jumeau mais il n'obtenait rien de sa part. Bill se murait dans son silence, il refusait d'adresser la parole à qui que ce soit. Tom ne restait qu'une heure et repartait dépité. Plus les jours passaient, plus son état se dégradait, il se laissait ronger par la culpabilité. Il avait perdu l'appétit à la seconde où on l'avait séparé de son double, il ne sortait plus, ne travaillait plus et voyait ses résultats scolaires descendre en flèche. Et ça ne faisait qu'une semaine.
La nuit, ne trouvant pas le sommeil, Tom s'imaginait mettre un point final à tout ça, il avait juste à dire la vérité. Hélas, ils finiraient tous les deux en prison ou à l'hôpital, peu importe, ils seraient enfermés tous les deux et personne ne pourrait venir les sauver. Or, Tom se trouvant à l'extérieur, il pouvait encore trouver une solution pour sortir son frère de cet enfer. Il s'agissait juste de trouver la solution.

Le silence de Bill avait interpellé le personnel de l'hôpital, aujourd'hui, une psychologue viendrait discuter avec lui. Même s'il savait que tôt ou tard il y aurait eu le droit. Sinon, à quoi bon rester couché dans un lit 24h/24h ? Certes, il n'avait plus à être attaché mais il restait quand même fermé dans sa chambre ; peut-être les gens pensaient-ils qu'ainsi il réfléchirait à ses actes et se jurerait de ne plus recommencer. Oui, il pouvait mentir à son tour et confirmer les dires de Tom. Mais non, c'était juste impossible.
Ils s'aimaient pourtant, comment Tom avait-il pu faire ça ? C'était cette seule et unique question qui tourmentait l'esprit du brun jour et nuit.

-Bonjour Bill. Annonça la voix fluette de la psychologue. Elle était grande, mince et ses cheveux étaient noués en un chignon, elle tenait un cahier dans ses mains et elle souriait. Pourquoi souriait-elle ? Est-ce que ça l'amusait de passer sa vie à interroger des fous ?
Bill ne répondit pas, se retournant simplement dans son lit.
-Pourquoi vous ne parlez pas ? Poursuivit-elle. Vous avez soif ? Faim peut-être ? Vous savez vous avez le droit de sortir, il y une salle de loisir au fond du couloir. Vous ne voulez pas sortir ? Pourquoi ?
Désormais, Bill avait plaqué ses mains sur ses oreilles, cette psychologue à l'humeur joviale lui tapait sur les nerfs et il était à deux doigts de l'insulter mais il s'était promis de se taire jusqu'à ce qu'on le fasse sortir. C'était peut-être stupide mais c'est tout ce qu'il avait trouvé.
-Vous devriez parler, je ne vous veux aucun mal. Je veux juste comprendre...
-Comprendre quoi ?! Hurla Bill, sa voix enrouée. Il avait craqué et il regrettait déjà.
-Ah. S'enthousiasma la femme. Bon, maintenant, on reprend depuis le début.
-On reprend rien du tout, barrez-vous. Ses yeux semblaient lancer des éclairs.
-Bill, nous partons sur une mauvaise base. Rien de ce que vous me direz ne sortira de cette chambre. Vous n'avez pas envie de parler ?
-Non. Soupira le brun en calant sa tête sur l'oreiller.
-Pourquoi ? Insista t-elle.
-Parce-que. Bredouilla t-il.
-Mais encore ?
-Parce que c'est comme ça et pas autrement. Je n'ai rien à faire ici, point. Déclara t-il, la voix soudain plus claire.
-Dans votre dossier il est dit que, elle jeta un ½il à son cahier, que vous aviez embrassé votre frère en employant la force.
Bill roula des yeux et soupira, c'était impensable.
-C'est faux ?
-Bien sûr que c'est faux.
-Que s'est-il passé Bill ? Demanda la psychologue.
-Rien du tout. Murmura t-il, il revoyait des images de leur baiser et son c½ur se brisa.
-Vous ressentez du désir pour votre jumeau ?
Les yeux de Bill s'ouvrirent largement, ça ne la regardait absolument pas.
-Qu'est-ce que ça peut vous faire ?! Cracha t-il.
-Si ce qui est dit dans ce dossier est vrai, alors vous devez bien avoir des pulsions sexuelles envers lui, sinon pourquoi vouloir l'embrasser ?
-Je ne l'ai pas forcé ! Il se débattait dans ses draps, il voulait s'enfuir, cette psychologue était bien trop curieuse.
-Il était d'accord alors ?
-Je... Bill se ravisa aussitôt, s'il révélait qu'ils étaient consentants tous les deux, le pire pourrait arriver. Il mordit sa lèvre et chercha rapidement une issue de secours.
-Oui ? Intervint la femme.
-Oui et non. C'était une sorte...d'essai. On ne comptait pas recommencer. Mentit Bill, son estomac se tordant désagréablement à l'intérieur de lui.
-Vraiment ? Pourquoi votre frère ment-il ?
-Parce qu'il a eu peur, c'est qu'un lâche. Assura Bill et il ne mentait pas cette fois-ci.
-Si...Tom c'est ça ? Bill acquiesça d'un signe de tête. Si Tom confirme ce que vous dîtes, vous sortirez rapidement. Il faudra d'abord que je vous rencontre tous les deux pour être certaine que ça n'était effectivement qu'une erreur.
-C'est ça, une erreur. Murmura Bill en se tournant du côté opposé à la jeune femme.
-Je suis là pour vous aider Bill, mettez vous d'accord avec votre frère.
Bill ne répondit pas, ses yeux se fermèrent alors qu'il sentait sa peine remontait à la surface.
-Bonne soirée, à bientôt. Dit la psychologue avant de quitter la chambre.
Le brun laissa libre cours à ses larmes, il avait mal. Il devait parler à son frère et le convaincre de mentir, encore. Il soupira profondément et se laissa emporter par le sommeil.

Tom était à l'heure, comme tous les matins. Et comme tous les matins, il bataillait pour que le personnel de l'hôpital le laisse entrer seul dans la chambre de son jumeau. Accord obtenu -le piteux état de Tom y étant pour beaucoup- il se dirigea d'un pas mal assuré vers la chambre 120. Il toqua deux fois et poussa la porte, aujourd'hui encore il séchait les cours mais c'était le cadet de ses soucis...
-Bonjour Bill. Murmura t-il en s'approchant du lit.
Comme à l'accoutumée, Bill ne répondit pas, ses yeux restant fixés sur les pages d'un vieux roman qu'il avait piqué à l'espace loisir de l'hôpital.
-Qu'est-ce que tu lis ? Demanda prudemment Tom, il faisait attention à chacun de ses mots et essayait en vain de faire la conversation.
Bill ne bougea pas et laissa Tom s'asseoir près de lui. Le dreadé fouilla dans une de ses poches et en ressortit le mp3 de son jumeau, il lui tendit et Bill s'en saisit aussitôt. La musique était ce qui lui manquait le plus, après la confiance envers son double. Il posa le roman à côté de lui et démarra le lecteur en vissant les écouteurs sur ses oreilles. Tom jeta un ½il sur le livre et son c½ur se serra à la lecture du titre : « Trahison ». Bill n'aimait pas la lecture, il faisait uniquement passer un message à son frère par ce biais.
-Bill ? Demanda le blond en retirant les oreillettes à son jumeau et il fut surpris que Bill n'émette aucune résistance. Je t'en prie, parle moi. Ses yeux étaient humides et sa gorge serrée.
-Comment tu as pu faire ça ? Lança Bill, une semaine qu'il ne lui avait pas adressé la parole.
-Je sais pas. Bredouilla le dreadé en serrant le drap dans une de ses mains.
-Tu sais pas ?! Tu disais qu'on serait toujours ensemble, t'as tout gâché.
-Je sais tout ça, je m'en veux tellement. Assura le blond, ses yeux rencontrant les prunelles brunes de son frère.
-Je comprends pas, je croyais que...Il soupira et lâcha le regard de son frère pour se concentrer sur la grande fenêtre.
-Que quoi Bill ?
-Que tu tenais à moi, un minimum. Murmura Bill, ses mains broyaient son tee-shirt.
-Je t'aime Bill, vraiment. Déclara Tom, il le pensait plus que jamais.
-Tu les a laissé m'emmener. Dit Bill, finissant dans un sanglot.
Il faisait à nouveau face à son frère et il se rendit compte à quel point il avait besoin de lui, malgré tout. Lui aussi l'aimait, plus que tout, mais il avait perdu toute sa confiance.
Tom bougea sa main et l'approcha du visage pâle de Bill, il caressa sa joue mouillée et, doucement, la glissa jusqu'à sa nuque pour l'approcher de lui. Bill n'émit aucune résistance et enfouit son visage dans le cou de son frère. Il pleura plus fort et finit par encercler le corps de son jumeau de ses bras, il l'étreignit étroitement et laissa libre cours à sa peine.
-Comment je peux me faire pardonner ? Demanda Tom en caressant la nuque de Bill.
-Sors moi d'ici. Fut l'unique réponse du brun.
-C'est impossible, toutes les entrées et sorties sont surveillées, y'a des caméras dans les couloirs. Avoua le blond, défaitiste.
Bien sûr qu'il y avait pensé, plusieurs fois même, mais à chaque fois il revenait à ce triste constat. Le brun s'éloigna de l'étreinte et plongea son regard dans celui de son double. Il renifla et essuya vulgairement son visage sur la manche de son pyjama.
-Moi je sais.
-Comment ? Demanda Tom, il était plus déterminé que jamais.
-La psy est venue, il faut que tu dises que tu étais d'accord. Prononça Bill à mi-voix.
-D'accord ? Le blond ne saisissait pas ce que son frère sous-entendait.
-Tu sais, pour...le baiser. Et/ Ses yeux se baissèrent sur ses mains que Tom enserrait avec possessivité.
-Quoi ?! Non Bill, c'est pas possible. C'est de l'inceste. S'affola le dreadé, le dernier mot l'effrayant rien qu'à sa prononciation.
Bill retira brusquement ses mains de celles de son frère et fronça les sourcils.
-Putain, t'es qu'un lâche Tom. Siffla t-il en balançant le vieux roman sur le sol dans un excès de colère.
-Bill. Il s'interrompit, il n'y avait rien à dire, c'était la strict vérité.
-Tu m'as pas laissé finir. Chuchota Bill en soupirant. Il faut que tu dises que tu étais ok mais que c'était juste une expérience, tu sais, une bêtise.
-Mais c'est faux. Ajouta Tom.
-Parce que je t'ai sauté dessus peut-être ?! S'énerva Bill.
-Non. Putain, non. Culpabilisa t-il en s'appropriant à nouveau les mains de son jumeau.
-Sors moi d'ici Tom. Ce n'était pas une plainte, ni une demande, ni même une simple affirmation. C'était un ordre.
-Je vais le faire. Promis le blond, son estomac se nouait à l'intérieur de lui, il n'était pas certain de pouvoir mentir à nouveau.
-Promets le moi. Demanda le brun en ancrant ses prunelles dans celles de son double.
-Je te le promets. Certifia l'intéressé, ses yeux se posèrent sur la bouche de son frère stipulant qu'il avait envie de l'embrasser. Bill comprit et bougea sa tête de droite à gauche.
-Non Tom, une fois, pas deux.
Tom déposa simplement un baiser sur son front et caressa doucement ses cheveux emmêlés. Il appuya ensuite un doigt sur sa bouche et fit une courte pression. Bill sourit à peine mais cela suffit à gonfler le c½ur de Tom, il ne l'avait pas vu sourire depuis ce qu'il appelait « le drame ».
-Je me charge de prévenir la psy, tu reviens demain ? Annonça Bill, il voulait en finir au plus vite.
-Bien sûr. Certifia Tom, sachant pertinemment qu'il ne pourrait pas retarder l'échéance. Cette rencontre l'effrayait et il redoutait qu'une fois de plus sa lâcheté prenne le dessus...
-A demain alors. Dit Bill d'une voix calme, il n'était pas certain de pouvoir compter sur son frère.
-A demain. Il voulut rajouter qu'il était désolé pour tout ça et qu'il l'aimait mais les mots restèrent bloqués et seul un soupir franchit ses lèvres.
Il se leva et quitta la chambre sans un mot de plus.

Bill se réveilla tôt le lendemain, sa nuit avait été de courte durée. Au fond de lui, il savait que Tom ne le ferait pas souffrir à nouveau et qu'il serait là, à l'heure, pour mettre en place le plan de secours. Mais d'un autre côté, il avait terriblement peur ; si Tom avait été assez lâche pour le faire passer pour fou et l'envoyer en centre psychiatrique, alors il pouvait très bien ne pas venir et laisser leur monde doucement s'écrouler à leurs pieds.
Lassé de faire les cent pas dans sa chambre, Bill prit l'initiative d'aller faire un tour dans la salle de loisir, il en profiterait pour ramener le livre. Il enfila une veste et, pieds nus, sortit de sa chambre. Des infirmières le regardèrent avec dédain, d'autres semblaient compatissantes, d'autres encore exprimaient la pitié. Le brun tâcha de faire abstraction du fait qu'ici, il était considéré comme un dérangé et que les regards s'accordaient à cette pensée.
Il passa la porte de la petite pièce qui n'était que très faiblement éclairée et remarqua la présence d'un garçon. Il devait être âgé d'une vingtaine d'années, ses cheveux étaient coupés très courts et il était vêtu du même pyjama que lui. Le regard du jeune homme restait bloqué sur son bras sur lequel il était en train de gribouiller au feutre, il semblait loin, très loin. Bill eut un frisson à cette pensée et observa le garçon qui se mit alors à parler.
-Il ne faut pas mélanger le sucré et le salé, s'il fait nuit alors il ne fait pas jour, un papa ce n'est pas une maman, le noir n'est pas blanc et le blanc n'est pas noir...
Debout devant l'encadrement de la porte, Bill ne détachait pas ses yeux du garçon qui semblait vraiment touché par un traumatisme dont il ignorait totalement le nom. Il énumérait tout ce qui s'opposait, les couleurs, les chiffres, les dates, les animaux, tout en continuant de dessiner sur ses avant-bras.
-Bill, qu'est-ce que vous faîtes là ? Dit une voix proche le faisant sursauter.
-Je...euh, reposait un livre. Il se retourna et fit face à la psychologue qui lui prit le roman des mains.
-Ce genre de lecture n'est réservé qu'aux visiteurs, pas aux résidents. Dit-elle après avoir pris connaissance du titre.
-Je ne l'ai pas lu de toute façon. Soupira t-il en reposant l'objet du délit à sa place initiale.
-Bien. Venez, j'ai à vous parler.
Bill acquiesça d'un signe de tête et suivit la psychologue jusqu'à sa chambre ; il se retourna brusquement en entendant le 'garçon aux opposés' se mettre à hurler. Deux infirmières étaient en train de l'obliger à se lever, soit disant qu'il n'avait rien à faire ici, il occupait le 5ème étage. Bill savait que les étages correspondaient aux degrés de folie des résidents, il y en avait 6 en tout, lui se trouvait au premier, « une chance » pensa t-il.

Bill prit place sur son lit remarquant aussitôt la présence de son Mp3 sur le matelas, il pria pour que la psychologue ne le remarque pas, ce genre d'appareil était interdit dans l'enceinte de l'hôpital. Il le recouvrit doucement du drap et adressa un sourire maladroit à son interlocutrice.
-Comment vous allez aujourd'hui ? Demanda t-elle en se saisissant d'un stylo.
-De quoi voulez-vous me parler ? Rétorqua Bill, sûr de lui.
-Je suis venue pour vous mettre en garde. Annonça t-elle, elle ne souriait plus.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Paniqua Bill en attrapant le bas de son haut dans ses mains pour le martyriser.
-Ce n'est pas aussi simple que vous pouvez le penser, poursuivit-elle, vos parents ont demandé à ce que vous soyez soignés, vous ne pouvez pas sortir une semaine plus tard en prétextant qu'il s'agit d'une erreur.
-C'est une erreur ! S'énerva le brun. Mon frère peut confirmer ; il va bientôt arriver d'ailleurs.
-Justement, les dires de votre frère ne seront pas pris à la lettre. Comprenez que l'on trouve bizarre qu'il vous accable et que, du jour au lendemain, il revienne sur sa décision. Annonça t-elle clairement.
-Qu/Quoi ? Begaya Bill.
-Pour les soignants, votre frère vous aide parce que, justement, c'est votre frère et qu'il vous aime mais, pour eux, vous êtes malades et ils ne peuvent pas prendre le risque que vous recommenciez. Déclara t-elle en chassant une mèche de cheveu de son visage, elle semblait gênée, attristée peut-être.
-C'est pas possible. Tous ces espoirs s'effondraient.
-Il vous suffira d'accepter les séances de thérapie et lorsque l'on considèrera que vous êtes soignés, vous pourrez sortir.
-Non, non, non ! Cria Bill en plaquant son visage dans ses mains.
Au même moment, deux coups furent tapés contre le bois de la porte et cette dernière s'ouvrit doucement. Tom était là. Dès que Bill l'aperçut, il se leva et se jeta dans ses bras. Le blond l'accueillit chaleureusement, ne remarquant même pas la présence de la psychologue.
-Tu vois je suis là. Murmura Tom en caressant doucement le dos de son jumeau.
-Emmène-moi. Chuchota Bill dans le creux de son oreille.
-Tom je suppose ? Enchanté, je suis Mme Kleis, psychologue au sien de ce centre. Annonça t-elle en avançant une main vers Tom qui tenait toujours son frère dans ses bras. Le dreadé serra rapidement la main de la femme dans la sienne et tenta de s'extirper des bras de son frère mais celui ci le tenait fermement. Tom se sentait mal à l'aise, il avait toujours cru que les gestes qu'il échangeait avec son jumeau pourraient être mal interprétés.
-Bill, on doit discuter, tu sais. Dit-il doucement et Bill consentit à défaire l'étreinte.
-C'est plus la peine. Lâcha Bill en baissant le visage, il retourna s'asseoir sur son lit et soupira en attrapant son Mp3, plus rien ne pouvait l'atteindre.
Tom ouvrit grand les yeux et interrogea du regard la psychologue qui l'invita à s'asseoir sur le siège en face d'elle mais Tom préféra s'installer auprès de son jumeau. La femme répéta tout ce qu'elle avait dit précédemment à Bill, ne faisant abstraction d'aucun détail. Tom crut que le monde s'écroulait soudainement, il voulut parler mais aucun son ne sortit de sa bouche, ses yeux naviguaient de Bill à la psychologue. Oubliant sa gêne, il s'empara de la main manucurée de Bill et la serra très fort dans la sienne lui faisant ainsi comprendre qu'il ne baisserait pas les bras.
-Je vous assure que tout cela n'est qu'une erreur. Bill ne m'a pas forcé, c'était un essai et on ne comptait pas recommencer. Avoua Tom, se remémorant avec précision ce que Bill lui avait dit.
-Peut-être mais ça ne suffira pas. Confirma la femme.
-Mais pourquoi ? S'offusqua Tom.
-Pour les raisons que je vous ai énoncé précédemment, Bill est là pour être soigné, votre témoignage n'y changera rien.
-Bill n'est pas malade ! C'est injuste. Cracha le blond en resserrant sa prise sur la main de son jumeau.
-Laisse tomber Tom. Murmura le concerné en appuyant sa tête contre l'épaule du dreadé.
-Je vais vous laisser. A bientôt, Bill, on sera amené à se revoir. Dit-elle en se dirigeant vers la porte.

-Je la déteste, elle m'a dit que c'était possible, que t'avais juste à parler. Bredouilla Bill en s'allongea sur son lit, lâchant la main de son frère par la même occasion.
-Tout ça c'est de ma faute. Soupira Tom.
-Si je reste ici, je deviendrais fou, pour de bon. Avoua Bill en regardant une fois de plus l'immense fenêtre munie de barreaux.
-Bill. Supplia Tom, il fallait que son frère se batte.
-Sors moi de là Tom. Murmura Bill en tirant sur le bras de son jumeau pour qu'il s'allonge près de lui.
-Comment ? Demanda Tom sur le même ton, couché sur le flanc, sa bouche n'était qu'à quelques millimètres de celle du brun.
-Trouve. Fût l'unique réponse de Bill ; doucement il approcha son visage pour sceller leurs lèvres. Il soupira d'aise et accentua le baiser en glissant sa langue dans la bouche de son homologue. Tous deux gémirent face à cette douce retrouvaille mais coupèrent court à l'échange, quelqu'un pouvait rentrer à n'importe quel moment.
-Je te jure qu'avant la fin de la semaine, tu es dehors. Dit Tom en faisant se frôler leurs lèvres.
-C'est dans 3 jours. Répondit Bill.
-Tu me fais confiance ? Demanda Tom, peu sûr de la réponse.
-Je/...je sais pas. Bredouilla Bill, pouvait-il encore lui faire confiance ?
-Tant pis, moi, je te le promets. Assura Tom en embrassant son front.
-Alors je te crois.
Ils s'embrassèrent une dernière fois et Tom quitta la chambre pour mettre en place un plan d'évasion. Sur le retour, il fit attention à chacune des caméras, aux différentes portes de sorties mais aussi aux bouches d'aération et aux accès privés.
Dans 3 jours, son frère devait être libre, c'était sa seule chance de se faire pardonner et d'affronter sa lâcheté une bonne fois pour toute.

Le lendemain, Tom revint à l'hôpital avec une bonne nouvelle pour son jumeau. La veille au soir il avait eu une discussion avec ses parents, il avait simplement avoué la vérité. Enfin, une partie de la vérité. Le baiser n'avait été qu'une erreur et Bill était injustement enfermé à l'heure actuelle. Evidemment, Simone et Gordon étaient restés distants face à cet aveu, ils ne pouvaient pas croire que Tom ait laissé Bill se faire emmener par les infirmiers, de même qu'ils ne pouvaient se faire à l'idée que leur fils avait menti simplement par lâcheté. Hélas, qu'ils le croient ou non, leur témoignage ne servirait pas à grand chose, sauf peut-être à faire avancer la procédure pour que Bill sorte de l'hôpital. Mais Tom savait que Bill ne tiendrait pas une semaine de plus entre les murs du centre, Bill lui-même lui avait bien fait comprendre.

Tous deux furent contents de se retrouver, Bill s'intéressa directement au plan de son frère mais Tom se contenta de lui parler de sa conversation avec leurs parents. Bill ne pouvait pas faire abstraction du fait que son jumeau faisait énormément d'efforts pour se faire pardonner auprès de lui, il s'en trouvait flatté et sa colère se faisait vaine. Le blond n'évoqua que très peu ses idées concernant leur plan d'évasion, rien n'était concret dans sa tête mais il était bien déterminé à trouver une solution le soir même. Bill n'y attacha peu d'importance, il ne voulait en aucun cas se faire d'illusions quant à sa sortie prochaine...
Ils parlèrent de tout et de rien pour la plus grande joie du dreadé qui semblait retrouver la confiance de son frère ; Bill évoqua la visite de ses parents prévus pour la fin de la semaine, la confrontation lui faisait peur, peur de lire la honte et le mépris dans les yeux de sa mère mais aussi de son beau-père qu'il considérait malgré tout comme son père. Tom tenta tant bien que mal de le rassurer, de toute façon, au moment où Simone et Gordon se rendraient à l'hôpital, Bill n'y serait plus.
Ils se quittèrent deux heures plus tard, Tom embrassa tendrement son double, lui promettant une fois de plus qu'il ferait en sorte d'accomplir sa tâche.
En quittant l'hôpital, le blond se faufila jusqu'à la pièce réservé aux personnels, il surveilla ses arrières et scruta la pièce où matériels et tenues de travail étaient entreposés. Les idées faisaient peu à peu son cheminement dans sa tête. La première qui lui traversa l'esprit fut de se faire passer pour un membre de l'équipe en empruntant une tenue d'infirmier hélas, les premiers inconvénients ne tardèrent pas à faire leur entrée. Toutes les personnes travaillant au centre se connaissaient, au moins de vue, et un infirmier d'une vingtaine d'années, portant des dreads ne passerait sûrement pas inaperçu... Il se mordit la lèvre, il avait l'impression que tous ces efforts se réduisaient à néant. Pourtant son regard se porta sur une porte adjacente à la pièce du personnel et un sourire se glissa doucement sur ses lèvres.
Il avait trouvé une solution, la solution, la seule qui puisse exister.
La nuit durant, Tom ne dormit pas, il organisa son plan avec minutie, ne tâchant de ne rien oublier. Il avait besoin d'amener des accessoires au centre dés le lendemain mais il savait que son sac serait fouiller, or les affaires en question ne permettraient pas de mettre en péril son petit plan. « Une bonne chose » pensa t-il. La suite serait simple, fallait-il encore que son frère accepte de relever le défi...

-Quoi ?! Cria Bill.
Tom lui intima de ne pas parler trop fort, sous peine qu'une infirmière débarque dans la chambre.
-Bill, c'est la seule solution.
-Non Tom. Dit le brun en secouant sa tête de droite à gauche, l'espace d'une seconde il se demanda si Tom n'avait pas eu une absence au moment où il avait eu cette idée.
-Y'a des caméras partout, les entrées et sorties des patients sont surveillés. Clarifia Tom, c'était bel et bien l'unique solution.
-Si on se fait prendre ? Demanda Bill en s'asseyant sur le lit.
-Je serais le seul fautif. Promis le blond, il savait parfaitement ce qu'ils risquaient mais il s'arrangerait pour écoper Bill de toutes sanctions.
-Tom, c'est de la folie. Assura Bill, regrettant aussitôt ses mots.
Le blond s'assit près de son jumeau et attrapa une de ses mains dans la sienne, obligeant leurs regards à se trouver.
-Bill, il faut que tu sortes.
Les mots de son jumeau surprirent Bill, Tom était celui qui l'avait envoyé dans cet enfer et aujourd'hui il se démenait pour l'en sortir. Il était un peu perdu mais il se laissait peu à peu prendre par ses sentiments. Tom était sincère et il n'en doutait pas, il avait simplement peur. Tom était tout aussi effrayé mais il fallait qu'un des deux se montrent fort et il se devait d'être celui ci.
-Ok. Murmura Bill, acceptant ainsi la proposition saugrenue de son double.
Tom sourit doucement avant de redresser le visage fatigué de son jumeau du bout des doigts, il scella doucement leurs lèvres et glissa ensuite sa bouche jusqu'à l'oreille de son frère. Il lui susurra son amour et le prit tendrement dans ses bras en le berçant. Bill fut d'abord surpris, il savait que Tom n'allait pas aussi bien qu'il pouvait le montrer mais il continuait d'être là pour lui, et il découvrait un Tom doux et attentionné. Son frère était toujours tendre avec lui mais jamais il ne lui parlait ainsi, jamais il ne lui disait qu'il l'aimait, il n'en avait pas besoin puisqu'ils se comprenaient par les regards et les gestes qu'ils échangeaient. Or, Bill prenait goût à la nouvelle personnalité de son double et en redemandait, se blottissant un peu plus dans ses bras, se laissant doucement caresser dans le creux des reins.
-Ca va marcher hein ? Demanda Bill en faisant allusion à sa fuite.
-On va tout faire pour. Promis Tom en l'embrassant dans le cou.
Ils se séparèrent à contrec½ur et Tom quitta la chambre, il serait de retour le soir même sachant qu'on ne ferait pas trop attention à lui puisque le personnel avait pour habitude qu'il vienne seulement le matin, toujours à la même heure.

19h. Tom se rendit à l'hôpital, son c½ur faisait des bonds dans sa poitrine. C'était risqué mais il était prêt à assumer les conséquences de ses actes. Il s'engouffra dans le vestiaire du personnel, priant pour que personne ne s'y trouve. Ceci fait, il passa la seconde porte et tira le chariot des ménagères jusqu'à la sortie. Il inspira profondément en longeant le couloir, il savait qu'il était filmé et si son plan fonctionnait, les autorités mettraient peu de temps à découvrir le stratagème. Il rentra dans la chambre de Bill qui sursauta alors qu'il était en train d'écouter la musique.
-Tu es prêt ? Demanda Tom en l'embrassant tendrement.
-Je veux sortir.
Tom acquiesça d'un signe de tête et sortit de son sac du maquillage et des chaussures, Bill grimaça et analysa rapidement les accessoires. De son côté, Tom s'affairait à vider l'immense panière à linge sur le chariot et il tendit la blouse bleue à son frère. Bill semblait vraiment sceptique face à tout ça et Tom s'excusa de lui faire subir tout ça. Oubliant sa gêne, Bill enfila la blouse par-dessus un jean et un tee-shirt que son jumeau lui avait apporté. Il attacha ses cheveux et se maquilla avec les divers produits cosmétiques de sa mère. Quand il se regarda dans le miroir, il fit une grimace de dégoût ; il détestait ses yeux maquillés de bleu, sa bouche redessinée au rouge vif et ses pommettes rosies par la poudre. Il avait plus l'impression de ressembler à un clown qu'à une femme. Tom retint un sourire et lui noua un foulard sur la tête.
-Pourquoi c'est pas toi qui fait la fille ? Questionna Bill alors que son frère l'embrassait sur le front.
-Je, à cause de mes dreads et puis, moi, je sais pas marcher avec des talons.
-Moi non plus. Précisa Bill.
-Je suis désolé de t'imposer tout ça. Soupira le blond, il est vrai qu'il avait encore fait preuve de lâcheté.
-C'est pas grave, on sera bientôt dehors. Sourit le brun en câlinant son jumeau.
-Oui. Je t'aime Bill. Souffla Tom dans le cou de son frère.
Ce dernier sourit et resserra son étreinte, quelques minutes de silence dans les bras de Tom lui permettaient d'oublier son stress.
-Allez, on y va. Prévint Tom en se rapprochant du chariot, grimaçant à son tour, il se glissa dans la panière à linge. Bill la referma à l'aide de la fermeture éclair et chaussa les chaussures de sa mère. Il fit quelques pas histoire de s'y habituer et se demanda comment les femmes de ménage pouvaient se déplacer avec ses immondes sabots à talons. Coupant court à ses réflexions, il sortit de la chambre en poussant le chariot de manière adroite. « De la folie » pensa t-il.
Bill évita soigneusement le regard du personnel qui ne faisait pourtant que très peu attention à lui, les femmes de ménage travaillaient tard le soir ou tôt le matin et n'étaient que peu connu des autres employés. Il longea un premier couloir et paniqua un peu à l'arrivée du virage, son frère faisait contrepoids à l'avant du chariot et Bill avait du mal à coordonner ses mouvements. Tant bien que mal, il réussit à passer le virage et suivit la pancarte « sortie » comme lui avait indiqué son jumeau. Plus qu'une porte et il atteignait l'issue de secours ; c'est alors qu'un garçon buta dans le chariot. Bill le reconnut aussitôt, c'était Gustav, le garçon du cinquième qui avait encore réussi à s'échapper de sa chambre. Le jeune malade croisa le regard du brun et se mit à murmurer :
-Un garçon c'est pas une fille et, toi, t'es un garçon. Assura t-il en répétant trois fois de suite sa phrase.
Bill resta pétrifié au milieu du couloir, ne sachant quoi faire et que dire. Gustav tourna autour du chariot, son regard se perdant sur le carrelage froid de l'hôpital. Bill finit par avoir le tournis et secoua sa tête, il poussa brusquement le chariot faisant s'arrêter le jeune homme de bouger. Tête baissée, le brun franchit les quelques mètres jusqu'à la porte de sortie et Gustav se mit à hurler, alertant ainsi les veilleurs de nuit. Tom ne semblait pas réellement comprendre ce qu'il se passait mais ce qui est sûr, c'est qu'il angoissait. Recroquevillé dans le grand sac, il serrait ses mains moites entre elles et priait pour que tout se passe bien. Bill aussi avait peur, Gustav l'avait reconnu et le personnel aurait vite fait de le rattraper. Il poussa rapidement les portes battantes et put enfin sentir l'air frais caresser son visage, il ferma les yeux et sourit, il était libre. Il avança jusque dans un coin sombre du parking et dézippa le sac de linge. Tom sortit péniblement, les joues rougies, il sourit en attrapant son frère dans ses bras. Il le souleva du sol et tourna plusieurs fois sur lui-même, provoquant les rires de son double. Ils jetèrent la blouse et les chaussures dans un conteneur et coururent jusqu'à la voiture du blond, garée un peu plus loin. Tom démarra en trombe et quitta le parking pour rejoindre la nationale, sans un regard en arrière. Bill s'affaira à se démaquiller et détacha ses cheveux avant de porter son regard sur la route.
-Où veux-tu aller ? Demanda Tom.
-J'ai faim. Précisa Bill.
Le blond acquiesça d'un signe de tête et se dirigea vers une pizzeria. La nuit était tombée et il frissonna en posant une main sur le genou de Bill. Aussitôt, le brun recouvrit la main de son double de la sienne et lui adressa un sourire.
-Tu me pardonneras un jour ? Questionna le blond en ne lâchant pas son frère du regard.
-C'est déjà fait. Souffla Bill avant de l'embrasser du bout des lèvres.
Tom reporta son regard sur la route en accélérant prestement.

Une procédure fut engagée contre les jumeaux mais aucune charge ne fut retenue contre eux, ce qu'ils avaient fait était grave mais leurs parents avaient engagés un très bon avocat qui avait su trouver les bons arguments pour aller en leur faveur. Ce n'était que deux adolescents, séparés, rongés par le chagrin, qui avaient enfreint les lois pour se retrouver. L'enfermement de Bill avait été qualifié d' « erreur » et le dossier était clos. Les mois de procès furent longs pour tout le monde mais le résultat fut amplement satisfaisant.

Les jumeaux s'étaient retrouvés à l'étage pour évacuer le stress de ces derniers temps, allongés sur le lit, leurs regards étaient connectés et aucun d'eux ne pipait mot. Quelques minutes passèrent ainsi, Tom rompit le silence en approchant ses doigts de la joue chaude de son jumeau, il la caressa à peine et lui jura que plus jamais il ne laisserait sa lâcheté prendre le dessus.






£µtt!

# Posté le dimanche 02 novembre 2008 09:30

Modifié le vendredi 19 décembre 2008 05:24