Tire: J'ai juste envie d'être seul.
Note : Une envie soudaine d'écrire, j'ai laissé les mots filer sur le papier... Enjoy.
Je claque la porte derrière moi et m'affale sur le lit de la chambre d'hôtel. Comme par automatisme, mes paupières se ferment et j'inspire une grande bouffée d'air.
Le silence qui règne est bien vite brisé par le marteau piqueur qui squatte ma tête. J'ai un mal de tête infernal, autant parler de migraine puisque c'est de ça que je souffre depuis le début de l'après-midi.
Je me masse les tempes, tentant d'évacuer ce mal mais c'est peine perdue.
Je me relève difficilement et me dirige d'un pas lourd vers l'immense salle de bain. J'attrape ma petite pochette sur le bord de l'évier et en sort deux aspirines que je plonge dans un verre d'eau.
En attendant l'effervescence totale, je pose mes mains sur les rebord du lavabo et baisse la tête, mes cheveux viennent caresser mon visage. L'odeur qu'ils dégagent renforce profondément mon sentiment de colère et d'antipathie envers cette journée passée, trop longue à mon goût. Ça sent le tabac et la transpiration, tout ce dont j'ai horreur.
Je relève la tête et croise mon regard dans le miroir, j'ai vraiment une sale tête... Pourquoi faut-il toujours que mon humeur se répercute sur mon physique ?
Je soupire et décide de remplir la baignoire, j'y verse tous les flacons qui se trouvent à portée de main sans même savoir de quoi il s'agit. Je prends un peu de recul et retire mon jean ainsi que mes chaussures et mes chaussettes. Je garde mon tee-shirt et regarde l'eau inondé le bac ovale ; c'est dingue on pourrait être quinze là dedans !
Mais là, j'ai juste envie d'être seul.
J'arrête l'eau avant que ça ne déborde, retire mon tee-shirt et mon boxer, et me glisse doucement dans le bassin, faisant frotter mon dos contre le rebord lisse. Je soupire de bien être au contact du liquide bouillant et peu à peu mes muscles se détendent. Je pose ma tête sur le bord, respirant les odeurs parfumées de mon bain.
Mes yeux se portent sur le verre posé près du lavabo, j'ai bien sûr oublié de boire le contenu. Mais, après tout, ce moment de détente me sera sûrement d'un meilleur secours.
La mousse recouvre toute la surface de l'eau, cachant mon corps fatigué.
Je me remets à penser aux évènements de la journée : un photoshooting plus qu'ennuyant dans la matinée, un repas pris entre deux interviews et une après midi seul, à travailler ma voix qui ne cesse d'avoir des ratés depuis cette opération de malheur. Pour couronner le tout, David m'engueule et me reproche un sois disant manque de volonté.
J'aimerais bien le voir lui, il croit peut-être que ça me fait plaisir de ne plus chanter comme avant, de gâcher une chanson en plein milieu d'un concert et préférer laisser chanter les fans plutôt que de faire un massacre de ma propre chanson.
Et puis j'ai eu le droit à la petite leçon de morale concernant mon addiction à la nicotine. Comme si c'était simple de s'arrêter de fumer, je ne m'en sens vraiment pas le courage en ce moment. J'en ai besoin même si je sais que c'est très mauvais, surtout pour ma voix.
Un énième soupire s'échappe de mes lèvres, faisant s'envoler un échantillon de mousse.
Je sens le sommeil m'attraper à mesure que mes membres s'engourdissent mais quelqu'un frappe à la porte, non sans violence.
-Bill, c'est moi.
Tom. Il tombe mal, très mal. Quand je suis énervé et peiné à la fois, j'ai tendance à m'en prendre aux gens qui m'entourent...
-Je peux entrer ?
Non. Là, j'ai juste envie d'être seul.
J'ouvre la bouche pour lui répondre quand je le vois planté au milieu de ma chambre, un large sourire étire ses lèvres. Il a vraiment un air benêt des fois, je me demande si j'ai le même.
-Eh bien on se refuse rien à ce que je vois.
-Je ne me fais pas apporter du champagne tous les soirs, moi !
Un partout. Je fronce les sourcils espérant qu'il comprenne que je ne suis pas de bonne compagnie et m'enfonce un peu plus sous l'eau, mon menton étant presque entièrement immergé.
Tom s'approche, contourne la vitre qui sépare la chambre de la salle de bain et dépose ses baskets dans un coin.
-Je peux venir ?
-Tom, je suis à poil !
-Oh ça va hein ! T'es mon jumeau puis avec la quantité de mousse qu'il y a je ne risque pas de découvrir tes petits secrets...
-Petit ? Mais va te faire foutre !
Il pouffe de rire et pose sa casquette ainsi que son bandeau sur le rebord du lavabo. Ses dreads lui tombent sur les épaules, je suis leur descente sur le torse imberbe de mon frère et remarque qu'il ne porte plus que son boxer.
Je remonte mes genoux pour lui laisser un peu de place même si la baignoire est immense, et je suis surpris de voir qu'il rentre dans l'eau sans ôter son dernier vêtement. Ce n'est pas une piscine !
Une fois son corps pratiquement immergé, il glisse ses mains sous l'eau et se tortille dans tous les sens, m'éclaboussant au passage. Je le regarde, un sourcil relevé et probablement une moue d'incompréhension collé au visage.
En parfait vainqueur, il brandit son vêtement trempé dans les airs, m'envoyant des dizaines de gouttelettes dans les yeux. Il l'envoie valser dans la salle de bain, le boxer atterrit sur le sol dans un bruit disgracieux ; ce qui m'énerve un peu plus puisque je vais devoir éponger.
-T'es con. Tu pouvais pas l'enlever avant ?!
-Je voulais pas que tu sois jaloux de mon anatomie !
-Pff.
-Bon d'accord, je suis pudique.
Moi aussi alors qu'est-ce qu'il fout à poil dans mon bain ?! Moi qui ai juste envie d'être seul...
L'épiderme de ses épaules nues est parcouru de quelques frissons et je remarque qu'il me fixe. Je me redresse un peu, sortant mon menton de l'eau, le bout de mes cheveux désormais humide se colle à ma peau. Sensation assez désagréable.
J'ancre mon regard dans le sien et lui jette un « quoi ? » énervé.
-Qu'est-ce qui va pas Bill ?
-Il y a que j'ai envie d'être seul et toi tu viens me faire chier !
Il s'apprête à répondre mais je lui ai visiblement coupé la chique. Je l'ai probablement blessé mais ; bon sang, il me connaît ! Il sait comme je me comporte quand je suis énervé.
Non, bien sûr qu'il ne me fait pas chier mais j'ai vraiment besoin d'être seul. C'est si difficile à comprendre ? Son regard se porte sur un point quelconque dans la chambre et je comprends alors que je l'ai vraiment vexé. Je prends mon courage à deux mains et murmure un mot d'excuse à peine audible.
Un petit sourire étire ses lèvres alors qu'il s'enfonce un peu plus dans la masse savonneuse.
-Tu as passé une mauvaise journée ?
-Assez oui.
-Tu ne veux pas m'en parler ?
Tom est un chieur mais quand il veut, il est vraiment gentil et attentionné avec moi. Je ne prends pas la peine de lui répondre, mes pensées s'envolent. Je me rends alors compte que, moi, je ne suis jamais là pour lui, ni même pour les G's. Je ne fais preuve d'aucun courage, en continuant à fumer je risque la vie du groupe. Je sais qu'une deuxième opération mettrait totalement fin à leur rêve, au mien.
C'est pas facile de se remettre en question, un n½ud se forme dans ma gorge et ma vue se brouille peu à peu. Alors je suis égoïste ?
Soudain, je sens la main de mon frère sur ma joue, je plonge mon regard dans le sien et remarque son air inquiet. Il s'est approché et je peux même sentir sa peau contre mon bras et ma cuisse. Je l'interroge du regard alors qu'il passe à nouveau sa main sur ma joue.
-Pourquoi tu pleures ?
Je pleure ? Je cligne un peu des yeux pour confirmer les paroles de Tom. Je pleure.
Ça fait plusieurs années que ça ne m'est pas arrivé et Tom ne m'a jamais vu pleurer, ou alors quand on était gosse.
Mon c½ur se serre un peu dans ma poitrine, je suis égoïste et je passe pour un faible.
Je tente de me ressaisir en redressant un peu plus mon corps contre la paroi ; je réalise que je ne me suis même pas démaquillé, j'imagine déjà les longues traînées noires qui doivent couvrir mes joues.
Sans que je ne vois rien venir, Tom me prend dans ses bras. Je n'émets aucune résistance et me laisse aller à cette étreinte. Etrangement mon corps nu si près du sien ne me pose aucun problème ; je ferme les yeux et pose mon menton sur son épaule. Sa main humide glisse dans mes cheveux et marque quelques caresses qui me détendent aussitôt. Je serais presque tenté de m'endormir, timidement mes bras glissent autour de son buste, sous l'eau, et je rapproche un peu plus nos corps.
Je sais qu'il sourit, je sens son souffle courir sur ma peau.
Je suis bien.
Mes paupières s'ouvrent lourdement et mes yeux tombent avec étonnement sur...le plafond, le plafond de ma chambre. Je reste interdit quelques minutes avant de jeter un coup d'½il à ma tenue ; c'est bien ce qu'il me semblait : je suis nu, mais sous les draps c'est déjà ça.
Je me redresse et me repose sur mes coudes, la baignoire est vide mais mes vêtements gisent toujours sur le sol ainsi que ceux de Tom.
Tom. Où est-il passé ?
Je tends mes bras et laisse mon corps s'écraser contre le matelas. J'imagine que j'ai du m'endormir dans les bras de mon frère et qu'il m'a ensuite porté jusqu'au lit. Moi qui ne voulais pas qu'il me voit nu, c'est réussi !
Je m'enfonce un peu plus sous les draps à cette idée ; je remarque que l'extrémité de mes cheveux est sèche, ce qui veut dire que ça fait un moment que je sommeille. Mais y'a pas d'horloge dans cette putain de chambre ?!
Je m'apprête à me lever afin de récupérer mon mobile dans la poche de mon jean mais Tom fait soudainement irruption dans la chambre, il est habillé d'un jogging et d'un vieux tee-shirt ; ses dreads sont juste coiffées en queue de cheval.
Je m'empresse de remonter le drap jusqu'à mon nez, chose tout à fait débile vu qu'il m'a vu nu tout à l'heure.
-Oh. Tu es réveillé.
-Tu ne veux toujours pas me raconter ta journée ?
Voilà. Plus têtu que mon frère ça n'existe pas, enfin si, y'a moi.
-A quoi ça t'avancerais de savoir ?
-Je m'inquiète. Il s'est passé quelque chose de grave ?
Grave, ça n'est pas le mot. J'ai juste était blessé par cette accumulation d'évènements, à croire que tous s'étaient légués contre moi.
Une fois de plus je sens un n½ud dans ma gorge, la voix de David fait écho dans ma tête. Je me concentre pour ne pas pleurer une seconde fois, et ose enfin rencontrer le regard de mon jumeau.
Il me sourit, sourire auquel je réponds avant de lui demander d'une voix timide s'il veut bien s'installer près de moi, sous les draps.
En fait, sans la célébrité, les choses seraient restées comme avant.
Tom et moi, quand nous passions une mauvaise journée, allions rencontrer l'autre et tous les deux montions dans notre chambre. On se glissait sous les draps, munis d'une lampe de poche et là, on se racontait nos mésaventures. Souvent, pour ne pas dire toujours, on terminait la soirée en rigolant, laissant bien loin derrière nous les souvenirs d'une mauvaise journée passée.
Aujourd'hui quand je vais mal, c'est seul que j'ai envie de me retrouver.
Nous n'avons plus 12 ans, c'est ce que je me dis et pourtant...
Une fois Tom allongé près de moi, je reste à une distance convenable étant donné que je suis toujours nu et donc assez gêné. Mon frère tente de se rapprocher mais je le repousse d'une main en baissant mes yeux vers le bas de mon corps, lui faisant ainsi comprendre le pourquoi du comment.
Il rit et se relève, attrape un boxer propre dans ma valise, qui n'est toujours pas défaite, et reprend sa place initiale, près de moi.
Je galère un peu pour enfiler le vêtement mais une fois fait, je laisse Tom s'approcher, sa main se pose sur mon bras où il fait des allers-retours incessants.
Plus confiant, je débute mon récit : le photoshooting raté, les interviews minables, l'après midi éreintante à travailler ma voix pour, au final, entendre mille et un reproche de la part de David.
Je soupire un bon coup et plonge mon regard dans celui de mon frère.
-Tu es d'accord avec lui n'est-ce pas ?
-Je pense que tu devrais arrêter la cigarette, pour le reste je ne suis pas de son avis. Tu ne manques aucunement de volonté, au contraire.
-Je suis égoïste.
-Ce n'est pas de l'égoïsme.
-C'est quoi alors ?!
-C'est...toi.
Avec cet argument de valeur, je ne peux que me laisser convaincre !
Je souris un peu , il essaie de me réconforter et ça marche.
Sa main remonte vers mon visage et il replace une mèche de cheveux derrière mon oreille. Chose dont j'ai horreur puisque je déteste mes oreilles, autant que Tom d'ailleurs. Je fronce les sourcils et secoue la tête de manière à faire tomber mes cheveux dessus. Mon frère rigole et se rapproche encore un peu. A quoi il joue ?
-Dis, est-ce que je peux te prendre dans mes bras ?
J'ouvre grand les yeux, d'où sort ce Tom affectueux ?
Ou alors, peut-être que lui aussi a passé une mauvaise journée. Bien sûr, je n'aurais rien remarqué, préférant pleurer sur mon sort plutôt que de m'inquiéter du sien.
Comme pour répondre à sa question, je l'enlace, glissant un peu au fond du lit pour pouvoir poser ma tête sur son torse. Son coeur bat contre mon oreille, il s'affole un peu, le mien aussi.
-Tu sais, pour ce qui est de la cigarette, je ne pourrais pas.
-Pourquoi ?
-Parce que j'en ai besoin. C'est trop dur d'arrêter.
-T'as jamais essayé !
-J'imagine, c'est tout.
-Si ça peut t'aider, je veux bien arrêter aussi.
Je me recule brusquement de son corps chaud et ancre mon regard interrogateur dans le sien. Je suis bien sûr touché mais je ne comprends pas, ce n'est pas son genre.
-Tu ferais ça ?
-Pourquoi pas. Pour toi.
Je ne sais que répondre, j'appuie ma tête sur ma main et le détaille. Il me sourit niaisement, sa main reprend sa place sur mon bras et débute de nouvelles caresses. Je frissonne un peu lorsque ses doigts ne font que frôler ma peau...
Je n'ai plus besoin d'être seul, maintenant qu'il est là.
Je ne sais pourquoi je me mets à penser à ça mais je me souviens d'un soir où Tom allait vraiment mal, notre rituel s'était mis en place. Lui et moi sous l'épaisse couverture, la lampe torche posée entre nous deux et le silence. Oui, ce soir là Tom avait été incapable de me parler, il se contentait de rester silencieux et de retenir ses pleurs.
Mu par une pulsion quelconque je l'avais embrassé. Peut-être pour lui donner un peu de confiance, ou juste pour lui montrer que, à l'époque, j'étais là pour lui.
On avait renouvelé l'expérience plusieurs fois jusqu'à ce que Devilish fasse son apparition, puis Tokio Hotel. Maintenant que l'on était dans la cour des grands, plus de ça entre nous. Mais on a peut-être un peu forcé, on s'est trop éloigné sinon pourquoi suis-je autant surpris quand mon frère me demande un câlin ?
Lentement, j'approche mon visage du sien et pose mes lèvres sur leurs semblables. Un frisson me parcoure l'échine et j'ose approfondir le baiser en donnant un petit coup dans sa mâchoire, l'obligeant à entrouvrir la bouche. Ma langue taquine vient caresser la sienne, je sais l'effet qu'à mon piercing sur certaines personnes et surtout sur mon jumeau. Je souris dans le baiser et pose mes mains sur son torse, ancrant mes ongles dans le tissu de son tee-shirt.
Les yeux clos je m'imagine son visage alors que mon corps est à l'affût de chacune de ses caresses. Sa main droite a pris possession de mon bras et ne semble pas vouloir le lâcher, comme s'il avait peur que je m'enfuis alors que je suis à l'initiative de cette échange.
Mon c½ur s'affole et je commence à manquer sérieusement d'air, je me recule donc doucement et plante mon regard dans le sien, encore.
Il me sourit et dépose un chaste baiser sur mon front. J'ai soudain l'impression de retrouver mes 12 ans, et quel bonheur !
Il a compris, lui aussi se souvient.
Toutes mes craintes se sont envolées et je n'ai pas l'impression de ressentir le besoin de nicotine. Je souris à pleines dents, comme un parfait crétin, il explose de rire et vient se blottir dans mes bras. Il me chuchote quelque chose à l'oreille, quelque chose qui ressemble à « Je veux bien être ta nicotine jusqu'à ce que tu n'en ressentes plus le besoin. »
Je rigole et resserre mon étreinte autour de son corps, opinant par la même.
J'ai juste envie d'être avec mon jumeau.


